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JO 2020 : malgré les soupçons, le projet du Japon continue de séduire

On avait cru, enfin, tenir en Tokyo une ville-hôte vierge de tout soupçon. Las, la capitale nippone, après avoir porté sa candidature et obtenu d’un large consentement l’organisation des Jeux olympiques 2020, est à son tour éclaboussée par un scandale qui pourrait ternir son image, comme l’ont été avant elle Sotchi, Pékin ou encore Rio. Les accusations dont elle est l’objet pourraient toutefois s’effondrer rapidement.  

Fair-play, respect, bonne foi… les compétitions sportives mettent en avant des valeurs positives. Du moins officiellement. Dans les faits, si les fédérations sportives demandent aux athlètes d’être exemplaires, elles sont souvent loin de l’être elles-mêmes. A ce titre, parmi les dernières désignations de villes hôtes des épreuves olympiques, les cas discutables n’ont été que trop nombreux. On peut par exemple rappeler le fiasco des jeux d’hiver de Sotchi, pour lesquels la Russie a déboursé pas moins de 51 milliards de dollars afin de construire une station dans la région la plus chaude du pays, sur fond de boycott à cause des lois homophobes adoptées par Moscou. A cela s’ajoutaient des soupçons de corruption mafieuse, un village olympique vétuste et brinquebalant, encore en travaux au lancement des épreuves, ainsi que des accusations de gaspillage : les installations ont été laissées à l’abandon après les épreuves.

De même, de gros doutes demeurent quant aux prochains JO organisés à Rio : sécurité, planning trop juste des travaux, crise politique, partage des bénéfices… Et le Comité international olympique (CIO) n’est pas le seul à se voir régulièrement reprocher ses pratiques. D’autres organisations sportives se sont également distinguées par le peu de cas qu’elles font de l’éthique ces dernières années : l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar n’est qu’un des nombreux scandales dans lesquels baigne la FIFA.

Ces exemples soulignent à quel point l’organisation de compétitions sportives internationales est un processus complexe. Les enjeux sont conséquents, mais les bénéfices que peuvent en tirer la ville et plus généralement le pays hôte le sont également. Cela explique des candidatures brouillonnes parce qu’hâtives, ou des manœuvres pour s’attirer les faveurs du CIO en dépit d’un projet bancal. Ce dernier a un rôle crucial à jouer dans l’élimination de ces pratiques et la promotion d’une éthique irréprochable dans les attributions. Il doit s’assurer que le pays hôte est prêt et que son projet est transparent et raisonnable. Et s’il a pu être accusé de faire passer ces considérations au second plan, derrière une logique financière, le CIO semble dorénavant plus scrupuleux. 

La validation du projet japonais le montre. Les JO de 2020 se dérouleront en effet à Tokyo, la capitale nippone ayant séduit par la sobriété de sa candidature, un certain nombre d’infrastructures y étant déjà installées. Et si les coûts d’organisation des Jeux de 2020 ont depuis largement été revus à la hausse, passant de 2,3 à 13,8 milliards d’euros en raison d’un certain nombre de couacs, on est bien loin des 51 milliards de Sotchi ou, pour comparer ce qui est comparable, des 40 milliards des JO d’été de Pékin. Pourtant, même s’il se veut irréprochable, le Japon n’échappe pas à la règle et se retrouve à son tour dans l’œil du cyclone.

La justice française, relayée par le quotidien britannique The Guardian, enquête en effet depuis décembre 2015 sur des mouvements bancaires suspects entourant l'attribution des Jeux à la ville. Ses interrogations concernent des versements d'un montant de 2,8 millions de dollars singapouriens (soit 1,8 million d'euros), effectués "par des instances de la candidature de Tokyo ou des personnes agissant pour elle" vers la société Black Tidings, liée à Papa Massata Diack, fils de l’ancien membre du CIO Lamine Diack. Il faut néanmoins relativiser ces allégations, rien n’ayant pour l’heure été prouvé. Même s’il s’avère qu’ils ont effectivement été effectués, le motif réel de ces virements devra encore être précisé. Il n’est pas rare que les candidats à l’organisation des JO fassent appel à des cabinets de lobbying pour appuyer leur candidature, le CIO l’encourageant même, préférant ces jeux d’influence, de toute façon inévitables au regard des enjeux, à des pots-de-vin en bonne et due forme.

Par ailleurs, certaines voix n’ont pas hésité à se faire entendre pour dénoncer une grossière manipulation.  Selon elles, les accusations portées par la France résonnent étrangement, si l’on veut bien y apposer une grille de lecture politique. Candidate déclarée à l’organisation des JO de 2024, Paris pourrait chercher, en jetant l’anathème sur Tokyo, à démontrer par contraste sa probité. La suite de l’enquête le dira. Les autorités japonaises prennent en tout cas le problème au sérieux, le Premier ministre Shinzo Abe ayant "ordonné au ministre de l'Education et des Sports de coopérer pleinement".

Côté français, le ton a en tout cas changé. La maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), lorsqu’elle visitait il y a quelques mois le futur village olympique des Jeux de Tokyo-2020, encensait un projet qui "inspire dans l'optique de la préparation de la candidature de la capitale française aux JO-2024" "Nous sommes venus pour apprendre et préparer la candidature de Paris""Ce qui m'inspire, c'est le modèle sur lequel sont bâtis les Jeux de Tokyo : un modèle sobre" développait-elle.

Les qualités du projet japonais sont en effet nombreuses. Outre l’aspect financier, le dossier tokyoïte présente plusieurs avantages. Sa localisation, alors qu’une population jeune et très amatrice de sport se développe en Asie. La sécurité du pays, dans un contexte où la menace terroriste plane sur toutes les manifestations d'importance - à ce titre, la tenue sans accroc du dernier G7 dans un temple shinto fut une démonstration exemplaire du savoir-faire japonais en matière de gestion sécuritaire. La proximité des lieux de compétition (85% des sites sont compris dans un rayon de 8km) devrait également aider sur ce point, en assurant une facilité de déplacement pour les spectateurs, et en réduisant l’emprunte carbone de l’évènement.

Ces JO pourraient enfin apporter une aide considérable au pays, qui se relève à peine de la crise multiforme provoquée par la tragédie de Fukushima Daichi. Ils pourraient servir de levier pour aider l’économie japonaise, mise à mal, à définitivement se remettre sur pied, renouant ainsi avec la vision humaniste des Jeux. Historiquement, leur tenue est souvent venue couronner le succès d’une politique positive, à l’image des premiers JO au Japon, en 1964, venus célébrer la transition réussi d’un pays sulfureux, détruit par la guerre, en superpuissance économique profondément pacifiste.

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