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Le Premier ministre malaisien Najib Razak disculpé dans l'affaire du 1MDB

Najib Razak
Najib Razak

Le procureur général malaisien, Apandi Ali, a disculpé mardi 26 janvier le Premier ministre, Najib Razak, de toutes les accusations de corruption dont il faisait l’objet dans le cadre du scandale "1MDB". Monsieur Razak était suspecté d’avoir reçu 681 millions de dollars (627 millions d’euros) du fonds public de développement 1 Malaysia Development Berhard (1MDB), qu'il avait créé en 2009 en compagnie d’autres personnalités politiques du pays. Si cette somme a effectivement été versée sur son compte, elle proviendrait en fait de la famille royale saoudienne, qui souhaite épauler la politique de Najib, notamment contre le terrorisme.

Poursuites abandonnées

Le fonds a commencé à attirer l’attention des médias locaux et étrangers début 2015, lorsqu’il a été incapable d’honorer ses obligations auprès de plusieurs banques et porteurs de dettes pour un montant de 11 milliards de dollars (9 milliards d’euros). A l’époque, Mahathir bin Mohamad, ancien Premier ministre (1981-2003), avait alerté le pays sur le surendettement du fonds, ainsi que son manque de transparence et sa mauvaise gestion. Mais l’affaire a pris une nouvelle tournure lorsque le Wall Street Journal a affirmé avoir eu accès à des documents démontrant que 681 millions de dollars avaient été transférés du fonds public vers le compte bancaire personnel du Premier ministre.

L’information a aussitôt été démentie par 1MDB et Najib. Celui-ci affirmait que l’idée qu’il puisse détourner de l’argent pour le dissimuler ensuite sur un compte personnel était simplement "illogique". Il a par la suite accusé son prédécesseur de vouloir saboter sa politique et, avec la complicité de forces étrangères, vouloir renverser un Premier ministre élu démocratiquement. Pour Najib, les attaques de ses détracteurs ont commencé dès l’instant où il a refusé d’accéder aux "demandes personnelles" de M. Mahathir.

Mardi dernier, Apandi Ali a donc mis fin à la controverse en expliquant que l’importante somme versée sur le compte personnel du Premier ministre ne provenait pas du fonds 1MDB mais de la famille royale saoudienne. De son côté, la BBC a pu établir grâce à des sources "haut placées" à Riyad que les transferts avaient en effet été approuvés par le roi Abdallah en personne dans le but de contribuer à la consolidation de la démocratie et la lutte contre l’Etat islamique en Malaisie. L'Arabie soudite avait effectué ce virement en prévision des élections de 2013, afin d'aider le Premier ministre Najib et sa coalition à vaincre l'alliance de l'opposition. Une alliance composée notamment du Pan-Malaysian Islamic (PAS), proche des Frères musulmans, organisation considérée comme terroriste par Riyad. 

Le procureur général malaisien précise en outre que les fonds ont été versés par le Royaume saoudien à M. Razak à titre "personnel", et qu’aucune preuve ne permet d’établir que ce don correspondrait à une rétribution pour des faveurs que Najib Razak aurait pu octroyer en sa qualité de Premier ministre. Pour M. Ali, le chef du gouvernement n’a donc pas enfreint la loi et ne peut en aucun être accusé de corruption. Enfin, le procureur général a pu établir que 620 millions de dollars ont finalement été rendus aux Saoudiens "car la somme n’a pas été utilisée". En effet, les donateurs avaient laissé au Premier ministre le soin de décider de l’usage qu’il souhaitait faire ou non de l’argent.

L'Arabie saoudite, alliée de la Malaisie dans la lutte contre l'islamisme

Si le don d’une telle somme peut en surprendre certains, l’Arabie Saoudite a pourtant l’habitude de soutenir financièrement ses alliés afin de renforcer leur économie, leur stabilité politique ou leur sécurité. La Malaisie a bénéficié à plusieurs reprises de ce type d’aide, le régime saoudien reconnaissant le rôle clé que le pays est appelé à jouer dans la paix et la stabilité de la région. Ceci est particulièrement vrai alors que l’Asie du Sud-Est est confrontée à la montée de l’islamisme et l’influence croissante de l’EI.

M. Razak se veut ferme et rassurant face à la menace qui pèse sur son pays et la région. Le 29 septembre 2015, la Malaisie a rejoint la coalition des 65 pays associés à la lutte contre l’EI, une décision sans doute précipitée par l’arrêt quelques jours plus tôt à Kuala Lumpur de trois personnes soupçonnées de préparer un attentat dans un quartier du centre-ville, très fréquenté par les touristes. Pour de nombreux experts du contre-terrorisme malaisien, un attentat dans leur pays pourrait être imminent, tandis que le Premier ministre de Singapour, Lee Hsien Loong, estime que la région pourrait devenir un "centre de recrutement clef" du terrorisme. Pour lutter contre cette menace, la Malaisie a d'ailleurs décidé de donner, via sa police, des "cours anti-Daesh" dans les écoles. L'idée : éviter l’enrôlement des plus jeunes. 

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