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Santé : les partenariats public-privé facteur d’efficacité

Des milliers de victimes, des écosystèmes dévastés et une psychose durable alimentée par la peur de la contagion. Les pays d’Afrique de l’Ouest ont payé un lourd tribut à l’épidémie du virus Ebola qui, parti du sud de la Guinée, fin 2013, s’est répandu comme une traînée de poudre en Sierra Leone, au Libéria et jusqu’au Nigéria et à la Cote d’Ivoire.

Qualifiée "d’urgence de santé publique de portée mondiale" par l’OMS, la fièvre hémorragique a fait plus de 11 000 victimes entre 2014 et 2015, sur 28 000 cas recensés. Une catastrophe sanitaire pour des pays plutôt pauvres, en manque d’infrastructures et de personnel médical, doublée d’une catastrophe économique, principalement en raison d’un "facteur peur" qui paralyse l’activité : la Banque mondiale estime ainsi l’impact économique d’Ebola à plusieurs milliards de dollars...

Et si l’épidémie se limite aujourd’hui à des résurgences de faible ampleur, le maintien d’une surveillance de tous les instants est de rigueur. C’est dire l’importance capitale de la campagne de vaccination contre le virus, lancée en Guinée le 9 août dernier en présence de nombreux officiels guinéens et de représentants de la société civile.

Développé par des experts russes de la santé, le sérum "GamEvak Combi", actuellement en phase de test, a été administré depuis le Centre de recherche en épidémiologie, microbiologie et des soins médicaux (CREMS) situé près de la ville de Kindia, à une centaine de kilomètres de la capitale, Conakry.

Rusal, Orange, FedEx… Le secteur privé se mobilise

Ce centre où sont actuellement formés les épidémiologistes du pays, doté d’équipements médicaux et de laboratoires de hautes technologies, n’a pas d’équivalent en Afrique de l’Ouest. Construit en pleine épidémie, à l’initiative de la compagnie minière Rusal, il a coûté près de 10 millions de dollars. Plus gros investisseur étranger du pays et implanté en Guinée depuis 2001, la société russe mise gros sur la coopération sanitaire avec les autorités guinéennes. L’idée est simple : développer des partenariats d’avenir pour prévenir tous risques de contagion et gérer efficacement de potentielles futures épidémies.

Dans une récente étude, où sont analysées quelque 200 actions "publiques - privées" mises sur pied pour lutter contre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest, le cabinet international de conseil en stratégie, Boston Consulting Group (BCG), n’a pas manqué de saluer, un certain nombre d’initiatives de coopération entre le secteur public et privé mises en place pour affronter l’épidémie. Au Libéria, le sidérurgiste ArcelorMittal a ainsi mené plusieurs actions de sensibilisation et d’information et a également construit des centres de dépistages et de traitement du virus.

D’autres géants mondiaux ont apporté leur pierre à l’édifice. C’est le cas de FedEx ou d’Orange, cités dans le rapport, l’un pour avoir pris à sa charge le transport de palettes de médicaments, l’autre pour avoir permis la localisation des foyers infectieux en fournissant ses données mobiles.

Le soutien des entreprises commerciales aux autorités publiques pendant la crise s’est ainsi traduit par des dépenses de 100 à 200 millions de dollars, essentiellement sous forme de financements et de dons matériels. Insuffisant, estime pourtant le BCG. D’une part, les gouvernements et les organismes concernés ne sont pas toujours conscients de l’énorme potentiel représenté par les partenariats avec le secteur privé local. D’autre part, le privé se contente trop souvent de fournir une aide humanitaire, certes utile, mais trop modeste par rapport aux moyens qu’il pourrait apporter en termes d’expertise ou de capacités logistiques.

L’étude préconise donc de développer et de renforcer la coopération entre le privé et le public. Il en fait même le défi principal que doivent relever les entreprises et les gouvernements d’Afrique de l’Ouest dans les années à venir. L’enjeu est de taille : favoriser un développement économique durable dans des pays en situation de pauvreté et permettre aux opérateurs de résister économiquement en cas de crise sanitaire… 

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