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ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Afghanistan: «Il faut réintégrer les talibans dans le jeu politique»

Samedi 5 avril, les Afghans se rendent aux urnes pour élire un nouveau président. Cette élection marquera une étape essentielle dans la reconstruction du pays, envahi par les Américains aux lendemains des attentats du 11 Septembre. Pour la première fois dans l’histoire afghane, on assistera au transfert de pouvoir grâce à des élections et non pour cause de conflit. Reste que la campagne électorale a été ponctuée d’attaques multiples de la part des talibans, désireux de faire régner la terreur pour dissuader les électeurs de voter. Quelle position le successeur d'Hamid Karzaï devra-t-il adopter face aux talibans treize ans après que les Américains eurent tentés de les chasser ?

Eléments de réponse avec Mariam Abou Zahab, enseignante à l'Institut des langues et civilisations orientales (Inalco) et à Sciences Po Paris.

Devenu un interlocuteur politique incontournable, les talibans pèseront dans l'après-Karzaï. (Crédit: Shutterstock)

 

JOL Press : Les talibans afghans sont-ils les mêmes qu’avant l’invasion américaine de 2001 ?

 

Mariam Abou Zahab : On a affaire à une nouvelle génération, car beaucoup de talibans "historiques" ont été tués par les Américains.

Cette génération est plus radicale que la précédente. Parce que les combattants sont plus jeunes, et parce que toutes les tentatives de de négociations avec le pouvoir central ont échoué.

JOL Press : Les talibans revendiquent chacune des attaques qui ponctuent la capagne électorale. Peuvent-ils réellement être les uniques responsables de ces violences ?

 

Mariam Abou Zahab : Les talibans revendiquent les attaques pour des raisons politiques. Mais ils ne sont pas derrière chacune d’entre elles.

Les attaques les plus sophistiquées, notamment celles frappant Kaboul, sont le fait de combattants utilisés par l’establisment militaire pakistanais - Inde et Pakistan se livrant là une guerre par procuration.

Il y a également les seigneurs de guerre qui n’ont pas intéret à ce que les élections se déroulent bien.

JOL Press : Comment les talibans sont-ils vus par la population ?

 

Mariam Abou Zahab : Sous le régime des talibans régnait la sécurité. Or celle-ci est désormais bien précaire, notamment dans les campagnes, avec la police qui rançonne, les forces d’occupation qui vous tombent à tout moment dessus, etc.

Au moins, disent les Afghans, les talibans, "si on ne les embête pas, ils ne nous embêtent pas". L’époque talibane ne fut pas la pire pour la population, loin de là.

JOL Press : Peut-on envisager la formation d’un gouvernement d’union nationale comportant des ministres talibans ?

 

Mariam Abou Zahab : Les talibans sont des Afghans. Ils représentant une sensibilité largement partagée dans la population.

Donc, oui ! Il faut les réintégrer dans le jeu politique. Il n’y a pas d’option militaire possible.

 

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