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SYRIE

Bachar al-Assad ou l'intenable isolement

Onze mois déjà qu'a débuté la contestation en Syrie. Le printemps s'est achevé depuis longtemps... Une fois encore le veto russe et chinois empêche l'adoption d'une résolution à l'ONU. Les pays de la Ligue arabe, tout comme les Etats Unis, la France et la Grande Bretagne condamnent ce déchaînement de violence. Certains commencent même à parler de " crimes contre l'humanité". La liberté ou la mort, c'est souvent, partout, le slogan des oppositions, mais il semble particulièrement adapté alors que, toujours plus isolé, le régime de Bachar al-Assad joue son va-tout en s'enfonçant dans une spirale de violence. Retour sur onze mois de répression sanglante.

Graffiti de Bachar Al Assad. Photo CC - Adobe of Chaos
La répression de la contestation, depuis la mi-mars, dépasse désormais les 6000 morts – selon des estimations de l’ONU. Un chiffre considérable, une évaluation, tant il est difficile pour des observateurs indépendants de pénétrer sur le sol syrien. Crimes contre l'Humanité après crimes contre l'Humanité ? Sans doute... Une situation des plus préoccupantes tant rien ne semble pouvoir arrêter Bachar al-Assad dans la folie destructrice qui le pousse à s'accrocher au pouvoir. l'exemple de Kadhafi ne lui aura manifestement pas servi de leçon...

Lundi 14 novembre : un tournant meurtrier

Plus de 70 personnes ont été tuées ce lundi, l'une des journées les plus meurtrières dans le pays secoué depuis huit mois par une révolte populaire réprimée dans le sang..
La plupart des victimes sont mortes dans la province de Deraa, où est née la contestation dans le sud du pays le 15 mars, a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) dans un communiqué publié au Royaume Uni.  "Vingt-trois civils ont été tués à Deraa par des tirs des forces de sécurité postés à des barrages sur la route liant les localités de Kherbet Ghazalé à Hirak", a-t-elle précisé. Dans le même secteur, "34 soldats ont péri lors d'affrontements avec des hommes armés, vraisemblablement des déserteurs, dont 12 sont morts", selon l'OSDH. Quatre civils ont été tués par les troupes dans la ville de Homs (centre), un haut lieu de la contestation, a ajouté la même source.
Il n'était pas possible de confirmer ce bilan de source indépendante, les médias étrangers étant interdits de circuler librement en Syrie.

Pour leur part, les Comités locaux de Coordination (LCC), qui coordonnent les manifestations sur le terrain, ont affirmé que des "tirs intenses étaient toujours entendus mardi dans le nord et l'ouest de la province de Deraa, de même que le bruit d'explosions d'obus". Les LCC ont également affirmé que le régime avait dépêché des renforts militaires près de la localité d'al-Zabadani, dans la région de Damas, en vue de la prendre d'assaut.

La Ligue arabe doit entériner sa décision de suspendre la Syrie

Déjouant les attentes, la Ligue arabe a suspendu samedi 12 novembre la Syrie, l'a menacée de sanctions et a exhorté l'armée syrienne à cesser de tuer des civils.
Ce camouflet est intervenu près de deux semaines après l'acceptation par Damas d'un plan de sortie de crise arabe qu'il n'a cependant pas appliqué. Ce plan prévoyait notamment le retrait des forces armées des villes en proie à la contestation et la libération des manifestants arrêtés.
Une nouvelle réunion extraordinaire de la Ligue arabe est prévue, mercredi 16 novembre, à Rabat pour en principe entériner sa décision de suspendre la Syrie. Le ministre syrien des affaires étrangères, Walid Mouallem, a, d’ores et déjà, indiqué qu'il n'irait pas à Rabat.

Abdallah II de Jordanie, premier leader arabe à exiger le départ d’Assad

Le roi Abdallah a appelé le président syrien à quitter le pouvoir dans l’intérêt de son pays. "Je crois que si j’étais à sa place, je démissionnerais", a déclaré le souverain hachémite lors d’un entretien accordé au service mondial de la BBC. "Je démissionnerais et je m’assurerais que quiconque vient après moi ait la capacité de changer le statu quo que nous observons", a-t-il ajouté.
Le roi Abdallah a estimé que Bachar al-Assad devrait engager une nouvelle période de dialogue politique avant de quitter le pouvoir : "Si Bachar veut œuvrer dans l’intérêt de son pays, il devrait démissionner mais également préparer le terrain à une nouvelle phase de la vie politique syrienne"

La Turquie se tient aux côtés du peuple syrien et exige des excuses de Damas

Plusieurs centaines de Syriens brandissant le drapeau turc ont manifesté hier soir en faveur de la Turquie à Alep, au nord, au lendemain d'attaques ayant visé des missions diplomatiques turques dont le consulat situé dans cette ville, a rapporté la chaîne privée turque NTV.
Les manifestants ont scandé : "Merci au gouvernement turc et aux dirigeants arabes".

La Turquie, pour sa part, a déclaré se tenir aux côtés du peuple syrien "dans sa lutte légitime" et juge qu’il n’est "plus possible de faire confiance aux autorités syriennes". Devant le parlement d’Ankara Ahmet Davutoglu, ministre turc des affaires étrangères, a vivement dénoncé l’attaque des missions diplomatiques turques dimanche dernier. "Nous allons adopter une position de la plus grande fermeté face à ces attaques et nous allons nous tenir aux côtés du peuple syrien dans sa lutte légitime" a-t-il déclaré, sans développer davantage les moyens d’action que pourrait mettre en œuvre son gouvernement.
Le vice-Premier ministre Bülent Arinç a annoncé lundi que la Turquie attendait des excuses officielles de la Syrie : le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem s’est contenté d’exprimer, par voie de presse, sa tristesse au sujet du rapatriement des familles des employés de l'ambassade avec des mots s'apparentant à des excuses.

L’Union européenne durcit ses sanctions contre le régime

L’UE a encore durci ce lundi 14 novembre ses sanctions contre la Syrie.
Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a justifié la nécessité d’une sévérité accrue par "l’entêtement sanguinaire du régime de Damas".
Lors d’une réunion à Bruxelles, les ministres des affaires étrangères européens ont étendu leurs sanctions contre le régime syrien à 18 personnes, essentiellement des militaires, visés désormais par des gels d ‘avoirs en Europe et des interdictions de voyager sur le continent.

Cela concerne dans le détail des crédits de la Banque européenne d’investissement (BEI) ainsi qu’une assistance technique prévue dans le domaine. De 1978 à 2010, la BEI a accordé 1,7 milliards d’euros de prêts à la Syrie. Elle a aussi été dotée, pour la période 2007-2013, de plus de 10,7 milliards d’euros pour des projets dans neuf pays méditerranéens, dont la Syrie.
Au cours des derniers mois, l’UE a sanctionné 56 personnes soupçonnées d’être impliquées dans la répression et gelé les avoirs de 19 organisations ou entreprises accusées de soutenir le pouvoir en place, parmi lesquelles la Commercial Bank of Syria.
Par ailleurs, l’Union européenne a décrété un embargo sur les armes, interdit l’importation de produits pétroliers, bannis tous les investissements et prêts dans de nouveaux produits pétroliers en Syrie et, enfin, stoppé la fourniture de billets de banques à la banque centrale.

Les positions russes et chinoises paralysent l’ONU

Le ministre français Alain Juppé a également appelé l’ONU à trouver un moyen de "protéger davantage" les populations civiles dans le pays : "J’espère que le Conseil de sécurité aussi finira par prendre position"
Mais, à ce jour, la Russie, alliée de longue date de la Syrie, s’oppose, de même que la Chine, à toute résolution condamnant la répression dans le pays. A fortiori, le même sort serait réservé à un texte envisageant une initiative extérieure quelconque pour protéger les populations civiles.
Moscou a critiqué la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie et accuse l’Occident d’encourager la population syrienne au soulèvement.
En revanche, l’envoi d’une mission humanitaire n’aurait pas besoin de l’aval du conseil de sécurité mais… de celui de Damas.

Damas dénonce un complot international

Alors que le régime Assad se retrouve de plus en plus isolé après avoir été lâché par ses pairs arabes, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé que son pays "ne fléchira pas et sortira plus fort" en assurant que "les complots ourdis contre la Syrie échoueront".

Walid Mouallem a dénoncé comme "dangereuse" la décision de la Ligue arabe de suspendre la Syrie de ses travaux. En revanche, le ministre a souligné que malgré tout la Syrie accueillait favorablement la visite dans son pays d'une délégation arabe, annoncée lundi par Nabil al-Arabi, le président de la Ligue arabe, et qu'elle avait proposé la convocation urgente d'un sommet arabe.

Pour éviter la guerre civile, un revenant se pose en recours

L’isolement d’Assad apparait chaque plus insurmontable. Les sanctions économiques resserrent l’étau sur un régime qui perd peu à peu le soutien qui lui reste parmi la majorité sunnite. Les dernières attaques contre l’armée loyaliste ont été revendiquées par l’armée syrienne libre, confirmant ainsi la possibilité d’un passage à une résistance armée et organisée. Une question : d’où viennent les armes ? et qui pour, éventuellement, remplacer Bachar al-Assad ?

Alors que l’opposition syrienne apparait toujours aussi divisée, une figure inattendue est sortie de l’ombre : l’oncle de Bachar, Rifaat al-Assad, a ainsi pris, dimanche, la tête d'un nouveau mouvement d'opposition, le Conseil national démocratique, dont la direction est composée essentiellement de membres de son propre parti l'Alliance nationale démocratique unie et d'ex-membres du parti Baas au pouvoir. Banni du territoire syrien depuis 1983 pour avoir tenté un coup d’état contre son frère Hafez,  celui-ci est un richissime homme d’affaires vivant désormais entre Paris, Londres et Madrid. Dans un entretien exclusif à la radio française Europe 1, il propose à la France d’accueillir Bachar alors qu’il irait, lui, le remplacer à Damas : "Je suis personnellement prêt à prendre la responsabilité de rentrer en Syrie, à la fois pour rassurer les minorités et pour apaiser les cœurs. Ensuite, je partirai. Je m’engage à quitter le pouvoir. Ce serait une véritable solution pour sortir de la crise" 


"Je souhaite que la France accueille Bachar... par Europe1fr

 

Vendredi 3 février 2012 : une des nuits les plus meurtières de la répression avec plus de 200 morts

Une offensive d'une violence particulière a été  déclenchée, vendredi 3 février au soir, contre plusieurs quartiers insurgés de Homs, qui ont étésoumis pendant douze heures à des tirs d'artillerie qui ont fait plus de  200 morts. Cette ultime attaque condamnée par la majeure partie de la communauté internationale, a entraîné une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le véto sino-russe empêche une nouvelle fois l'adoption d'une résolution à l'ONU

Cependant, le Conseil de sécurité réuni samedi 4 fevrier n'est pas parvenu à voter une résolution condamnant la répression sanglante en Syrie. Damas a encore pu compter sur le soutien de ses alliés russe et chinois, qui ont pour la deuxième fois opposé leur veto à un tel projet. Le texte, soutenu par les 13 autres pays du Conseil, exprimait un "soutien" au plan de règlement de la Ligue arabe et dénonçait les violations des droits de l'homme commises par le régime de Bachar el-Assad.

L'isolement sans issue de Bachar el-Assad

Certes, Bachar el-Assad a gagné du temps à l'ONU, mais il a probablement fragilisé encore davantage ses positions : son régime s'appuie encore sur une "coalition" des minorités (la plupart des alaouites, et un grand nombre de chrétiens,...), mais il semble disposer de moins en moins de soutiens du côté de la bourgeoisie sunnite qui s'était enrichie avec l'ouverture économique de la dernière décennie, et qui est aujourd'hui victime collatérale de près d'un an de répression.

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