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ÉGLISE CATHOLIQUE

Benoît XVI, un pape intellectuel

Le pape Benoît XVI abdique le 28 février 2013. Il quitte alors le Vatican qu'il laisse vacant, un événement historique.

Benoît XVI, place Saint Pierre de Rome, en 2007 - Marek Kośniowski / cc

Les médias italiens ont été les premiers à l'annoncer, Benoît XVI démissionera à partir du 28 février 2013. Une nouvelle innatendue justifiée, selon les paroles de Benoît XVI lundi 11 février, par un état de fatigue ne lui permettant plus d'assurer pleinement ses fonctions.

« Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien," a ainsi déclaré Benoît XVI.

L’intransigeance de la doctrine de la Foi

Une fumée blanche s’élève de la Chapelle Sixtine, nous sommes le 19 avril 2005, il est 17h56. Deux semaines après la mort de son prédécesseur, Joseph Ratzinger est élu à la tête de l’Eglise catholique. Quelques minutes plus tard, le cardinal chilien Jorge Arturo Medina Estévez proclame le célèbre « Habemus Papam » devant des milliers de fidèles réunis Place Saint Pierre, à Rome.

Une nouvelle ère s’ouvre et Benoît XVI a la lourde tâche de succéder à un homme qui, après trente ans de règne, laisse toute une génération orpheline, une génération qui n’aura connu l’Eglise que par ce pape médiatique, proche, humain et aimant.

Benoît XVI, un fidèle de Jean-Paul II depuis de nombreuses années, est mieux connu pour ses fonctions à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi qu’il conduit depuis sa nomination en 1981. Pilier de l’Eglise, cette Congrégation est également, pour beaucoup, le symbole de la rigidité et de l’intransigeance de la religion catholique. De nombreux regards se tournent alors vers le 265ème pape de l’Eglise, à l’aube de son pontificat. Ses gestes et paroles sont épiés. Le monde attend que soit révélé sous son vrai visage ce pape prétendu rigide, archaïque, et qui plus est, allemand.

Catholique au milieu des nazis

Si l'Allemagne est majoritairement protestante, Joseph Ratzinger est né dans la très catholique Bavière, le 16 avril 1927, et il grandit dans une fervente famille catholique. Son éducation devient vite son rempart intellectuel face au régime nazi, dont l'emprise ne cesse de grandir. Enrôlé contre sa volonté dans les jeunesses hitlériennes, il est affecté au Service du Travail Obligatoire avant de refuser d’intégrer la Waffen-SS. C'est alors qu'il décide de devenir prêtre. Malgré tout, il est mobilisé au sein de la Wehrmacht. Avant la fin de la guerre, il déserte. Après un bref passage dans un camp de prisonniers, il rentre chez lui et intègre le séminaire.<!--jolstore-->

Ordonné prêtre le 29 juin 1951, il poursuit ses études et achève un doctorat en théologie. Largement inspiré par Saint Augustin pendant son séminaire, il rédige naturellement  une thèse à partir de la doctrine ecclésiale de ce dernier. Puis il entame une deuxième thèse, portant sur les Pères de l’Eglise au Moyen Âge. En 1958, alors qu’il n’est que simple prêtre à Munich, il devient l’un des plus jeunes théologiens d’Allemagne. Quelques décennies avant son élection, Joseph Ratzinger marque déjà son apostolat du sceau de la raison et de l’intelligence.

L’héritier de 2000 ans d’histoire catholique

Rapidement propulsé dans les hautes sphères de l’Eglise, Jean-Paul II lui confie la lourde tâche de garder le dogme de l’Eglise. Le dogme, derrière ce mot, ce sont 2 000 ans d’histoire de l’Eglise que le cardinal Joseph Ratzinger doit protéger. Pendant 23 ans, proche de Jean-Paul II, le cardinal doctrinaire devient ce roc inébranlable sur lequel repose la foi des catholiques.

Quelle meilleure place pour prendre la suite de celui qui, pendant 27 ans, a, lui aussi, dirigé l’Eglise alors qu’elle devait trouver sa place dans le XXIème siècle ? Benoît XVI, lorsqu’il entame son pontificat, trouve une Eglise qui se relève des conséquences du Concile Vatican II, une Eglise vieille en Europe, jeune partout ailleurs. Une Eglise qui, pour avoir tenté de s’inscrire dans le XXème siècle, s’est parfois perdue, jamais loin, dans les limbes du progressisme.

Adopté par les jeunes

Comme pour briser les rumeurs et les préjugés faciles qui l’accompagnent les premiers jours de son pontificat, Benoît XVI ne crée pas la rupture. Au contraire, très vite, il annonce vouloir suivre les pas de Jean-Paul II. Il se rend à Cologne, au mois d’août suivant son élection, où l’attendent plusieurs centaines de milliers de jeunes à qui Jean-Paul II avait donné rendez-vous.

En ces jeunes du monde entier, Benoît XVI met toute sa confiance. La jeunesse catholique l’accueille, son ère est inaugurée.

La tradition ne transige pas

Le pontificat de Benoît XVI est marqué par de nombreuses prises de position, tranchées, sur des sujets polémiques. Le plus célèbre reste sans doute sa déclaration, au nom des enseignements de l’Eglise, au sujet du port du préservatif. Discours relayé dans le monde entier et trop en marge des codes actuels de la société pour être compris tel qu’il a été prononcé.

Par la suite, il est reproché au pape de ne pas être un communiquant, à la différence de son prédécesseur, à l’époque en cours de béatification. Benoît XVI montre alors un autre visage de l’Eglise, celle qui, comme toutes les religions, traverse les âges avec le même message, inchangé depuis les premiers siècles de sa création, garant de son unité et de son héritage.

Au sein même de l’Eglise, Benoît XVI s’attache à remettre la tradition au cœur du rite et de la liturgie catholique. Il publie ainsi, le 7 juillet 2007, le Motu Proprio, par lequel il autorise la célébration de la messe en latin, dans sa version dite de 1962. Il appelle à une réconciliation de l’Eglise, torturée par des querelles internes depuis plusieurs dizaines d’années. Là encore, Benoît XVI place le dogme catholique au cœur de son pontificat.

Cette réconciliation, Benoît XVI la cherche également avec les autres religions, dans le dialogue œcuménique comme dans le dialogue inter-religieux. Il poursuit ainsi une action, menée depuis longtemps par Jean-Paul II. En rencontrant les dignitaires de nombreuses religions, il avance, sur le terrain de la paix et de l’unité des religions, sans verser dans l’œcuménisme de concessions, Benoît XVI ne transige jamais.

Dans les pas de Jean-Paul II

Successeur d’un pape dont les fous-rires sont aussi légendaires que son habitude d’embrasser la terre des pays qu’il visitait ou encore sa manie de prendre tous les enfants qui se présentaient sur son chemin dans ses bras, Benoît XVI s’impose, depuis 7 ans, comme un pape qui, s’il ne rayonne pas du même charisme, a su prendre sa place et tenir un rôle, remplir une mission dont il pensait, à son âge, être dispensé.

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