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SERBIE

Boris Tadic démissionne pour mieux se représenter

Neuf mois avant la fin de son mandat, Boris Tadic a annoncé, mercredi 4 avril, sa démission. Une décision stratégique. Candidat à un troisième mandat consécutif, le président serbe souhaitait que le scrutin présidentiel puisse se tenir en même temps que les élections locales, régionales et législatives, le 6 mai prochain. Son objectif : offrir l’opportunité d’un choix clair aux électeurs serbes.

Boris Tadic
« J'ai décidé d'écourter mon mandat afin de permettre la tenue de l'élection présidentielle le 6 mai (...) et je serai candidat », a déclaré Boris Tadic selon la télévision d'État serbe (RTS).  

À la mi-mars, le président serbe avait annoncé la tenue le 6 mai d'élections législatives, les premières qui ne seront pas un scrutin anticipé depuis la chute du régime de Slobodan Milosevic en octobre 2000. Le même jour, des élections municipales dans l'ensemble du pays ainsi qu'un scrutin régional, dans la province de Vojvodine, à forte minorité hongroise, auront lieu le même jour.

Si Boris Tadic s’était déjà très engagé dans la campagne de son Parti démocratique (DS) pour les législatives, sa décision d’anticiper la présidentielle et de briguer un troisième mandat pourrait contribuer à dynamiser une campagne jusqu'à présent très terne et qui semblait intéresser peu les électeurs.

Un choix clair pour la Serbie

« Ces élections seront l'occasion pour les citoyens de choisir la voie qu'ils souhaitent emprunter. Je propose celle de l'intégration européenne et de la préservation de l'intégrité » territoriale du pays, a ajouté Boris Tadic dans sa déclaration.

Le président serbe entend aussi capitaliser sur l'obtention par la Serbie, le 1er mars 2012, du statut de pays candidat à l'adhésion à l'Union européenne, principale priorité de son administration en matière de politique étrangère. Déjà en 2008, au second tour de la présidentielle, face au nationaliste Tomislav Nikolic, il avait choisi pour slogan, « Conquérons l’Europe ensemble ! ». Il est, de longue date, l’avocat d’une intégration de la Serbie dans l’Union européenne, avec le maintien de l’intégrité territoriale du pays, qui doit, selon lui, conserver sa souveraineté sur le Kosovo et la Métochie, la partie sud-ouest du Kosovo – et cela malgré les revendications indépendantistes des Kosovars albanais.

Le maintien de cette souveraineté doit être garanti par la négociation et dans le respect des minorités, sans violence. Ainsi, il s’est aussi attiré le soutien des minorités roms et hongroises, en particulier en Voïvodine. C’est un point de divergence notable avec les nationalistes, à la rhétorique belliqueuse. Dans le même esprit, il s’est aussi efforcé d’établir des relations apaisées avec la Bosnie-Herzégovine et la Croatie voisines, appelant les minorités locales serbes à la collaboration avec les pouvoirs en place.

Le garant de la transition démocratique et de la réintégration dans le concert des nations

Ce psychologue de formation, né à  Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, alors au cœur de la Yougoslavie titiste, le 15 janvier 1958, s’est engagé en politique à la fin des années 1990 dans les rangs du Parti démocratique, fer de lance de l’opposition au régime national-communiste de Slobodan Milosevic.

Jeune ministre, il prend la tête de son parti après l’assassinat de Zoran Dindic, ancien maire de Belgrade et ancien Premier ministre. Le 27 juin de la même année, il est élu à la présidence de la Serbie. Au second tour, il devance avec 53,24% le nationaliste Tomislav Nikolic.

En 2006, le Monténégro déclare son indépendance, c’est la fin de la Serbie-Monténégro, dernier vestige de la fédération yougoslave. Boris Tadic reste à la tête de la Serbie, État successeur. Déjà, l’intégration européenne et la réconciliation permettant de tourner définitivement la page des guerres dans les Balkans sont en tête de ses priorités.

En 2008, six mois après la déclaration unilatérale d’indépendance des Albanais du Kosovo, Boris Tadic affronte à nouveau Tomislav Nikolic. Populiste et nationaliste, le candidat du Parti radical serbe défend une ligne de droite extrême, résolument opposée à l’intégration européenne et à la réconciliation. Soutenu par le Premier ministre des Serbes de Bosnie, par Vladimir Poutine et l’essentiel de la communauté internationale, le président sortant l’emporte de justesse avec – seulement – 50,57%.

Une démission stratégique

Selon des analystes, le départ de Boris Tadic de la présidence était nécessaire afin de renforcer sa position à la tête du Parti démocratique, dans le cadre des élections législatives. Son parti est, d'après les sondages, devancé par ses concurrents.

En vertu de la Constitution, une fois la démission de Boris Tadic officialisée, c'est Slavica Djukic Dejanovic, présidente du parlement, qui exercera par intérim la fonction de présidente de la Serbie. 

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