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BRACONNAGE

La corne de rhinocéros, la «cocaïne» vietnamienne

Les Vietnamiens fortunés ingèrent de la corne de rhinocéros, pensant qu’elle guérit de la gueule de bois. Une pratique dévastatrice pour ces animaux d’Afrique.

Photo : spencer77 / CC

Johannesbourg, Afrique du Sud. Plus chère que de la cocaïne, la corne de rhinocéros est devenue la drogue de choix pour faire la fête parmi la jeunesse aisée vietnamienne.

La nouvelle drogue « fashion »

Au lieu d’une lame de rasoir et d’un miroir, un bol en céramique rugueux est utilisé pour moudre la corne de rhinocéros avant de la mélanger à de l’eau ou du vin.

La corne de rhinocéros est faite de kératine, la même protéine qui constitue les ongles. Les scientifiques expliquent qu’elle n’a aucune vertu médicinale, ni d’effets psychotropes. Au Vietnam, la croyance veut que boire un tonic fait à base de corne désintoxiquerait le corps après une nuit de beuverie, et empêcherait d’avoir la gueule de bois le lendemain. Un site d’informations vietnamien surnomme le mélange vin-corne de rhinocéros « la boisson alcoolisée des millionnaires ».

Cette utilisation responsable du braconnage ?

C’est le dernier rebondissement dans la crise sud-africaine concernant le braconnage des rhinocéros, qui a commencé en 2008 et n’a fait qu'empirer depuis. Les nouveaux riches vietnamiens, qui sont friands de la corne de l’animal, seraient la source du problème selon TRAFFIC, un organisme qui contrôle le commerce international des espèces sauvages.

Tom Milliken, expert en rhinocéros pour TRAFFIC, a beaucoup travaillé en Asie et en Afrique, et explique qu’offrir de la corne de rhinocéros à ses amis lors d’une fête est un nouveau moyen de prouver sa richesse au Vietnam.

La nouvelle folie des jeunes

Les jeunes procèdent ainsi : « Je demande à mes meilleurs amis de me suivre dans une pièce pendant une fête. Je sors de la corne de rhinocéros et on en prend tous avant de retourner avec les autres », explique-t-il, ayant étudié le phénomène sur place.

Un nouveau rapport rendu par TRAFFIC, co-écrit par Tom Milliken, établit en détails le lien entre la demande croissante de corne au Vietnam, la corruption dans l’industrie sud-africaine du commerce d’espèces sauvages, les failles du système de régulation, les réseaux criminels sophistiqués et l’épidémie de braconnage.

Les nouveaux riches vietnamiens en quête de statut social sont devenus les plus grands consommateurs de corne de rhinocéros au monde, stimulant ainsi la demande et le massacre ininterrompu des rhinocéros d’Afrique du Sud.

Les bienfaits supposés de la corne contre le cancer

Mais un autre groupe de Vietnamiens consommateurs de corne joue un rôle clé dans ce marché : les personnes souffrantes, surtout celles atteintes de cancer, qui croient que la corne de rhinocéros peut les guérir, malgré le manque de preuve scientifique. Le rapport de TRAFFIC dévoile un phénomène alarmant, celui des revendeurs de corne de rhinocéros sur le marché noir, qui arpentent les couloirs des hôpitaux à la recherche de personnes malades désespérées atteintes du cancer.

Un record morbide

Le ministère des Affaires environnementales sud-africain a récemment annoncé que 339 rhinocéros avaient été tués illégalement en 2012, un record morbide que le braconnage n’avait jamais encore atteint.

192 arrestations liées au braconnage ont été effectuées cette année, un autre record, comparé aux années précédentes.

L’Afrique du Sud est la destination fétiche des braconniers de rhinocéros, car le pays en compte 21 000, soit 80% de leur population mondiale. Les rhinocéros, en voie d’extinction dans les années 1960, y avaient été rassemblés, et c’est aujourd’hui l’endroit où ils y sont le plus en danger.

La collaboration des deux pays concernés

L’Afrique du Sud et le Vietnam ont commencé à collaborer pour résoudre ce problème majeur, mais les progrès en la matière se font attendre.

Le Luong Minh, ministre vietnamien des Affaires étrangères, s’est rendu en Afrique du Sud mi-août pour s’entretenir sur le sujet du commerce illégal d’espèces sauvages avec son homologue sud-africain Ebrahim Ebrahim. Les deux gouvernements doivent signer un protocole d’accord qui permettrait une coopération des deux pays en cas d’enquêtes criminelles. Mais ce mémorandum est le résultat d’un an d’échanges sporadiques, preuve de l’absence d’une action rapide.

Un pays qui s’investit contre le braconnage

« L’Afrique du Sud s’est progressivement organisée contre le braconnage des rhinocéros », note le rapport de TRAFFIC, soulignant la mise en place d’un plan national stratégique et la récente hausse du nombre d’arrestations.

Le ministère de l’Environnement sud-africain a engagé Mavuso Msimang en tant que « responsable du dossier rhinocéros », avec pour tâche de rassembler secteurs public et privé pour trouver le meilleur moyen de sauver les rhinocéros.

Une solution risquée

Le projet inclut la possibilité de légaliser le commerce de cornes de rhinocéros, un sujet très sensible.

« Le gouvernement fait vraiment de son mieux pour sauver les rhinocéros », soutient Mavuso Msimang, à la publication du rapport de TRAFFIC.

« Il y a des impairs, la coordination n’est pas toujours bien assurée, mais la volonté de bien faire, nous l’avons. Nous savons que nous avons un rôle à jouer dans le sauvetage de cet animal, qui est à la fois adoré et tant menacé. »

GlobalPost / Adaptation Amélie Garcia – JOL Press

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