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ALLEMAGNE

Des soucis en perspective pour Angela Merkel ?

Côté sondages, c'est la forme pour Angela Merkel. Mais, pourtant, son parti, la CDU pourrait subir de sérieux revers aux prochaines élections. La faute à qui ? Aux libéraux-démocrates du FDP, ses alliés au sein de la coalition gouvernementale, en chute libre.

Angela Merkel au forum économique de Davos (photo WEF cc)
Selon toute logique , Angela Merkel devrait avoir confiance en ses chances de remporter, à l'automne 2013, un troisième mandat à la tête de l'Allemagne : la plupart des Allemands se félicitent de sa gestion de la crise de l’euro et son parti (la CDU) emporte l’adhésion de plus de 38 % des électeurs. Et pourtant, les subtilités du jeu politique allemand sont telles que, même dans ce contexte, Angela Merkel et la CDU ont quelques inquiétudes - justifiées.

En Allemagne, comme dans la plupart des démocraties, un gouvernement s'appuie sur une majorité au parlement et Angela Merkel doit bénéficier du soutien de plus de 50% des députés au Bundestag. Le mode de scrutin législatif, qui laisse une large part à la proportionnelle, rend difficile à un seul parti de remporter la moitié des sièges et la solution passe par des coalitions. Actuellement, la CDU est alliée au parti libéral FDP : cette coalition « jaune et noire » (le jaune étant la couleur du FDP et le noir celle de la CDU) détient 332 des 621 sièges du Bundestag.

Problème : le FDP est en chute libre. Plombé par son euroscepticisme, le « faiseur de rois » de la politique allemande a perdu de sa superbe. Pour Angela Merkel, cela signifie que, pour rester à son poste, il lui faudra sans doute conclure une nouvelle alliance… Mais avec qui ?

Des "Länder" à hauts risques 

Un début de réponse pourrait se profiler au cours du printemps.  Trois  « Länder » allemands renouvellent leurs parlements régionaux. Dans la Sarre, la CDU et les sociaux démocrates du SPD viennent d’être amenés à former une « Grande coalition » regroupant les deux grands partis du pays, et ce malgré un très bon score du parti d'Angela Merkel. Ce premier scrutin a confirmé l'écroulement du FDP qui a rassemblé à peine 1,2 % des suffrages. Après ce premier test, ce sera ensuite au tour du Schleswig Holstein de voter. Dans ce Land du nord de l’Allemagne, la CDU d'Angela Merkel pourrait se retrouver dans l'opposition si les Verts et le SPD réalisent des scores suffisants. 

Un scénario catastrophe qui pourrait se répéter en Rhénanie du Nord-Westphalie, Land regroupant plus de 18 millions d’habitants et dont le scrutin fait figure de véritable répétition générale avant les élections fédérales de l’an prochain. Après avoir essayé d’obtenir des concessions sur une question budgétaire, la CDU a fait exploser la coalition SPD-Verts, donnant ainsi lieu à des élections anticipées qui devraient ironiquement faire le jeu du SPD en lui donnant cette fois-ci une majorité solide. Crédité de moins de 5% des suffrages, le FDP ne devrait même pas être présent au parlement régional. Une catastrophe pour ce parti historique, mais aussi pour la CDU : en cas de raz de marée des Verts-SPD en Rhénanie du Nord, les dirigeants de ces deux partis pourraient bien être tentés de réitérer ce succès à l'échelon national. Un cas de figure que le parti d'Angela Merkel cherchera à éviter par tous les moyens.

Une nouvelle donne politique 

Car si la descente aux enfers du FDP se poursuit d’ici à l’année prochaine, la CDU n'aura d'autre choix que de s'allier au SPD. Idéologiquement, une alliance avec Die Linke (extrême gauche) ou les Verts paraît difficile, et en l'absence d'une autre force politique à droite, le SPD est le compromis le plus plausible pour les chrétiens-démocrates. Pour se raccrocher à cette solution de secours, Angela Merkel doit miser sur un faux pas des Verts qui est tout sauf garanti : en plein renouveau depuis Fukushima, le parti des "Grünen" avait pratiquement fait jeu égal avec la CDU lors des élections à Berlin l'an dernier.

La meilleure chance des chrétiens-démocrates pourrait venir du morcellement du paysage politique : ces dernières années, la montée en puissance de Die Linke et du Parti Pirate a réduit les scores des gros partis. En cas de triomphe des "petits", les Verts et le SPD pourraient ne pas avoir assez de sièges pour former une coalition.

Dans toutes les hypothèses, le maintien au pouvoir de la CDU ne signifierait pas nécessairement celui d'Angela Merkel : de 2005 à 2009, c'est à la tête d'une "grande coalition", alliance de la CDU et du SPD, qu'elle a dirigé l'Allemagne. Il n'est pas sûr que les sociaux-démocrates accepteraient de renouveler l'expérience avec la même capitaine aux manettes. Quoiqu'il en soit, le casse-tête politique d'Angela Merkel devrait se préciser après les élections du printemps : souvent considérée comme un "laboratoire" de la démocratie allemande, la Rhénanie du Nord déterminera par son vote le nom du prochain favori.

GlobalPost/ Adapatation Emmanuel Brousse pour JOL Press

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