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Russie

Des Tchétchènes préparaient un attentat contre Poutine

A seulement six jours, l’annonce parait suspecte pour nombre d’observateurs : un attentat contre Vladimir Poutine aurait été déjoué par les services secrets russes et ukrainiens. Commandité par des islamistes tchétchènes, le plan aurait été mis à exécution après la présidentielle.

 

Le Tchétchène Adam Osmaïev est arrêté par le FSB (photo : pervyi kanal)
L’annonce en a été faite lundi 27 février par une chaîne de télévision pro-Kremlin : des islamistes tchétchènes préparaient un attentat contre Vladimir Poutine. « Les préparatifs étaient terminés. L’attentat devait avoir lieu après la présidentielle », a déclaré l’un des deux hommes arrêtés dans cette affaire, Adam Osmaïev, un Tchétchène de 31 ans, montré par la TV Pervyi Kanal pendant un interrogatoire.

Une bombe aurait explosé au passage du convoi présidentiel

Une mode opératoire était classique : selon des responsables du FSB, les services secrets russes, Adam Osmaïev a révélé l’existence d’explosifs cachés au centre de Moscou, près de l’avenue Koutouzovski, une artère régulièrement empruntée par le cortège de voitures de Vladimir Poutine. Ces explosifs « étaient assez puissants pour détruire un camion », a indiqué à la télévision un officier du FSB. L’ordinateur portable d’Osmaïev, saisi par le FSB, comportait de nombreux éléments concernant le dispositif de sécurité entourant les déplacements de Vladimir Poutine.

Le groupe devait s’entrainer en Ukraine

Le deuxième suspect arrêté, Ilvi Pianzine, 28 ans, citoyen du Kazakhstan, a révélé que le groupe, arrivé des Emirats arabes unis via la Turquie, devait apprendre en Ukraine à préparer des bombes avant de se rendre à Moscou pour faire sauter des bâtiments et ensuite essayer d’assassiner Vladimir Poutine. Pianzine a été montré par la télévision apparemment dans les locaux de la police ukrainienne.

Le complot aurait été découvert par les services secrets ukrainiens après l’explosion d’une bombe, le 4 janvier, dans un appartement d’Odessa, au sud de l’Ukraine, qui a fait un mort. C’est alors que les deux suspects ont été arrêtés.

La main de Dokou Oumarov

Selon les services secrets russes, le groupe dont faisait partie Osmaïev et Pianzine travaillait pour le compte de Dokou Oumarov, l’insaisissable chef de la rébellion islamiste dans le Caucase russe et « ennemi numéro un » du Kremlin. Selon l’agence RIA Novosti, le père d’Adam Osmaïev, Aslanbek Osmaïev a lui aussi été arrêté. Les deux Osmaïev, Ilvi Pianzine et Rouslan Madaïev – tué dans l’explosion de la bombe à Odessa – « étaient recherchés depuis des années en raison de leurs activités dans les groupes dirigés par Dokou Oumarov », a indiqué une source policière en Tchétchénie.

Dokou Oumarov a appelé en janvier à s’en prendre aux officiels russes

Dokou Oumarov, le chef des rebelles islamistes dans le Caucase russe, qui a revendiqué plusieurs attentats meurtriers à Moscou ces dernières années, avait décrété début février la fin des attaques contre des civils en Russie mais appelé à poursuivre les attentats contre les « officiels », sur une vidéo postée par le site rebelle tchétchène kavkazcenter.com. En 2007, Dokou Oumarov a abandonné la cause indépendantiste tchétchène pour l'islamisme, en s'autoproclamant à la tête d'un « émirat du Caucase ». 

 

Dokou Oumarov, "émir du Caucase" (photo : kavkazcenter)
L'Emirat du Caucase été fondé en 2007 par Dokou Oumarov, alias Abou Ousman. Ce combattant historique lors de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996) est devenu en 2006 «président» des indépendantistes tchétchènes. Ce père de six enfants, décoré « Héros de la Nation » a élargi la zone de combat des rebelles en proclamant une guerre sainte dans tout le Caucase russe. Son mouvement est considéré comme l'héritier de la stratégie du défunt chef de guerre Chamil Bassaïev, responsable des attaques les plus sanglantes de la guérilla tchétchène, comme la prise d'otages de l'école de Beslan en 2005.

L'Emirat du Caucase n'en est pas à son coup d'essai. Le groupe islamiste a revendiqué l'explosion à l'aéroport de Domodedovo en janvier 2011, l'attentat-suicide dans le métro moscovite de mars 2010, l'attentat de novembre 2009 contre un train de passagers reliant Moscou à Saint-Pétersbourg (28 morts) et un autre à la voiture piégée en septembre 2010 sur un marché de Vladikavkaz en Ossétie du Nord (17 morts).

Tentative de mobilisation « à l’ancienne »

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a confirmé l'information donnée par la télévision, mais s'est refusé à tout commentaire, selon l'agence Interfax. Il s'agirait de la septième tentative d'assassinat de Vladimir Poutine, selon un décompte établi par les médias russes. Cette annonce à six jours du 1er tour de l’élection présidentielle, le dimanche 4 mars, pourrait opportunément contribuer à la mobilisation des partisans de Vladimir Poutine. Elle rappelle que la Russie doit faire face, de ses confins jusqu’à son cœur, à la menace islamiste et que le futur ex-ex-président n’a jamais fait la moindre concession à l’ennemi. Les gens du FSB essaieraient ainsi d'utiliser les mécanismes de mobilisation de l'opinion publique à l'ancienne sur le thème : « Nous sommes encerclés d'ennemis. Il existe un seul leader déterminé, intelligent et courageux, qu'ils essaient d'anéantir ». Vladimir Poutine est, d’après les sondages, le grand favori. Malgré sa mobilisation et ses manifestations régulières, l’opposition n’est pas parvenue à faire émerger  une candidature alternative crédible. Seule véritable interrogation à l’approche de ce scrutin : savoir si Vladimir Poutine sera contraint à un second tour, ou pas, pour retrouver le Kremlin.

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