Connexion

BIRMANIE

Dictature militaire cherche économie de marché

Après plusieurs décennies d’une dictature militaire qui a appauvri le pays, les autorités birmanes semblent prêtes à tout pour se voir retirer ces pénibles sanctions internationales. Mais on ne change pas un pays en quelques mois, et les investisseurs potentiels devront apprendre à jouer avec la corruption ambiante.

Pour les investisseurs étrangers, la Birmanie (Myanmar) fait l'effet d'un futur eldorado.
La Birmanie, enkylosée par les sanctions économiques de la communauté internationale, pourrait décider d’ouvrir son économie au monde dès cette année.

Toute une législation à établir

Mais que vont trouver les investisseurs en arrivant sur place ? La réponse, pour certains experts, est pleine de promesses, mais aussi de pièges.

« Nous sommes très excités. Tout le monde l’est », s’exclame Song Seng Wun, directeur exécutif des opérations de recherche du groupe CIMB, installé en Malaisie, une des plus importantes banques d’investissement d’Asie du Sud-Est. « Mais nous sommes aussi conscients qu’il y a encore de nombreuses étapes à franchir », ajoute-t-il. « C’est un pays qui doit commencer presque de zéro dans l’écriture de ses lois sur l’investissement. »

L’ancienne colonie britannique, devenue une dictature militaire, essaye toujours de convaincre l’Occident de la légitimité de son Parlement. Comme le reste de l’Asie du Sud-Est depuis ces deux dernières décennies, la Birmanie a été paralysée par des guerres civiles, la répression de l’Etat et les sanctions.

Mais la Birmanie paraît désormais prête à se relever.

De bons arguments pour la communauté internationale

Pour l’entreprise d’analyse de risques Maplecroft, installée au Royaume-Uni, 2012 sera l’année durant laquelle les nations occidentales, y compris les Etats-Unis, vont véritablement commencer à retirer quelques couches de sanctions économiques. La plupart des investissements en Birmanie proviennent aujourd’hui de la Chine, mais la donne pourrait bien changer.

Pour anticiper, le gouvernement birman courtise ses nouveaux amis étrangers avec des arguments intéressants : une exonération d’impôts de huit ans pour tous les investisseurs, une refonte complète de son système monétaire grâce à l’aide du FMI et quelques déclarations suggérant qu’elle pourrait arrêter de placer la moitié de son PIB dans son armée.

Les projections du Fonds monétaire international montrent que le PIB réel de la Birmanie pourrait augmenter de 5,5% cette année, et encore de 6% en 2013. De très importants gains pourraient être réalisés dans les prochaines années si tout se passe comme prévu.

Terrain miné pour les investisseurs

Mais les investisseurs espérant prendre le train en marche pourraient bien se salir les mains.

« Il y a de grandes opportunités à exploiter en Birmanie, en particulier avec le pétrole, le gaz et le secteur minier », explique Alyson Warhurst, PDG de Maplecroft.

Mais ces ressources, pour beaucoup, sont situées dans des régions revendiquées par des minorités ethniques soutenues par des milices très armées. Plusieurs luttes indépendantistes sont régulièrement réprimées, celle des Kachin à la frontière chinoise et des Karen à la frontière thaïlandaise en sont les exemples les plus frappants.

Les entreprises qui ont besoin des services de protection de l’armée, considérée comme indispensable dans de nombreuses régions, encourent sérieusement l’allégation de « complicité de violations des droits humains par les forces de sécurité d’Etat », analyse la société Maplecroft. Car la liste des abus de l’armée en Birmanie est très longue.

Aung San Suu Kyi encourage l'ouverture

La plus célèbre dissidente de Birmanie et lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, a déjà commencé son travail d’ambassadrice en encourageant des investissements occidentaux « éthiques, nouveaux et innovants ». Le sénateur démocrate John Kerry, président de la commission sénatoriale pour les relations étrangères, a officiellement affirmé à l’agence de presse Reuters que le processus de retrait des sanctions était en cours.

La levée de ces sanctions intervient à peine quelques mois avant les élections législatives dans le pays. Aung San Suu Kyi sera candidate, pour la première fois depuis 1990, date du scrutin qui avait été annulé par l’armée, et qui aurait dû faire d’elle la Première ministre. La dissidente birmane se présente dans une circonscription au sud de Rangoun, la capitale

Inévitable corruption

Mais même si les sanctions sont en passe d’être levées, un himalaya de corruption et d’iniquité attendra les sociétés occidentales qui voudront partir à la conquête de cette nation en voie de guérison. Transparence Internationale, l’ONG mondiale anticorruption, indique que la Birmanie est 180e sur 183 selon son indice de perception de la corruption. Seules la Corée du Nord et la Somalie sont classées au-dessus.

Parmi les risques les plus redoutables pour les investisseurs, le système monétaire déconcertant de la Birmanie, qui prête à tous les trafics par de nombreux taux de change différents, rendant la conversion et le rapatriement de devises étrangères très complexes.

« Très peu de choses peuvent être faites, des plus petites opérations aux plus grandes, sans avoir à payer des pots-de-vin », déclarait le Département d’Etat américain dans un rapport publié en 2010. A l’heure actuelle, d’importantes sommes d’argent sont transférées par les canaux du marché noir pendant que le FMI essaye de réparer le système financier de la Birmanie.

L’aide de Singapour

Mais le pays est aussi face à une occasion unique, pour Song Seng Wun, directeur exécutif du CIMB. Dans le meilleur des cas, les autorités birmanes vont copier les systèmes financiers qui fonctionnent chez leurs voisins. « Il n’y a pas de modèle qui puisse s’installer du jour au lendemain, mais ils pourraient déjà adopter quelques lois rapidement. »

Le régime actuel, un système parlementaire dirigé par l’armée, n’est pas riche en alliés. Mais il compte s'appuyer sur Singapour, un des centres financiers les plus importants du monde, pour enclencher ses réformes.

« Singapour est assez neutre et malgré les évènements, ses autorités ont toujours eu de bonnes relations avec la Birmanie. Singapour s’investira évidemment en Birmanie. Ils n’ont rien d’autre à faire que de trouver de nouveaux débouchés pour leurs marchés. »

Global Post/Adaptation Sybille de Larocque - JOL Press

Noter
0