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APRÈS LE PRINTEMPS ARABE

Internet au service de la contre-révolution

Après le Printemps arabe, les régimes du Maghreb et du Moyen-Orient ont appris à se méfier d'Internet, et surtout à s'en servir. Encadrement, répression, propagande : à chacun sa technique pour éviter que la Toile n'accouche d'une nouvelle révolution.

Affiche de Reporters sans frontières pour la liberté sur Internet.
 Souvent présentés comme les outils des révolutionnaires prodémocratie, Facebook et Twitter peuvent aussi servir les intérêts des régimes en place. Initialement pris au dépourvu par les nouvelles technologies, les autorités ont vite appris à en tirer profit. Les unes après les autres, les dictatures du monde arabe investissent les réseaux sociaux.

Pour contrer les fameuses « révolution Facebook », les pouvoirs autoritaires utilisent deux leviers : la répression grâce aux informations glanées sur le Net, et la propagande par le biais des réseaux sociaux. Cette stratégie à deux visages débouche sur la création d’une « police de la pensée » chère à Orwell et rendue possible par les nouvelles technologies. Investir massivement Twitter et Facebook  permet à la fois d’intimider, de collecter de l’information, de saisir l'air du temps et de tenter de l'infléchir par une Web-propagande virale.

Différentes stratégies de contrôle du Web

Chaque régime n’investit pas les réseaux de la même façon. Si la prise en compte de l’arme qu’ils peuvent constituer est commune aux différents pays arabes, les ripostes organisées varient tant sur le fond que sur la forme.

Bahreïn, les autorités ont misé sur le harcèlement pour leur contre-offensive médiatique. Les journalistes ou simples internautes très actifs sur la Toile, qui couvraient avec trop d’enthousiasme les vagues de protestation, ont reçu la visite de milliers de « bahraini Twittter trolls » venus les insulter et harceler sur chacun de leurs tweets. Ces internautes agressifs sont généralement les mêmes que ceux participant aux campagnes « We are all Hamad » consistant à afficher son soutien au dirigeant Hamad ben Isa al-Khalifa.

En Syrie, avant que le conflit ne prenne de l’ampleur, la répression s’axait autour des cyberattaques ciblant directement les ordinateurs. Une riposte purement informatique visant à « déconnecter » littéralement l’opposition.

Processus inverse en Arabie saoudite, où c’est l’internaute qui est ciblé : en février, le jeune journaliste Hamza Kashgari publiait une discussion  fictive avec Mahomet sur Twitter et écopait d’une condamnation à mort.

Même principe aux Emirats arabes unis, où l’activiste prodémocratie Saleh al-Dhufairi a été arrêté après des tweets gênants sur les expatriations de manifestants syriens réalisées par le gouvernement.

Une surveillance également chez les « modérés »

Même les pays plus modérés ou déjà « libérés » par les révolutions du Printemps arabe sont souvent tentés de jouer les Big Brothers.

Si en Tunisie, la propagande d’Etat se limite à quelques tweets du compte officiel de Moncef Marzouki, le royaume du Maroc, dont la stabilité et les réformes avaient été saluées, ne peut pas en dire autant. Les autorités ont arrêté en février dernier un étudiant de 18 ans, Walid Bahomane, coupable d’avoir bafoué les valeurs sacrées du Maroc en ayant publié des caricatures de Mohammed VI.

Bien souvent, l’arrestation « online » n’est rendue possible que par une application douteuse de lois d’urgence ou de « mesures antiterroristes ». Difficile sinon de justifier la limitation par divers moyens de la liberté d’expression sur le Web. Embarqué sans prévenir dans l’Internet des réseaux sociaux, le monde arabe profite subitement d’une source de liberté inépuisable. Reste à savoir le temps que mettront les régimes en place pour contrôler définitivement cette nouvelle plate-forme, car l’offensive est déjà lancée…

GlobalPost/ Adaptation Emmanuel Brousse pour  JOL Press

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