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Immigration

La Bulgarie, dernier espoir d’entrer en UE pour les migrants

Kapitan Andreevo, Bulgarie. Une étroite route pavée et une clôture rouillée : voilà tout ce qui sépare l’Union européenne de la Turquie, au checkpoint Kapitan Andreevo, au nord de la frontière bulgare.

Kapitan Andreevo, entre la Turquie et la Bulgarie. Copyrights Graneits.
Kapitan Andreevo, entre la Turquie et la Bulgarie. Copyrights Graneits.

Renforcement des moyens de contrôle des frontières

 

L’UE réalise d’importants efforts technologiques afin de fortifier le contrôle aux frontières de l’un de ces derniers entrants. Caméras infrarouges placées le long de la frontière et gardes devant leurs écrans pour repérer les tentatives illégales d’entrées dans l’UE depuis leur quartier général.

 

Le sésame Schengen

 

La Bulgarie et la Roumanie, elle aussi nouvel entrant, espèrent rejoindre l’espace Schengen, zone de libre circulation. Les autorités craignent qu’une des raisons de la mise en attente de leur demande de rejoindre l’espace soit le supposé effet d’appel d’immigrants illégaux à leurs frontières. Une fois que les immigrants franchissent une frontière de l’espace Schengen, ils peuvent en théorie recevoir des papiers les autorisant à voyager à travers toute la zone, qui compte actuellement 25 pays.

 

Un effet d’appel aux conséquences désastreuses

 

Cet effet d’appel, on l’a constaté en Italie au printemps 2011, ce qui a ouvert le débat sur un éventuel réaménagement du protocole Schengen. En 2010, plus de 47 000 immigrants illégaux ont franchi le fleuve Evros qui sépare la Turquie de la Grèce – laquelle est membre de l’espace Schengen – à quelques kilomètres au sud du checkpoint bulgare. Cet afflux inattendu a été un désastre pour la Grèce, en outre asphyxiée par son endettement.

 

Errer dans les rues d’Athènes en attendant une réponse

 

Médecins Sans Frontières rapporte que les centres de détentions pour migrants illégaux déjà surpeuplés le long des frontières sont dans un état sanitaire sordide. Ni nourriture correcte ni toilettes dignes de ce nom. Les autorités grecques ont pris rapidement les mesures nécessaires : ils ont relâché les migrants avec des papiers pour qu’ils quittent le pays immédiatement ou attendent sur le territoire la réponse de leur demande d’asile. La majorité d’entre eux finit par errer et squatter dans les rues d’Athènes.

 

Une immigration illégale toujours importante

 

La Bulgarie peut-elle – avec ses 174 kilomètres de frontières communes avec la Turquie – faire face à la même situation que la Grèce si elle entre, ou lorsqu’elle entrera, dans l’espace Schengen ? Emil Gochev, l’officier en charge du contrôle des frontières à Kapitan Andreevo, constate : "Chaque jour nous avons des cas d’immigration illégale… Il y a quelques jours, nous avons eu un cas de trois personnes qui se cachaient dans le compartiment bagage d’un semi-remorque"

 

"Nous ne sommes pas comme la Grèce"

 

En 2010, son bureau a été confronté à 85 cas de transfuges clandestins et 75 tentatives d’entrées en Bulgarie avec de faux passeports ou visa. "Nous ne sommes pas comme la Grèce", dit Gochev, mais le contrôle des frontières bulgares est conçu pour faire face aux situations de crise, en particulier pour affronter la vague de migrants illégaux attendus dans les prochaines semaines. Entre 2 000 et 3 000 voitures et environ 1 000 camions arrivent en Unions européenne chaque jour par Kapitan Andreevo. "Nous sommes prêts pour Schengen, dit Emil Gochev. Nous avons des équipements plus élaborés que nos collègues grecs".

 

De nouvelles infrastructures d’accueil pour les migrants

 

Dans le village voisin de Lyubimets, l’Union européenne a commencé à construire un nouveau centre de détention pour les demandeurs d’asile. La Special Home for the Accommodation of Foreigners a ouvert le 15 mars 2011 et accueille actuellement 64 migrants, dont 7 enfants. Avec une capacité de 312 migrants, le centre emploie 157 personnes : des officiers, cuisiniers, femmes de ménage, un dentiste et un docteur. Ces nouvelles installations incluent des salles de prières séparées pour les chrétiens et les musulmans, une bibliothèque, une nurserie des cabinets médicaux et une cafétéria.

 

Dans les limbes de l’attente

 

La loi européenne oblige les migrants à demander leur statut de réfugié politique dans le premier pays dans lequel ils arrivent. C’est pourquoi certains essaient de contourner la loi communautaire en s’aventurant plus avant dans l’Union, tandis que d’autres attendent, comme dans les limbes, de recevoir une réponse. Dans cette attente, ils n’ont d’autre choix que de se reposer entièrement sur l’État ou de mendier.

 

Sofia, El Dorado des migrants

 

Sur un canapé de la pièce principale du centre de Lyubimets, deux jeunes immigrants kurdes syriens disent être arrivés 54 jours auparavant. "S'il vous plaît, je veux aller à Sofia", se plaint Fatih Muhammad, dans son T-shirt jaune à carreaux. Sa femme, Nalin, décrit leur périple jusqu’à la Bulgarie dans un anglais très approximatif. "Nous avons marché deux jours, dit-elle. Pas nourriture, beaucoup problèmes" Les pieds de son mari ont été bandés, de nombreux ongles meurtris jusqu’au sang. Il dit souffrir de douleurs inexpliquées à l’estomac.

 

Une véritable odyssée jusqu’à la Bulgarie

 

"Je suis venu à la nage", explique Ali Mohamed, qui dit que des trafiquants l’ont emmené en bateau – lui et 65 autres personnes – de la Somalie jusqu’au Yémen. "Lorsque vous atteignez un endroit près de la frontière, ils te disent “okay, tu nages maintenant" Six heures de nage pour rejoindre la terre ferme. Onze compagnons avec lui sont morts. Parti du Yémen, il a traversé l’Arabie Saoudite, la Syrie et la Turquie avant d’arriver en Bulgarie. Il lui a fallu 9 mois. "Toute ma vie, j’ai fui les balles, confesse Ali Mohamed. Maintenant que je suis ici, je ne fuirai plus" Mais il se demande : "Pourquoi ce camp nous retient-il pendant trois, quatre mois ? Nous voulons simplement être traités comme des réfugiés, pas comme des criminels"

 

Un nouveau centre pour les migrants en attente de leur statut de réfugié

 

L’officier Svetloslav Dihanov, qui supervise le centre de détention, affirme que le gouvernement a commencé à construire un nouveau centre à Svilengrad, près de la frontière turque. Il est construit pour accueillir les migrants en attente de réponse de leur demande d’asile. Ce centre, ainsi que les autres centres de Sofia, laissera les migrants libres d’aller et venir à leur gré. Pour le moment, beaucoup attendent en captivité dans des centres hautement surveillés comme Lyubimets, ne sachant pas s’ils seront déplacés, relâchés ou déportés.

 

Karabulut, antichambre de l’Europe

 

À Schtit, village bulgare aux routes laissées à l’abandon, aux champs de tabac et aux charrettes à âne, les gardes frontières garent leurs véhicules sur la poussiéreuse place centrale. Depuis le village, les fermiers regardent à travers la vallée et voient deux minarets blancs pointer depuis le village turc de Karabulut. Margo Apostolova, 63 ans, qui tient avec son mari un petit marché et un restaurant, dit savoir parfaitement que des immigrants illégaux entrent dans leur village en provenance de Karabulut, de l’autre côté de la vallée.

 

"Ces gens ne sont pas dangereux"

 

"Quand bien même, nous ne fermons jamais à clé nos maisons, dit-elle. Les contrôles à la frontière sont effectifs ici : ils attrapent des migrants illégaux et les envoient à Lyubimets, explique-t-elle. Des représentants d’autres pays sont venus inspecter et ont déclaré que les contrôles étaient assurés correctement et la police des frontières faisait bien son job" Son mari, Apostol Apostolov, 65 ans, se souvient que pendant l’hiver, quelques migrants arabes avaient franchi la frontière et avaient allumé un feu dans une vielle caserne abandonnée. Le feu s’est propagé, et le bâtiment a complètement brûlé. Malgré tout, il affirme : "Je n’ai pas peur. Ces gens ne sont pas dangereux. Ils sont venus ici pour sauver leur peau"

 

"Sofia… Sofia"

 

Apostol pense que les immigrants sont guidés jusqu’à la frontière puis qu’on les laisse se débrouiller pour la franchir et pour retrouver leur chemin à travers les champs des fermiers du coin. "Une fois, se souvient-il, j’ai vu un groupe de 10 illégaux marcher sur la route. “Sofia… Sofia…”, demandaient-ils, mais personne ne parle anglais dans le village. La police des frontières et arrivée et les a embarqués"

 

Global Post / Adaptation JOL-Press.

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