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HONG KONG

La corruption règne toujours

À Hong Kong, la Commission anti-corruption a écroué deux riches hommes d’affaires, fin mars. Un coup de filet médiatique qui place les projecteurs sur cette institution. Mais derrière ses succès, de nombreuses critiques subsistent.

La Commission indépendante contre la corruption de Hong Kong a réalisé un joli coup de filet, fin mars, en mettant Thomas et Raymond Kwok sous les verrous. Les deux frères, qui dirigeaient la plus grande société immobilière d’Asie, pèsent près de 17 milliards de dollars, selon le magazine Forbes. Ils sont assis sur la plus grosse fortune de Hong Kong.

Durant son enquête, la Commission s’est également penchée sur le réseau des frères Kwok. De nombreuses têtes sont alors tombées. Rafael Hui, un politicien qui entretenait des liens étroits avec les richissimes hommes d’affaires, a notamment été entrainé dans leur chute. 

Ces arrestations ont permis à la commission de lutte contre la corruption, d’envoyer un message fort aux citoyens de la ville : elle ne craint pas de s’attaquer à des personnalités haut placées

Les garants de l’intégrité

La Commission indépendante contre la corruption a été créée en 1974, sous gouvernement colonial. Ces années étaient particulièrement marquées par une corruption galopante. Des forces de l’ordre aux employés municipaux, l’ensemble du système était gangréné. Sans pot-de-vin conséquent, les pompiers ne se déplaçaient pas lors d’un incendie...

Créer une institution de contrôle et de lutte contre la corruption devenait indispensable. Une fois instaurée, elle s’est montrée d’une redoutable efficacité en écrouant un commissaire de police. « Ils [les membres de la Commission] sont extrêmement importants »estime Simon Young, directeur du centre de droit public comparé à l’Université de Hong Kong. « Ils sont les garants de l’intégrité des policiers et des autres employés municipaux. » Les succès de la Commission lui ont conféré une popularité record auprès de l’opinion publique.

Une commission aux mains liées

Cependant, en écaillant légèrement le vernis, les critiques affleurent. Pour nombre d’observateurs, la Commission ne court qu’après les petits poissons sans s’en prendre à l’élite hongkongaise. Son nouveau dirigeant, C.Y. Leung, catapulté à cette fonction, est considéré comme un pantin entre les mains du régime chinois. L'arrestation des frères Kwok semble n'être qu'une manipulation visant à redorer le blason de la Commission, en période électorale.

Par ailleurs, d’autres limites enserrent les pouvoirs de la Commission. Dans ses statuts, il lui est formellement proscrit de s’attaquer au chef exécutif de la ville.

« Hong Kong est une ville étonnante » estime Robert Broadfoot, le fondateur et directeur d’Asiarisk, une société spécialisée dans l’intelligence économique et politique. « L’agence a pour nom Commission indépendante contre la corruption, mais il y a des limites à son indépendance… Ce n’est pas parce qu’elle s’est attaquée aux frères Kwok ,que d’autres personnes ne demeurent pas intouchables », conclura-t-il.  

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