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EMPLOI

Les astuces allemandes contre le chômage

Partout en Europe, la crise de la dette et les mesures d’austérité censées améliorer la situation ont porté le chômage à des taux records. Pourtant, le pays le plus riche et le plus peuplé de l’Union européenne semble immunisé. Le marché du travail allemand paraît ignorer les ravages de la crise. En apparence seulement...

Une agence pour l'emploi allemande. Le chômage baisse, mais le travail précaire progresse. (Photo stephan Mosel/cc)
Contrairement à leurs homologues français, grecs ou espagnols, les chômeurs d’outre-Rhin ne risquent pas de patienter longtemps devant le Pôle Emploi local. À vrai dire, l’Allemagne a même atteint en 2011 son taux de chômage le plus faible depuis 1991 : un peu moins de 3 millions de chômeurs, soit 7 % de la population active.

Après la chute du mur de Berlin, la presse économique se plaisait à voir l’Allemagne comme « le grand malade de l’Europe ». Alors que ses voisins ne subissaient pas encore les effets de la crise, Berlin enregistrait un taux de chômage de 12,5 % en 2005. Depuis, la transition économique s’est achevée et le nombre de chômeurs allemands a été divisé par deux. En décembre 2011, le pays n’avait plus que 6,6 % de sans-emploi. Une baisse spectaculaire.

Une stratégie efficace contre les licenciements

Mais comment l’Allemagne peut-elle créer de l’emploi au beau milieu de la crise financière ? La réponse réside sans doute en bonne partie dans les nombreux outils de flexiblité que le gouvernement a mis en place pour stabiliser l’emploi, contenir les salaires et éviter les licenciements, même au cœur de la crise.

Le programme « Kurzarbeit » (travail court) autorise ainsi les employeurs à réduire significativement le temps de travail, et par conséquent, les salaires. Les entreprises peuvent ainsi réduire de plus de 40 % la durée horaire de travail de ses salariés, l’Office du travail compensant une bonne partie de la perte de revenus du salarié.

Le second volet du plan de sauvetage des emplois allemands est constitué par une généralisation des comptes épargne-temps. Ce dispositif permet aux employés de répartir leurs heures de travail dans l’année, à condition d’arriver à une moyenne de 38 heures par semaine. Ils peuvent ainsi travailler 20 heures pendant un mois et 56 le mois suivant s'ils le souhaitent. Les salariés y trouvent leur compte en disposant d’un emploi du temps plus flexible. Les patrons peuvent de leur côté inciter les employés à se rendre disponibles pour les périodes les plus chargées sans employer de CDD ou payer trop d’heures supplémentaires.

De cette façon, les entreprises allemandes peuvent conserver leurs salariés expérimentés et se montrer réactives facilement.

L'atout monétaire et financier

Outre les mesures préventives adoptées, l’Allemagne dispose d’un autre atout dans sa manche : elle n’a pas été frappée par la crise monétaire et peut encore emprunter sur le marché international à des taux particulièrement bas. « L’euro fort continue de profiter au pays et la seule conséquence pour l’économie allemande est une réduction des exportations due à la limitation du pouvoir d’achat de nos voisins », explique Karl Brenke, de l’Institut de recherches économiques.

Une victoire coûteuse pour les salariés

Mais la bataille gagnée contre le chômage a coûté cher au pays. Les mesures visant à assouplir le travail ont mis à mal les salaires. L’Allemagne des hauts salaires fait désormais partie de l’histoire ancienne. L’équivalent du SMIC n’existe pas outre-Rhin. Les petits boulots temporaires se sont multipliés et beaucoup d’Allemands doivent s’accommoder de ces « mini-jobs » qui leur permet tout juste de gagner 400 euros par mois sans perdre le bénéfice de leurs cotisations, ou encore les « one-euro jobs », essentiellement des travaux d'intérêt public. Ces boulots sous-payés concernent directement 7,3 millions d’Allemands.

Le salaire moyen en Allemagne n’a pas augmenté aussi vite que chez ses voisins européens. Ces quinze dernières années, les salaires du secteur privé ont augmenté de 21,8 % contre 35,5 % en moyenne dans le reste de l’UE. Et le constat est encore pire lorsqu’on parle de salaire net : entre 2004 et 2008, les Allemands ont même vu celui-ci baisser.

L'ex-RDA toujours à la traîne

Le deuxième bémol à apporter au « miracle allemand » concerne les régions. Le chômage allemand est très inégalement réparti. Les régions de l’ex-RDA sont particulièrement frappées et le nombre de sans-emplois y est deux fois plus élevé qu’à l’Ouest. Et même au sein des deux Allemagnes, il existe de grandes disparités. A l’Est, les régions de tradition industrielle comme la Saxe et la Thuringe s’en sortent mieux alors qu’à l’Ouest, la Bavière et le Bade-Wurtemberg tirent le pays vers le haut.

Enfin, même si elle a su en réduire l’impact, l’Allemagne est indirectement touchée par la crise. Chaque péripétie du feuilleton européen rend l’euro plus faible, ce qui amène l’Allemagne à brader ses exportations. Ce constat peut apparaître favorable pour Berlin, qui vend ainsi un plus grand nombre de produits grâce à des prix plus bas. Ces soldes sur les voitures et les machines allemandes sont néanmoins compensées par la réduction drastique du budget importation de ses partenaires commerciaux de l’UE.

Compter sur ses propres forces

Aussi, lentement mais sûrement, la crise commence à se faire sentir à Berlin. Des mesures d’austérité font leur apparition et le gouvernement a annoncé une perspective de croissance de seulement 0,7 % en 2012.

Pour Herzog Stein, la solution passe par une dynamique interne : « Sans nous replier sur nous même, il va falloir parvenir à fonctionner de façon plus autonome. Nous avons une des économies les plus puissantes du monde et il faut en jouer. Les choses vont mal en Europe, et si l’Allemagne peut faire preuve de dynamisme, tout le monde finira par en profiter et par tirer son épingle du jeu. »

GlobalPost/Adaptation Emmanuel Brousse pour JOL Press

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