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SYRIE

Les chrétiens derrière Bachar al-Assad

Bachar al-Assad, que tout le monde dit isolé dans son propre pays, peut compter sur le soutien indéfectible de la communauté chrétienne de Syrie, effrayée à l’idée de voir les sunnites prendre le pouvoir.

Eglise chrétienne en Syrie. Les chrétiens forment environ 8% de la population du pays. (Photo : No Lands Too Foreign/cc).
L’annonce du veto de la Chine et de la Russie, samedi 4 février, à une résolution de l’ONU condamnant la répression menée par le régime de Bachar al-Assad, a été accueillie avec satisfaction par la communauté chrétienne de Syrie.

Bachar al-Assad, garant de la survie des chrétiens

Dans le village de Qatana, à l’ouest du pays, les habitants se congratulent par des « Mabrouk » (« félicitations »), après le résultat du vote. A Damas, un bar offre exceptionnellement deux boissons pour le prix d’une pour fêter l'événement.

Mais dans les maisons chrétiennes, c’est un sentiment de soulagement plus que de satisfaction qui résonne. Pour eux, de la survie du régime de Bachar al-Assad dépend surtout leur propre survie.

« Dieu bénisse la Russie. Sans la Russie nous sommes condamnés », déclare une habitante de Damas.

La petite minorité chrétienne de Syrie soutient depuis toujours le président alaouite (les alaouites forment une branche religieuse dissidente du chiisme) qui, face à la population sunnite majoritaire, se pose comme le gardien des droits et le protecteur des chrétiens.

« Regardez ce qui s’est passé en Irak et maintenant en Egypte », ajoute la femme. « Si Assad reste au pouvoir, cela n’arrivera pas ici. »

Les chrétiens unis aux alaouites

Des milliers de chrétiens sont présents dans les hauts rangs du gouvernement et de l’armée. Conscients qu’un jour, les masses pourraient se soulever contre le régime, l’ancien président Hafez el-Assad avait cherché à consolider son pouvoir avec le soutien des autres minorités.

Mais les liens qui unissent chrétiens et alaouites ne se résument pas aux simples sphères de la politique et de la sécurité.

Les alaouites sont considérés par les chrétiens comme les moins islamistes de tous. Chez eux, le jeûne du ramadan est beaucoup moins sacré, de nombreux jeunes boivent de l’alcool et sortent en discothèque. Le port du voile n’est pas non plus une obligation pour les femmes.

Dans le village de Qatana, 35 km à l’ouest de Damas, une petite communauté chrétienne soutient les opérations de l’armée autour du village.

« Ils nous protègent des gangs et des extrémistes. Nous avons besoin d’eux », explique un habitant joint par téléphone.

La semaine dernière, un obus a transpercé le mur d’un couvent dans le village chrétien de Saidnaya, donnant une vigueur nouvelle à l’engagement des chrétiens en faveur du régime. Personne n’a revendiqué cette attaque, il n'est pas difficile de faire le lien avec les combats entre l’armée nationale et l’Armée syrienne libre qui se sont déroulés dans le village voisin de Rankous au même moment.

« Personne ne peut expliquer pourquoi l’obus n’a pas explosé », déclare un chrétien dont certains membres de la famille vivent à Saidnaya. « C’est l’œuvre de Dieu. »

La presse sunnite est accusée de nourrir le conflit

La gérante de la boutique d’un hôtel dans le quartier chrétien dans le vieux Damas accuse réseaux de télévision du Golfe pour cette « crise » et non la violente répression du régime. « Al Jazeera est coupable de tous ces troubles en Syrie. Ils mentent. Regardez autour de vous, il n’y a pas de problème ici », explique-t-elle. D’autres pensent que le Qatar et l’Arabie Saoudite travaillent pour prendre le contrôle de la Syrie et sont encouragés par les Etats-Unis et Israël.

Avant la visite très attendue du ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, mardi 7 février, certains chrétiens attendent tout de même un changement. « Je pense que la Russie fera pression sur Assad », déclare un avocat chrétien orthodoxe à Damas. « Je pense que les Russes lui diront : organisez des élections ou nous arrêterons de vous soutenir. Ce n’est pas dans l’intérêt de la Russie de continuer à soutenir la répression du régime syrien. Ils sont critiqués parmi toute la communauté internationale et je ne pense pas qu’ils voudront rester dans cette situation beaucoup plus longtemps. »

Global Post/Adaptation Sybille de Larocque - JOL Press

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