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ÉQUATEUR

Les indigènes font les frais des investissements chinois

En Équateur, l'exploitation d'une mine de cuivre par une entreprise chinoise suscite de vives polémiques. Elle pourrait avoir de désastreuses conséquences sur l'environnement.

 

En 2008, Rafael Correa, le président équatorien fait adopter une nouvelle constitution qui reconnait les droits de la nature. Le texte, qui reprend l’expression Pacha Mama — « La mère nature » en quechua-, stipule que l’État incitera les citoyens à respecter et à protéger les cycles écologiques. Indigènes et militants écologistes applaudissent à deux mains.

Quatre ans plus tard, Correa, n’est plus tout à fait en odeur de sainteté. Le président a cédé, à une entreprise chinoise, Ecuacorriente, une concession minière. L’exploitation del « mirador » rapporterait au pays 3,2 millards d’euros. Mais elle conduirait aussi à la destruction de 450 000 d’hectares de forêt. D’où la colère des indigènes.  

Selon la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur (CNIE) la procédure est entachée d’irrégularités, notamment parce que les communautés locales n’ont pas été consultées. L’organisation affirme aussi que la loi équatorienne interdit les exploitations minières dans les bassins hydrographiques comme celui de Zamora Chinchipe. Or c’est précisément là que se situe « El mirador ».

Correa, un socialiste qui a précédemment travaillé comme économiste, insiste sur le fait que cette mine est nécessaire au développement économique du pays : « Nous ne pouvons pas nous assoir sur un sac d’or » se justifie- t-il.

Les indigènes en action

Mais les groupes indigènes et les défenseurs de l’environnement continuent à rejeter un modèle basé sur une exploitation industrielle des ressources naturelles.

« Pour nous, les indigènes, qui vivons ici depuis des millénaires, cela n’a pas d’importance d’avoir un grand appartement et une télé à écran plat. Tout ce que nous voulons c’est de l’eau, des forêts et un air propre » explique Mauricio Paqui, le directeur de la CNIE pour le territoire, les ressources naturelles et le développement.

Quand Correa arrive au pouvoir en 2006, c’était pour beaucoup grâce aux indigènes. La façon dont il les traite aujourd’hui pourrait compromettre ses chances d’être réélu.

Début mars, la confédération a entamé une marche de protestation de Zamora Chinchipe à Quito, la capitale. Au départ, il n’y avait qu’une poignée d’activistes indigènes. Mais deux semaines plus tard, le rang des sympathisants avait considérablement grossi. Ils avaient même été rejoints par des non-indigènes.

La Chine fait peu de cas de l'environnement

La controverse aura aussi mis en évidence l’appétit grandissant des chinois pour le métal, le gaz, le pétrole. Leur présence pourrait entrainer d’importants conflits dans la région.

En 2011, avec 20 milliards d’euros, les États-Unis étaient le premier investisseur étranger en Amérique Latine. Mais la Chine s’apprête à les rattraper. Selon Sanchez Zinny, directeur de Blue Star, une société d’analyse stratégique, l’Empire du milieu a déjà investi 15 milliards d’euros.

« Aux États-Unis, on se demande souvent pourquoi on n’investit pas davantage en Amérique Latine. Mais peut-être que le problème ne vient pas de ce que nous voulons, mais de ce que l’Amérique Latine veut. Les pays de la région sont convaincus qu’ils doivent diversifier leur économie, et ne pas trop dépendre des États-Unis » relève-t-il

Même les pays qui ont un gouvernement de droite, ou de centre droit, comme le Chili ou la Colombie, qui ont d’ailleurs de solides relations avec Washington, recherchent les investissements chinois.

Dans une annonce faite sur son site internet, l’ambassade de Chine à Quito affirme que les entreprises chinoises à l’étranger ont l’obligation de respecter les lois locales et les standards de protection environnementale.

Ce qui n’empêche pas ses ressortissants de nuire à la nature. Et pas qu’en Amérique latine. En Afrique aussi, des entreprises chinoises ont été accusées de violer les lois environnementales.

La différence, c’est qu’en Équateur, la population n’est pas prête à se laisser faireMauricio Paqui l’affirme, « les indigènes défendront leur terre, quoi que cela implique. Même si leur propre sang doit couler ». À bon entendeur…

 

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