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GUERRE DE L'OMBRE

L'Iran voudrait-il se venger d'Israël?

Deux attentats ont visé cette semaine les membres du corps diplomatique israélien en Inde et en Géorgie, une autre tentative a échoué en Thaïlande. La responsabilité de l’Iran ne fait aucun doute pour la communauté internationale qui s’inquiète de voir les deux pays se préparer à une guerre frontale. Mais pour de nombreux spécialistes, il ne s’agit que d’une froide vengeance de l’Iran.

Après deux attentats à la bombe à New Delhi et Tbilissi contre des diplomates israéliens, une autre tentative à Bangkok, le corps diplomatique israélien à l’étranger et le gouvernement à Jérusalem se préparent à une fin d’hiver un peu rude.

Les attaques à la bombe, c’est la routine

« Ce n’est probablement que le début », déclare l’ancien chef du Conseil de sécurité nationale d’Israël, le général Dany Arditi, sur la radio de l’armée israélienne, mercredi 15 février. « Nous ne devrions pas connaître de nouvelles attaques dans les prochains jours mais je suis convaincu que ce n’est que le début. »

Cependant, en dépit de la légère hausse de la violence, pour les Israéliens, ce n’est rien de plus que de la routine.

« Pour nous, c’est du quotidien », déclare Yigal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien. « Nous savons comment faire face. Nous suivons bien sûr toutes sortes de règles de sécurité, mais ce n’est pas vraiment un gros problème pour nous. » Souriant, il cite Elton John : « Nous sommes toujours debout ».

Israël ne répondra pas

Des sources militaires israéliennes ont affirmé que le pays ne répondrait pas aux attaques de cette semaine. « Tout d’abord, nous ne sommes pas sûrs à 100 % que l’Iran soit derrière ces attaques », explique le professeur Meir Javedanfar, un expert de l’Iran au Centre interdisciplinaire d'Herzliya. « C’est une hypothèse valable, mais nous ne la confirmerons que lorsque les personnes arrêtées seront interrogées. Et si l’Iran est derrière ces attentats, ce n’est que le déroulement logique d’une politique d’attaque du corps diplomatique qui dure depuis vingt ans. »

Meir Javedanfar, comme de nombreux Israéliens, pense qu’un conflit armé entre l’Iran et Israël, qui n’ont pas de frontière commune, n’est pas vraiment au programme. « Ce que nous voyons est une guerre d’accusations. Cela ne mènera probablement pas vers une guerre. Et n’importe quelle "guerre accidentelle" est encore plus improbable lorsque les pays n’ont pas de frontières communes. Les deux pays y réfléchiront à deux fois avant de s’embarquer dans un conflit. »

Deux attentats réussis, une tentative échouée

Le gouvernement israélien, qui avait mis en garde son corps diplomatique quelques jours avant les attaques dans les capitales indienne et géorgienne, a immédiatement accusé l’Iran.

A New Delhi, un motocycliste a attaché une bombe magnétique à la voiture de la femme d’un attaché militaire israélien, qui était seule et a pu s’échapper avant que celle-ci ne prenne feu. En Géorgie, un dispositif attaché à la voiture d’un chauffeur de l’ambassade a pu être détecté et désamorcé.

Mardi 14 février, un ressortissant iranien s’est fait exploser, amputant ainsi ses deux jambes, alors qu’il transportait une bombe prétendument destinée à une cible israélienne.

A Bangkok, trois Iraniens ont été interpellés et à New Delhi, cinq personnes non identifiées et impliquées dans l’attentat ont été arrêtées.

Réactions en chaîne

« L’Iran est le plus grand exportateur de terreur dans le monde », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahou mercredi 15 février. « Tout le monde a pu le constater durant ces dernier jours. L’Iran est la première cause d’instabilité dans le monde. Les pays du monde doivent condamner les agissements de l’Iran et déterminer leurs lignes rouges contre les agressions iraniennes. »

De son côté, l’Iran ad’abord nié tout lien avec les attaques, avant d’accuser Israël d’avoir bombardé ses propres ambassades puis finalement de dire que « l’Etat sioniste a de nombreux ennemis » qui voudraient les attaquer.

A Washington, la porte-parole du département d’Etat, Victoria Nuland, a condamné l’attentat raté à Bangkok et suggéré que l’Iran pourrait être impliqué. Bien que les Américains attendent les résultats de l’enquête thaïlandaise. Victoria Nuland a pointé les récents complots « sponsorisés par l’Iran » et « liés au Hezbollah » contre les intérêts israéliens et occidentaux en Azerbaïdjan et en Thaïlande.

Les autorités indiennes, dont le pays est un très bon client de l’Iran pour le pétrole brut et qui a refusé la demande des Etats-Unis afin de participer aux sanctions internationales contre le pays, se sont jusqu’à maintenant abstenues d’accuser directement l’Iran pour les attaques. « Un membre résident d’un organisme terroriste financé par l’étranger a ciblé un véhicule officiel indien dans le centre de New Delhi, lundi 13 janvier dans l’après-midi », a déclaré la police indienne, sans se prononcer sur la nationalité des personnes impliquées.

Le Hezbollah, donneur d’ordre des attaques

« Le Hezbollah, un mouvement terroriste chiite installé au Liban n’a pas de bases dans le pays. Il y a une très forte probabilité que l’attaque ait été organisée à leur demande et grâce à leurs fonds mais exécutée par un militant pakistanais bien entraîné », selon un officier de police indien.

L’expert en intelligence israélienne Dany Arditi explique pourtant que la nature « maladroite et incompétente » des attaques pourrait être trompeuse. Bien que les attentats de cette semaine aient sans doute ciblé des individus et non des groupes, l’Iran pourrait être en train de préparer des attaques « à plus grande échelle, rappelant celles d’une autre époque ».

En 1992, une opération du Hezbollah avait conduit à l’explosion de l’ambassade d’Israël à Buenos Aires, tuant 92 personnes. Deux ans plus tard, le centre communautaire juif de la même ville avait été attaqué dans des circonstances similaires, tuant près de 100 personnes. Cette même année, l’ambassade d’Israël à Londres avait été attaquée par le Hezbollah.

D’un autre côté, l’analyste militaire du quotidien Haaretz, Amos Har’el, estime que l’Iran pourrait tout à fait vouloir se venger de l’assassinat, il y a quatre ans, du chef du Hezbollah, Imad Mughniye, dont l’anniversaire de la mort était cette semaine. Selon lui, ils peuvent également ne pas disposer des moyens pour organiser une attaque à plus grande échelle.

« L’Iran et le Hezbollah tentent de se venger d’Israël », écrit Amos Har’el. « Une série d’assassinats de scientifiques nucléaires iraniens depuis deux ans, que l’Iran attribue à Israël, n’a fait que renforcer les motivations de l’Iran pour prendre sa revanche. Cependant, l’attaque de la femme d’un diplomate israélien à New Delhi aussi bien que la tentative d’explosion d’une voiture à l’ambassade de Tbilissi, lundi 13 février, révèle les limites de la capacité de l’Iran à mettre sa revanche en œuvre. »

Global Post / Adaptation Sybille de Larocque - JOL Press

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