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Union européenne

L'Italie, le pays où les pauvres roulent en Ferrari

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le premier ministre italien, Mario Monti, a déclaré la guerre à l'évasion fiscale et à la classe des « super-riches, » qui maquille ses revenus depuis des années. Autrefois proches de Silvio Berlusconi, les plus fortunés ne peuvent plus compter sur l'aide du gouvernement pour échapper à la taxation. Il va devenir de plus en plus difficile en Italie de rouler en Ferrari tout en déclarant des revenus nuls...

© Nelson Wu
Le Premier Ministre italien a annoncé dès le début de son investiture que les efforts du gouvernement pour réduire la dette incluraient des mesures à tous les niveaux, avec un impact égal sur l’ensemble de la population. Mais personne n’y prêta vraiment attention jusqu’à ce qu’il commence à prendre les plus riches pour cible.

 

Les « prétendus pauvres »

Mario Monti © Wikipedia
Depuis sa nomination à la tête du gouvernement technocratique, le 16 novembre, Mario Monti s’est battu sur plusieurs fronts. Il a cherché à réduire la dette dans un pays sur le point de voir son économie s’effondrer en augmentant l’impôt sur le revenu, en réduisant les dépenses de l’Etat et en supprimant ou diminuant la présence du gouvernement dans des secteurs économiques-clefs tout en voulant éviter au possible une croissance économique faible. Ce mois-ci, son bazooka s’est tourné vers les « super-riches », où l’évasion fiscale est une véritable épidémie.

Ce groupe est une cible facile. D’après les journaux italiens, les personnes déclarant gagner moins de 20 000€ par ans possèdent 188 000 voitures de luxe (Ferrari, Lamborghini, Porsche ou encore BMW), 518 avions privés ou hélicoptères, et quelques 42 000 yachts. 15 millions d’Italiens – environ un quart de la population – n’ont déclaré aucun revenu l’an dernier. Mais certains rapports montrent que près d’un cinquième de ce groupe possède au moins trois maisons.

A la demande de Mario Monti, la police fiscale a fait une descente dans six stations de ski et spas en bord de mer, afin de rassembler des preuves d’évasion fiscale. Un simple raid dans un hôtel cinq étoiles et dans des restaurants étoilés situés dans la station de sports d’hiver de Cortina, dans les Dolomites, a suffi pour trouver 42 voitures de luxe ayant un prix moyen de 200 000€, appartenant à des propriétaires déclarant moins de 20 000€ par an. Les médias italiens n’ont pas tardé à surnommer ce groupe, les « prétendus pauvres. » Le gouvernement a promis que de nouvelles opérations de la sorte sont à venir.

 

« Super-riches » mais surtout « super-influents »

Mais il n’aura pas fallu longtemps au gouvernement de Mario Monti pour être victime d’attaques : avec un accès disproportionné aux médias, les « super-riches » se plaignent d’être injustement pris pour cible. Et les alliés du milliardaire, magnat des médias et ancien Premier Ministre, Silvio Berlusconi, lui-même accusé d’évasion fiscale, ont menacé de retirer les supports parlementaires dont a besoin Mario Monti pour ses réformes.

« Les problème est que, quand Mario Monti dit que ses réformes nécessiteront des sacrifices dans tous les coins, tout le monde pense que ça les exclut, » analyse Maria Rossi, co-directrice de l’Institut de sondage, Opinioni. « Ceci est particulièrement vrai pour les riches, qui n’ont pas payé l’intégralité de leurs impôts dans le passé et qui dispose d’une importante couverture médiatique leur permettant de se plaindre. »

 

L’instauration de mesures draconiennes

Beaucoup en Italie pensent que les mesures du gouvernement sont draconiennes. Les agents du Fisc ont placé des chiens à des endroits clefs de la frontière, pendant que des voitures équipées de caméras passent continuellement en Suisse afin d’identifier les possibles escrocs partis blanchir de l'argent.

Le gouvernement a réduit le montant maximum des transactions en cash de 2 500€ à 1 000€, avec l’idée que si les acheteurs doivent utiliser un chéquier ou une carte de crédit, cela sera plus simple à taxer. Les sociétés de cartes de crédits devront maintenant notifier tout achat supérieur à 3 000€. Les autorités fiscales ont également hérité de nouveaux pouvoirs leur permettant d’examiner les archives bancaires, d’interroger les individus suspectés d’évasion fiscale, et de déposer une requête auprès des banques étrangères afin d’obtenir des informations concernant les comptes appartenant à des Italiens. Ces dernières semaines, Mario Monti a également annoncé vouloir instaurer un nouvel impôt pour les plus fortunés, et s’est montré ouvert à la mise en place d’une taxe sur les transactions bancaires.

 

Le gain des réformes

En dépit d’une croissance économique en berne en décembre, le gain des impôts a gagné 2% par rapport à l’an dernier. La police des frontières, qui a arrêté un camion transportant 13 tonnes d’or à son bord, assure saisir 41 000€ en moyenne, chaque jour. Leurs prises étaient presque nulles il y a encore un an. Mais il n’apparaît pas clairement si cela est dû au durcissement de la législation, ce qui serait une bonne chose, ou si cela constitue tout simplement une fuite du capital

 

Un résultat peu satisfaisant

Mais le problème reste que ces décisions n’ont pas fait une grande différence jusqu’à maintenant. La dette italienne continue d’augmenter, et les coûts de l’emprunt sont élevés. Même après des semaines de réformes, le rendement de l’Italie est semblable à celui qui a forcé la Grèce, le Portugal et l’Irlande à demander un sauvetage financier, l’an dernier. 

Pendant ce temps, Mario Monti s’apprête à faire face aux syndicats lorsqu’il proposera ses nouvelles réformes dans les mois à venir. Le Premier Ministre espère en effet, tout comme l’Union Européenne, moderniser le système financier italien et mettre un terme au protectionnisme gouvernemental.

> Voir  ci-dessous la vidéo : L'Italie n'est plus un risque de contagion pour la zone euro 

GlobalPost/Adapatation Antoine Le Lay pour JOL Press

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