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Quels enjeux pour l'élection présidentielle américaine ?

La campagne pour l’élection présidentielle de novembre 2012 est pratiquement lancée. La course aux primaires républicaines a commencé l’écrémage qui conduira à la désignation de l’adversaire de Barack Obama, candidat officiellement, depuis le 4 avril 2011, à un second mandat. Comme à chaque scrutin, il est difficile de prédire, un an à l’avance, quelles seront les questions politiques qui détermineront le résultat final. Pourtant, quels que soient les développements ou coups de théâtre à venir, apparaissent déjà des thématiques incontournables. Décryptage.


« It’s the economy, stupid ! » Le bon mot, désormais légendaire, revient à James Carville, directeur de campagne de l’ancien président Bill Clinton lors de sa première élection en 1992, alors qu’il était interrogé sur l’angle d’attaque de son candidat. En vingt ans, le contexte dans lequel se déroule la campagne présidentielle a beaucoup évolué. Parmi tous les changements, le plus significatif est probablement la polarisation croissante des deux extrémités de l’échiquier politique. Comme si l’idéologie faisait son retour…


Pourtant, les questions économiques domineront la campagne. C’est une certitude, en raison du contexte de crise dans lequel cette élection se déroulera, mais aussi parce que, de par leur nature, les problématiques économiques actuelles affectent l’ensemble du débat politique.


La situation de l’économie américaine : déficit et dette


Alors que l’économie américaine est parvenue à se stabiliser après l’impact de la crise financière de 2008, des déficits budgétaires sans précédents, un chômage de masse et une inquiétude croissante sur le niveau d’endettement du pays pèsent fortement sur les esprits des hommes politiques comme de l’opinion publique.


Il n’a plus de doutes, la récession économique actuelle est la pire depuis les années trente. Le produit intérieur brut (PNB) a chuté de 4,1 % du printemps 2008 au printemps 2009 et les dépenses engagées pour lutter contre le pire de la récession ont creusé le déficit budgétaire jusqu’à des niveaux sans précédent : 1 700 milliards de dollars à la fin de l’année 2011, selon les projections – après 1 300 milliards en 2010 et 1 400 milliards en 2009. Ce déficit, sans interruption depuis 2002, a engendré une dette nationale de 14 000 milliards de dollars, soit 95 % du PIB en 2010. Le débat portera donc sur l’étendue et le rythme des programmes de réduction des déficits et les méthodes – hausse des recettes ou diminution des dépenses – pour y parvenir.


Du macro au micro : la lutte contre le chômage


Si la question des coupes budgétaires se discute dans les couloirs du Capitole, l’impact le plus visible de la récession s’est fait ressentir dans les villes et villages, aux quatre coins des États-Unis, à travers la hausse du chômage. Fin septembre 2011, le taux de chômage au plan national est de 9,1 % – et le taux de chômage réel ou taux de sous-activité approche les 16 %. Traduction : près de 14 millions d’Américains sont sans emploi et en recherchent un. Parmi ceux-ci, le nombre de chômeurs de longue durée – plus de 27 semaines sans travail – s’élève à 6 millions, soit 44 % du total. Un tel niveau de chômage au plan national n’a pas été atteint depuis l’administration Ford après le 1er choc pétrolier, au milieu des années 1970, mais dans certains États, comme le Nevada, le chômage frôle les 15 % et même 30 % dans certains comtés. Du jamais vu depuis la Grande dépression !


L’administration Obama a essayé de compenser les faiblesses de l’économie et stimuler la création d’emplois grâce à l’American Recovery and Reinvestment Act (ARRA), un plan de relance de 787 milliards de dollars. Ces mesures auraient permis, notamment, la création de 1,3 à 3,5 millions d’emplois. Le mélange de réduction d’impôts, de dépenses de construction aurait permis d’épargner à de nombreux Américains de subir les effets de la récession. Face à la ligne « Big Government » d’Obama, les républicains prônent, fidèles à leurs classiques, un désengagement de l’État, en particulier fédéral.


Le coût budgétaire des dépenses militaires, l’économie de la guerre


Si les récentes propositions budgétaires de l’administration Obama affectent à la baisse un grand nombre de programmes gouvernementaux, un domaine demeure préservé : les dépenses de défense. Des restrictions sont annoncées dans les exercices à venir mais elles sont impuissantes à remettre en cause le coût exorbitant de la facture militaire.
Ce coût est proportionnel à la volonté interventionniste des présidents successifs. De 1945 à 1988, on recense six interventions militaires américaines de grande ampleur pour neuf entre 1989 et l’invasion de l’Irak en 2003. La poursuite de la présence en Irak et en Afghanistan explique que ce budget ait représenté, en 2010, 689 milliards de dollars, soit 20 % du total des dépenses fédérales. Et l’intervention en Libye viendra ajouter à la facture pour 2011.
La question de savoir si cet argent pourrait être mieux utilisé pour aider les Américains à faire face à la situation économique sera forcément posée, quitte à relancer ainsi le débat sur l’interventionnisme militaire et l’isolationnisme.


La diplomatie économique : la tentation protectionniste


La crise économique agit comme un formidable révélateur des nouveaux équilibres mondiaux. Longtemps considéré au-dessus du lot, l’Amérique d’Obama a perdu de sa superbe et se voit, comme les puissances européennes de second rang, concurrencée par les puissances émergentes, au premier rang desquelles la Chine, prédestinée à dépasser d’ici au milieu du siècle le géant américain.
Premier théâtre de cet « affrontement » à venir, l’économie. Les États-Unis voient leur niveau de dépendance vis-à-vis de la Chine et de ses investissements croître dangereusement, et les tensions s’accumulent : la question de la sous-évaluation du yuan chinois fait renaître des tentations protectionnistes du côté de Washington. Comment répliquer à l’utilisation de l’arme économique par les Chinois ? Y répondre seul ou en s’appuyant sur d’autres partenaires, comme les Européens ? Un enjeu déterminant tant diplomatique qu’économique.


Les « marronniers » de la politique étrangère


Il est des électorats plus particulièrement sensibles à telle ou telle question de politique étrangère. Évidemment, la question du Proche-Orient et de la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien est de celle-ci. Certains ont d’ailleurs vu des arrière-pensées électoralistes dans la menace de veto américain à la demande d’adhésion d’un État de Palestine à l’ONU.
La question du nucléaire iranien ou celle de la fermeté face à la Corée du Nord apparaissent bien lointaines pour nombre d’électeurs américains. Et, pour ce qui est de l’Irak et de l’Afghanistan, ces questions sont pour ainsi dire réglées dans la mesure où les calendriers de retrait des troupes sont en cours de mise en œuvre. Il faudra toutefois veiller à la bonne réinsertion des vétérans, un lobby puissant. Une chose est certaine, la politique étrangère ne pourra pas faire oublier la crise.


Immigration et sécurité intérieure


À la croisée des questions morales, sociales et économiques, la question de l’immigration, et en particulier celle des entrées illégales sur le territoire américain. Certains groupes de pression proches des républicains entendent soumettre aux candidats un projet de clôture tout le long de la frontière américano-mexicaine, et un projet similaire est imaginé au nord le long du 49e parallèle entre les États-Unis et le Canada. Cette question touche aussi à celle de la sécurité intérieure et du risque persistant d’attentat terroriste. Tant la commémoration du dixième anniversaire du 11-Septembre le mois dernier que la tentative présumée d’un attentat contre l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington, dont l’Iran est accusé d’être l’instigateur, rappelle la thématique sécuritaire à l’esprit des électeurs américains.


Face au peu de marge de manœuvre, le combat pour les valeurs


Pour tenter de neutraliser l’impact négatif de la situation économique, le camp Obama devrait livrer bataille sur d’autres terrains pour tenter d’attirer à lui des électeurs hésitants. Parmi ceux-ci, les questions sociales et environnementales avec pour principale argumentation l’idée que les républicains sont dans ces domaines bien trop à droite de l’échiquier politique.


Début octobre, lors d’un meeting en Californie, Obama a dressé un portrait ravageur des électeurs de droite : « Vous avez, parmi eux, un gouverneur dont l’État est en feu, niant les effets du changement climatique », a-t-il dit en songeant à Rick Perry dont l’État du Texas a connu de violents incendies de forêts. « Vous avez, lors des débats républicains, des salles entières applaudissant à la perspective de voir quelqu’un mourir parce qu’il n’a pas accès à la sécurité sociale, ou huant un soldat américain en mission en Irak parce qu’il est gay. » « Ce n’est pas représentatif de ce que nous sommes », a conclu Obama.


L’ombre des populismes


Tea Party à droite – extrême droite –, Occupy Wall Street à gauche – extrême gauche… À l’aube de la campagne, on imagine deux « mouvements » s’efforcer de tenir le rôle de faiseur de président, à défaut de pouvoir mettre en avant un des leurs. Jusqu’à la mi-septembre, Barack Obama semblait avoir la voie libre à gauche, il lui faudra sans doute prendre en compte, à défaut d’y répondre, les revendications des manifestants indignés qui remettent en cause le capitalisme financier mondial, ses excès, son impact.

En 2008, Barack Obama a remporté la victoire en s’efforçant d’atténuer les différences idéologiques et sur une promesse de transcender les clivages partisans. La campagne 2012 promet d’être davantage en contraste qu’en compromis. Le président sortant, comme il l’a fait, dimanche 16 octobre, lors de l’inauguration du mémorial en l’honneur de Martin Luther King à Washington, tentera sans doute de jouer de la rhétorique et d’en appeler aux fondamentaux du « rêve américain ». Pas certain dans les circonstances actuelles que les électeurs se laissent payer de mots.

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