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VENEZUELA

Henrique Capriles Radonski, l'homme qui veut battre Hugo Chavez

Au Venezuela, tous les partis d'opposition ont réussi à forger une improbable alliance pour mettre fin aux treize ans de règne d'Hugo Chavez. Le 12 février, au terme d'une primaire à l'affluence inespérée, ils se sont trouvé un chef : le centriste Henrique Capriles Radonski.

Henrique Capriles Radonski en meeting.
1,8 million d'électeurs ont déjà voté pour lui. Henrique Capriles Radonski a recueilli plus de 63 % des suffrages au terme de la primaire organisée par la coalition anti-Chavez le 12 février 2012. Il l'emporte sans peine sur Pablo Perez, un riche pétrolier de l'establishment, et Maria Corina Machado, leader associative accusée de corruption. Il sera donc le candidat le mieux placé pour l'emporter face à Hugo Chavez aux élections présidentielles, le 7 octobre prochain.

L' "anti-Chavez"

Il faut dire qu'Henrique Capriles Radonski a les atouts pour séduire un électorat lassé par Hugo Chavez. Sur tous les points, il tranche avec l'actuel chef de l'Etat. Prudent et modéré, son discours s'oppose aux diatribes fracassantes et aux envolées lyriques de Chavez. Même physiquement, Radonski est le contraire ce celui qu'il entend battre. Maigre, élancé et souriant, cet avocat de 39 ans dénote face à un homme vieillissant rendu chauve et presque obèse par la chimiothérapie. Face au charisme et aux provocations de Chavez, l'opposition joue la carte de la normalité. Radonski est un gendre idéal rassembleur et peu enclin à la polémique. Pas le genre à aller accuser les Etats-Unis ou à qualifier Kadhafi de "grand révolutionnaire".

Une ascension fulgurante

Une arrivée au pouvoir de Radonski le 7 octobre prochain conclurait en beauté une ascension fulgurante. Plus jeune député du pays à l'âge de 26 ans, il est rapidement élu président de l'Assemblée. Par la suite, il est élu maire du quartier de Baruta, abritant 260 000 habitants, et il s'y fait remarquer lors de manifestations antigouvernementales qui lui assurent la sympathie des couches populaires, pourtant habituellement favorables à Chavez.

En 2002, une manifestation visant l'ambassade de Cuba tourne mal et Radonski est arrêté et emprisonné dans des conditions difficiles. Il restera derrière les barreaux pendant quatre mois, soupçonné d'avoir voulu profiter de son statut de maire pour encourager les manifestants à saccager les lieux.

Auréolé de cette image d'opposant oppressé, il remporte triomphalement les élections dans la province de Miranda, la deuxième plus peuplée du pays, et devient gouverneur. Il se fait remarquer à ce poste en distribuant gratuitement des sacs de nourriture aux pauvres dans le cadre du plan "zéro faim". Son positionnement politique le place directement parmi les favoris lorsqu'est annoncée la tenue de primaires : progressiste à la gauche du centre-droit, Radonski est loin du social-populisme de Chavez, tout en restant rassembleur grâce à des positions centristes.

La menace d'un recours à l'armée

Si Radonski a ses chances face à Chavez, il lui reste encore un long chemin à parcourir avant de prendre possession du palais de Miraflores. Les dernières années ont montré que le président vieillissant du Venezuela n'hésitait pas à placer ses proches aux postes clés de l'Etat, quitte à faire preuve de népotisme.

Sa mainmise sur l'armée est également telle que, même en cas de victoire par les urnes, Henrique Capriles Radonski n'est pas à l'abri d'une tentative de confiscation du poste par Hugo Chavez. Dans un pays toujours marqué par des années de dictature militaire, beaucoup tiennent un discours fataliste en affirmant qu'une défaite électorale de Chavez ne conduirait qu'à une pirouette constitutionnelle de celui-ci pour rester en place.

Hugo Chavez, lors d'un discours public le 17 février, s'est montré menaçant : en cas de victoire de l'opposition"bourgeoise" à l'élection présidentielle, "nous ne resterions pas les bras croisés", a-t-il averti, ajoutant que "les militaires ne sont pas manchots non plus".

Des élections peu équitables  

Et même si Henrique Capriles Radonski espère que le jeu démocratique sera respecté jusqu'au bout, il a de sérieuses raisons de s'inquiéter : lors des dernières élections législatives, en septembre 2010, entachées de nombreuses irrégularités, l'opposition, qui fédère une vingtaine de parti sous l'appellation de Table de l'Unité démocratique (MUD), s'est retrouvée en minorité malgré 52 % des suffrages. Une prouesse mathématique rendue possible par l'application partielle de la proportionnelle et par le découpage électoral choisi par l'administration Chavez...  

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