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CUBA

Tensions politiques avant la visite de Benoît XVI

A quelques jours de l’arrivée de Benoît XVI en terre cubaine, le gouvernement a procédé dimanche 18 mars à l’arrestation d’une cinquantaine de dissidentes cubaines, toutes membres des Damas de Blanco. Si ces militantes ont été libérées dès lundi matin, le souverain pontife arrivera à Cuba le 26 mars prochain dans un contexte de tensions politiques qu’il devra essayer de calmer avec diplomatie pour ne pas nuire à l’entente cordiale que Jean-Paul II a réussi à initier, il y a 14 ans, entre la religion catholique et le gouvernement communiste.

C’est dans un climat de tensions politiques entre gouvernement et dissidents que le pape Benoît XVI entamera son voyage à Cuba lundi prochain.

Une cinquantaine de Damas de Blanco arrêtées puis libérées

Dimanche 18, la police cubaine a procédé à l’arrestation d’une cinquantaine de dissidentes politiques, toutes membres du groupe des "Damas de Blanco". Ces "Dames en Blanc", épouses, mères ou sœurs de prisonniers politiques, réclament la libération de leurs proches.

Principal mouvement d’opposition à Cuba, elles sont devenues particulièrement actives, tout comme de nombreux autres groupes d’opposition, à l’approche de la visite du souverain pontife dont elles attendent un geste et une prise de position en faveur d’une plus grande liberté politique sur l’île communiste.

Une trentaine de dissidentes ont d’abord été arrêtées alors qu’elles quittaient le siège de leur organisation à La Havane pour se rendre à la messe dominicale de leur paroisse. Parmi elles, le leader du groupe, Berta Soler. Plus tard, alors qu’elles entamaient leur traditionnelle marche hebdomadaire, certaines se sont écartées du trajet habituel, strictement règlementé par les autorités. La police est alors intervenue pour disperser les manifestantes et interpeller une vingtaine de dissidentes.

Dès lundi matin, après une nuit de détention, les militantes ont été libérées. L'opération apparait comme une tentative d'intimidation du pouvoir, soucieux de réaffirmer son autorité.

L’Eglise, intermédiaire entre gouvernement et dissidents

Bien que le Vatican ait d’ores et déjà annoncé que le Pape ne rencontrerait pas de dissidents pendant son séjour sur l’île, la visite de Benoît XVI est très attendue par les Cubains.

Si la religion catholique a été réprimée par le régime depuis l’accession de la famille Castro au pouvoir, la visite de Jean-Paul II à Cuba en 1998 avait été à l'origine d'une refondation des relations entre le gouvernement et l’Eglise. Aujourd’hui, si seulement moins de 10% de la population se déclare pratiquante, l’Eglise catholique vit un véritable renouveau.

Entité spirituelle mais également politique. Si l’Eglise est aujourd’hui tolérée sur le territoire cubain, c’est également en raison des fortes relations qu’elle entretient avec les mouvements d’opposition. L’Eglise joue un rôle de tampon pacificateur entre dissidents et gouvernement dont l’Etat ne pourrait actuellement pas se passer.

Le pape doit rester prudent

C’est dans ce contexte que sera accueilli Benoît XVI dans quelques jours. Derrière un sourire de circonstances, Raul Castro s’efforcera de réserver le meilleur accueil possible au souverain pontife, comme son frère Fidel l’avait fait quelques années auparavant avec le prédécesseur de Benoit XVI, Jean-Paul II.

Benoît XVI est très attendu par les Cubains, catholiques ou non. Si la pratique de la religion n’est pas courante sur l’île, certaines traditions catholiques sont entrées dans les mœurs et rassemblent toute la population. Néanmoins, le pape restera sans doute très prudent dans les messages qu’il sera amené à délivrer, notamment en faveur d’une démocratisation du pays. Il devra user de diplomatie pour préserver l’entente fragile qui a été difficilement construite entre le gouvernement et l’autorité catholique.

Benoît XVI devrait rencontrer Raul Castro au deuxième jour de sa visite, mardi 27 mars. Il pourrait également être amené à rencontrer brièvement Fidel Castro dans le Palais de la révolution avant de célébrer une grande messe, place de la Révolution, à l’endroit même où Jean-Paul II s’était rendu, 14 ans plus tôt.

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