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Vie quotidienne

Troc & échange: la crise profite aux généreux

Troc, échange, services. Pour faire face à la crise, ou simplement pour vivre plus simplement, des gens se mobilisent, dans tous les pays, pour créer de nouvelles formes de commerce. Un monde sans argent, où seule compte la générosité et le talent de chacun.

La crise incite les gens à dépenser moins et à échanger plus © Simon Blackley / cc


Tout est échangeable, tout est réutilisable


Une heure de jardinage contre une heure de cours de japonais, la réparation d’une vieille plomberie contre une télévision ou encore une robe vintage contre un manteau pour l’hiver. Bienvenue dans un monde sans argent et sans compte en banque. Un monde dans lequel le troc et l’échange sont de mises.


La crise économique et sociale aidant, échanger devient un véritable marché. Qu’il s’agisse de services, de meubles, de vêtements, de domiciles ou même de nourriture, le troc, c’est à la mode, et tout le monde y trouve son compte. Partout dans le monde, des initiatives permettent de bénéficier d’un ensemble de services, gratuitement.


Commerce sans argent


À Québec pourtant, personne n’a attendu la crise pour se lancer dans le troc. L’Accorderie est une initiative née en 2002. Fondée sur un système d’échange non marchand, elle permet aux membres de s’échanger des services, à la mesure de leurs talents, et de bénéficier, en retour d’autres services. À l’Accorderie, pas d’argent, tout se calcule en unité de temps. 1 heure de service rendu est égale à 1 heure de service gagné. Le concept : mettre en commun les dons de chacun. Les membres s’échangent donc, à volonté, du repassage contre un dépannage en cas de panne d’électricité, une garde d’enfant contre une initiation au yoga ou encore une balade à cheval contre un cours de cuisine thaï. Cinq structures existent désormais dans tout le Québec, 2 000 participants pour un catalogue de 700 services, de quoi devenir polyvalent dans un grand nombre de domaines.


Au Royaume-Uni, une nouvelle initiative, née d’une réunion entre amies, révolutionne les garde-robes des Londoniennes. Le "swishing" a été créé par Jo Walters, une styliste freelance, lorsqu’elle était au chômage. L’idée est simple, chaque mois, les participants sont invités à se rendre à un événement de "swishing" avec des vêtements qu’ils ne portent plus. En échange de ces vêtements, le shoppeur/troqueur se voit remettre un carnet de coupons qu’il pourra utiliser en monnaie d’échange contre les vêtements qu’il choisira dans la garde-robe des autres participants.


L’entreprenariat du troc


© JL Zimmermann / cc
Cette nouvelle mode du troc a attiré la convoitise de plusieurs entrepreneurs. Aux États-Unis, alors qu’Occupy Wall Street défile contre le règne tout-puissant de l’argent, plusieurs entreprises ont profité de ce nouvel esprit anticonsumériste pour se lancer dans le troc en ligne.  À l’origine de cet engouement, un constat : les propriétaires d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui. "Nous sommes au cœur d’une révolution de la propriété" explique Rachel Botsman, auteur de "What’s mine is yours" ("ce qui est à moi est à toi") à l’AFP.


"Nous ne voulons pas de voiture, nous voulons aller d’un point A à un point B. C’est l’avènement d’une génération qui a un rapport très différent à la propriét" explique encore Rachel Botsman. Aujourd’hui, les gens ne cherchent plus à conduire mais à se déplacer. Logan Green, John Zimmer et Matt Van Horen sont entrés dans ce créneau et ont créé Zimride, un site d’échange de trajets en voiture, ou co-voiturage. Un propriétaire de voiture veut effectuer un trajet, il s’enregistre en ligne afin que les personnes, qui se rendent au même endroit que lui, se signalent et partagent le trajet.


Le concept de co-voiturage est désormais bien connu. Cette forme de troc a donné lieu à d’autres idées, d’autres entreprises. TaskRabbit permet de partager des tâches ménagères et Airbnb, des chambres vides. Tout le monde trouvera son bonheur dans le panel de services proposés par ces start-up de la non-consommation.


Vivre sans argent : une philosophie


Mais pour certains, le troc c’est une religion voire une vie. Preuve qu’on ne peut plus s’en passer quand on y a gouté, Heidemarie Schwermer. Cette enseignante allemande de 47 ans installée à Dortmund, dans la Ruhr, avait décidé d’ouvrir sa propre boutique de troc pour venir en aide aux sans-abris. Mais "Gib Und Nimm" a vite attiré une nouvelle forme de clientèle. Les sans-abris d’abord, mais aussi les chômeurs et les retraités. C’est en réfléchissant à sa propre condition de vie qu’elle réalise qu’elle peut vivre sans argent. Puis, elle décide de tenter l’aventure, pour une année. Un an, sans argent. Elle vend sa maison, son commerce, toutes ses affaires. Elle ne prend que le strict minimum, se fait héberger chez des gens en échange de services, et ne garde que 200 euros sur elle, en cas d’urgence. Cette femme hors du commun a attiré l’attention des curieux et un reportage a été réalisé sur son nouveau choix de vie "Living without the money".


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