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SUR LE GRIL

Union européenne: la Commission Juncker passe son grand oral

A partir du lundi 29 septembre, les 27 futurs commissaires européens seront auditionnés par le Parlement européen, qui pourrait demander au nouveau chef de l'exécutif européen, Jean-Claude Juncker, de revoir sa copie.

Jean-Claude Juncker, le président de la future Commission européenne (Photo: European Council)

L'exercice n'a rien d'une formalité. Du 29 septembre au 7 octobre, les 27 commissaires-candidats proposés par le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, seront auditionnés par les eurodéputés, à Bruxelles. S'ils ratent cet examen de passage, les futurs "ministres" européens risquent tout bonnement de rentrer chez eux sans maroquin.

"Si le Parlement européen met son veto sur l'un des candidats, c'est l'ensemble du collège des commissaires qui sera renégocié car la Commission doit être nommée en bloc, comme un tout", détaille Amandine Crespy, politologue, spécialiste des questions européennes. Ainsi, le 22 octobre, les eurodéputés pourraient refuser d'investir la Commission.

En 2004, l'Italien Rocco Buttiglione, à qui José Manuel Barroso voulait confier le portefeuille de la Justice, avait été écarté pour avoir tenu des propos homophobes. "La Lettone Ingrida Udre, victime de son incompétence, avait elle aussi été remplacée", rappelle Libération. Même motif, même punition, cette fois en 2009, pour la Bulgare Rumiania Jeleva.

Boîte de Pandore

"L'enjeu est de composer une Commission qui soit acceptable à la fois pour les Etats membres et pour le Parlement européen", résume Amandine Crespy. C'est la raison pour laquelle les eurodéputés ne feront pas de cadeaux aux candidats – surtout s'ils ne sont pas de leur bord politique. Chaque commissaire-candidat sera "cuisin" pendant environ trois heures.

Ils devront "jouer cartes sur table" et "bien considérer qu'il s'agit d'un grand oral", a très clairement prévenu le président du groupe PPE (droite), Manfred Weber. "Nous préparons des auditions très serrées sur les compétences, l'éthique" des futurs commissaires et "la cohérence de leur programme par rapport aux engagements de Jean-Claude Juncker", a de son côté déclaré le président du groupe PSE (sociaux-démocrates), Gianni Pittella.

"De nombreuses incertitudes planent sur la Commission Juncker. Elle est surprenante à plus d'un titre, plusieurs candidats semblent avoir été nommés à contre-emploi", analyse Amandine Crespy. "Il est possible que le Parlement demande à Juncker de revoir sa copie. Cela étant, la répartition actuelle des portefeuilles est le fruit de compromis et de subtils équilibres politiques. Rejeter un commissaire reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore" 

Dérives autoritaires

La désignation du Britannique Jonathan Hill au poste de commissaire aux Services financiers inquiète certains observateurs, qui voient en lui un ardent défenseur de la dérégulation. Ce choix relève "de la provocation", selon Philippe Lamberts, coprésident du groupe des Verts.

Même scepticisme pour le Français Pierre Moscovici aux Affaires économiques et financières. Le socialiste est jugé peu crédible par les partisans de l'orthodoxie en raison de l'ampleur des déficits publics de l'Hexagone dont il avait la gestion lorsqu'il était ministre des Finances.

Quant à l'Espagnol Miguel Arias Canete, désigné à l'Energie et au Changement climatique, il est pointé du doigt pour des participations dans deux entreprises pétrolières (qu'il dit avoir vendues) et des propos sexistes. Lors de la campagne pour les européennes, après un débat avec sa rivale socialiste, Elena Valenciano, il avait justifié sa piètre performance en affirmant très sérieusement : "Le débat entre un homme et une femme est très compliqué. Si l'on abuse de sa supériorité intellectuelle, on a l'air d'un machiste en train de coincer une femme sans défense"

Enfin, le conservateur hongrois Tibor Navracsics, chargé du dossier éminemment symbolique de l'Education et de la Culture, est sur la sellette : son parti, le Fidesz du Premier ministre Viktor Orban, est accusé de dérives autoritaires. C'est "le cas qui nous préoccupe le plus", a avoué lors d'une conférence de presse le président du groupe PSE, Gianni Pitella.

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