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ÉGLISE CATHOLIQUE

Christophe Geffroy: «Le souci de l’unité a été très fort chez Benoît XVI»

Evénement historique s’il en est et situation inédite dans l’histoire de l’Eglise catholique : le Saint Siège sera vacant ce jeudi 28 février à 20 heures. A l’heure où les cardinaux se préparent à se réunir en conclave pour élire un nouveau pape, JOL Press a tenu à revenir sur le pontificat de Benoît XVI avec Christophe Geffroy, directeur du mensuel catholique La Nef. Décryptage.

Photo : Medici con l'Africa Cuamm/Flickr cc.

Que retenir de l’enseignement de Benoît XVI après ces huit années de pontificat ? Quelle empreinte laissera-t-il dans l’histoire de l’Église catholique ? A l’heure où le pape s’apprête à quitter le Saint-Siège pour "se dédier à la prière et la méditation", JOL Press a souhaité faire le bilan de ce pape avec Christophe Geffroy, directeur du mensuel catholique La Nef et auteur de nombreux ouvrages dont Benoît XVI et "la paix liturgique" (Cerf).

JOL Press : Quels sont les événements majeurs qui ont marqué le pontificat de Benoît XVI ?
 

Christophe Geffroy : Difficile de résumer en quelques mots huit années extrêmement riches. Disons que les points principaux me semblent être d’abord son souci de réconciliation au sein même de l’Eglise catholique, et tout particulièrement entre le passé et le présent. Contre ceux qui voient la vie de l’Eglise en termes de rupture, ou pour s’en féliciter ou pour le déplorer, il a magistralement montré que si le Magistère était bien évidemment conduit à se développer, donc aussi à innover, il ne pouvait se contredire sur le cœur de son enseignement doctrinal. C’est cela qui l’a notamment conduit à s’intéresser à la liturgie et à la réintégration de la Fraternité Saint-Pie X dans la pleine communion ecclésiale. Son souci de la resacralisation liturgique restera assurément un point marquant de son pontificat, avec notamment le motu proprio Summorum Pontificum qui a redonné droit de cité à l’ancienne forme de la messe.

Le second point me semble être son souci à réconcilier la foi et la raison, afin de lutter notamment contre le relativisme mortifère des démocraties modernes ; cela l’a conduit à insister sur l’apport du christianisme en nos sociétés sécularisées et a montré qu’il n’était en rien une menace mais au contraire une dimension indispensable de notre civilisation, que l’on soit chrétien ou non.

JOL Press : En quoi peut-on dire que Benoit XVI a été le pape de l’unité des chrétiens ?
 

Christophe Geffroy : Le souci de l’unité a été très fort chez ce pape, d’abord en interne avec la Fraternité Saint-Pie X, ensuite en externe avec nos frères chrétiens. Il y a eu des rapprochements spectaculaires avec des anglicans qui ont rejoint en groupes organisés l’Eglise catholique, mais plus fondamentalement, c’est avec les orthodoxes que les rapports se sont particulièrement approfondis sous ce pontificat. A cet égard, l’hommage rendu à Benoît XVI par les grands responsables orthodoxes était très significatif d’un état d’esprit très prometteur pour l’avenir.

JOL Press : Vis-à-vis de la Fraternité Saint Pie X, où en sont les négociations ? Le projet de réconciliation restera-t-il inachevé ?
 

Christophe Geffroy : A l’heure qu’il est, les négociations sont au point mort. La Commission Ecclesia Dei (chargée des négociations avec la Fraternité) a écrit un courrier le 8 janvier à Mgr Fellay (supérieur général de la Fraternité) qui n’a pas répondu. De toutes façons, Benoît XVI a décidé de remettre ce dossier à son successeur, il n’y a donc pas grand-chose à attendre à court terme. Il faut maintenant attendre le prochain pape pour savoir l’importance qu’il donnera à cette affaire.

JOL Press : Est-ce que ce n’est pas un peu réducteur de dire qu'il n'aura été qu'un pape de transition ?
 

Christophe Geffroy : Bien sûr que c’est réducteur ! Ce que j’ai essayé de vous dire, en réponse à votre première question, montre que c’est un pape qui aura profondément marqué la vie de l’Eglise, il aura indubitablement contribué à la recentrer sur l’essentiel qui la foi et sa transmission.

JOL Press : Que retenir de l’enseignement de Benoît XVI ?
 

Christophe Geffroy : Comme tous les papes, Benoît XVI a beaucoup publié et le choix est ardu. Pour vos lecteurs, je retiendrais deux suggestions de lecture : la première est son encyclique sociale, Caritas in Veritate (l’amour dans la vérité, 2009) qui éclaire bien le souci de l’Eglise pour le monde dans lequel nous vivons, loin du "prêt-à-penser", avec notamment sa dénonciation de la dérive financière de la société de consommation. La seconde, plus spirituelle, est sa trilogie Jésus de Nazareth, qui forme une magnifique introduction aux Evangiles et donc au christianisme.

Propos recueillis par Marine Tertrais pour JOL Press

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Christophe Geffroy est le directeur de la La Nef, un mensuel catholique. Il a notamment publié : Enquête sur la messe traditionnelle (La Nef, 1998, avec Philippe Maxence), Jean-Paul II, les clés du pontificat (La Nef, 2005, avec Yves Chiron et Luc Perrin) et Benoît XVI et le Motu proprio "Summorum Pontificum" (La Nef, 2007).

La Nef sort un numéro spécial consacré à Benoît XVI qu’il est possible de demander gratuitement au journal en passant par le site. Signalons également la publication, mi-mars d’un ouvrage dirigé par Christophe Geffroy, Benoît XVI. Le pontificat de la joie, préfacé par le cardinal Philippe Barbarin (Artège).

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