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Tribune

RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE

L’entreprise Cradle-to-Cradle, un modèle d’entreprise responsable

La crise, à force d’en parler, à force de l’invoquer, à force d’en constater ici et là-bas les dégâts et les dommages collatéraux, la crise s’est petit à petit transformée en une profonde mutation dont les contours et les impacts se précisent. Dans ce contexte particulièrement difficile, dont la dureté affecte quasiment tous les secteurs d’activités et tous les types d’entreprises, parler de démarche, de politique ou de stratégie RSE pourrait apparaître pour le moins déraisonnable, ou purement opportuniste, c’est selon. Et pourtant, certaines entreprises ont décidé en pleine période de crise de développer de nouveaux modèles économiques, tout à la fois plus responsables et générateurs d’innovations et de profit pour les entreprises comme de meilleure santé des consommateurs, de bien-être pour les collaborateurs et de préservation de l’environnement.

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Le cycle de vie d'un produit : conception, extraction, fabrication, transport, usage, fin de vie. Photo : DamarisBasileJudith

Dans cette veine, l’intervention de Stef Kranendiik, président du conseil de surveillance de la société Desso, fabricant européen de moquettes et de gazon artificiel, a fait sensation au sommet de Davos. Cette entreprise a décidé dès 2008 de devenir une entreprise « Cradle- to-Cradle », adoptant et mettant en œuvre les principes de l’économie circulaire. Résultats des courses ? La part de marché des moquettes en dalles est passée de 15% en 2007  à 23 % en 2012 et des marges bénéficiaires de (EBIT) de 1 à 9% ; la moitié de ce bénéfice étant imputable à la mise en œuvre des principes C2C (Cradle-to-Cradle). 

En passant de l’économie linéaire à l’économie circulaire, l'industrie européenne pourrait économiser jusqu’à 630 milliards de dollars par an

L’an passé, le rapport « Arguments en faveur d'une transition accélérée » rédigé par la Fondation Ellen MacArthur en partenariat avec McKinsey and Company, présenté à Davos, démontrait que l’industrie européenne pourrait économiser jusqu’à 630 milliards de dollars par an en passant de l’économie linéaire à l’économie circulaire. Cette année, la même fondation s’est penchée sur « Les opportunités pour le secteur des biens de consommation » ; le quotidien La tribune a relevé dans ce nouveau rapport que « pour les biens de consommation courante, qui mobilisent 35 % des matières premières consommées, 60 % des dépenses de consommation des ménages et 90 % de la production agricole, l'économie pourrait atteindre jusqu'à 700 milliards de dollars sur les matériaux ». Le rapport pointe plusieurs bénéfices « secondaires » en termes d'innovation, de préservation des terres agricoles, ou encore de création d'emplois locaux peu ou pas qualifiés.

La relocalisation des échanges induite par l’économie circulaire est créatrice de valeur pour l’ensemble des acteurs économiques impliqués ; elle s’inscrit dans une boucle vertueuse de préservation de l’environnement par la réduction de l’empreinte écologique et encourage la responsabilité sociale d’une entreprise plus consciente de son importance au sein de son écosystème. Ainsi, l’économie circulaire est une composante à part entière et surtout très opérationnelle de la RSE puisque sa mise en œuvre s’appuie sur les trois piliers du développement durable (essor économique corrélé à la préservation de l’environnement et de l’équité sociale) tant dans la conception, la production, la distribution et le recyclage des produits que dans ses interactions avec les parties prenantes. 

La responsabilité sociétale comme une source de performance durable

Bien évidemment,  s’engager dans la voie de l’économie circulaire et son pendant, l’économie de fonctionnalités, n’est pas une décision facile à prendre, Stef Kranendiik reconnait que « cela a été dur à mettre en place, que cela requiert une vision à long-terme ; mais l’équipe de direction était convaincu que c’était le seul moyen de sortir du modèle linéaire – extraire, produire et jeter- et tout simplement de s’en sortir ».

L’exemple de Desso d’une RSE très opérationnelle et les chiffres proposés par la fondation Ellen MacArthur sont autant d’encouragements à considérer la responsabilité sociétale comme une source de performance durable au-delà des postures opportunistes et de leur discours verdissant.

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