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Charles Sannat

Charles Sannat

Directeur des études économiques

Charles Sannat est Directeur des Etudes Economiques du site AuCoffre.com. et rédige quotidiennement des articles sur l'actualité économique dans Le Contrarien Matin, journal gratuit accessible chaque jour sur le site LeContrarien.com. Il est diplô...

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MONNAIE AUX ÉTATS-UNIS

Une pièce de platine de 1000 milliards de dollars contre la dette?

On apprend qu’une pétition adressée à la Maison Blanche réclame une émission de pièces de platine d’un montant astronomique de 1000 milliards de dollars. Il pourrait même s’agir d’une énorme pièce unique qui serait déposée dans le compte du Trésor auprès de la Réserve fédérale...

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L'exploitation d'une faille de la législation américaine permettrait de contourner le plafond de la dette en émettant une pièce de platine d'une valeur d'un trillion de dollars, soit 1000 milliards. Photo : DonkeyHotey / Flickr

Ce début d’année est un vrai festival pour nous autres… Ce matin, entre une tartine de pain rassis et du beurre à la date de péremption largement dépassée, je voulais écouter la matinale de France Inter… mais ils sont en grève pour le deuxième jour consécutif, remettant en cause mes petites habitudes. Bref, obligé de passer sur BFM radio. Et là… l’idée du siècle en provenance directe des États-Unis d’Amérique pour sauver le tonton Oncle Sam. Ça y est, au bout de 5 ans de crise on a trouvé le Saint-Graal : vendez tous votre or, tout va aller mieux que bien… à moins qu’au contraire cela ne révèle justement encore une fois la gravité de la situation…

Une pièce de platine pour sauver les US

Oui mes braves, voilà l’idée révolutionnaire entre toutes. Il faut frapper une pièce de monnaie d’une valeur de 1000 milliards de dollars. Bienvenue au royaume officiel de la fausse monnaie et de la bêtise économique incarnée. C’est fou ça. On a mis cinq ans pour avoir cette idée-là… On apprend donc qu’une pétition adressée à la Maison Blanche réclame une émission de pièces de platine d’un montant astronomique de 1000 milliards de dollars. Il pourrait même s’agir d’une énorme pièce unique qui serait déposée dans le compte du Trésor auprès de la Réserve fédérale.

Ben oui, ç’est vrai hein, de vous à moi, quitte à faire de la fausse monnaie, autant ne pas trop s’embêter… Cela dit, je serais eux, je profiterais du nouveau moule pour en frapper quand même 26, cela leur ferait 26 000 milliards de dollars d’un coup et permettrait le remboursement immédiat de toute la dette US. Et puis entre nous, si on en frappe 26, on peut arrondir la fabrication du premier lot à une cinquantaine de pièces, comme ça cela laissera un peu de mou au gouvernement fédéral pour relancer la croissance.

On pourrait distribuer, je ne sais pas moi, disons, environ 1 million de dollars baby, par Américain. Mais uniquement sous forme de billets. On pourrait même, qui sait, imprimer de nouveaux billets, du genre 50 milliards de dollars zimbabwéens (dont la valeur est d’environ 7 euros), parce que franchement, au rythme où avance la crétinerie mondiale, nous allons y avoir droit à notre « hyperfellation » comme le disait fort pertinemment notre ancienne ministre Rachida Dati. Elle me manque Rachida. On rigolait bien avec elle.

Le Trésor américain n’a plus le droit d’émettre des pièces en or ou argent

Le Trésor dispose encore en théorie du droit d’émettre des pièces en platine, mais pas en or ou en argent, sans en référer à la Réserve fédérale. D’où la pétition adressée à la Maison Blanche pour autoriser une telle émission dans un montant astronomique de 1000 milliards de dollars. L’hypothèse, lancée par le représentant démocrate new-yorkais Jerrold Nadler, a même fait l’objet d’une pétition adressée à la Maison Blanche. Comme l’explique l’économiste Alexandre Delaigue sur France TV Info, elle fonctionne comme suit : « Il suffit de déposer la pièce en question sur le compte du gouvernement fédéral auprès de la banque centrale, et celui-ci est automatiquement crédité d’autant : le gouvernement peut donc continuer, légalement, de dépenser à partir de son compte à la banque centrale. »

Mais cette fois-ci, c’est différent !

Et comme cette année part sur des chapeaux de roues, nous avons même droit au sempiternel « cette fois-ci c’est différent » qui est censé permettre de justifier l’injustifiable. Souvenez-vous en 2000 pour la bulle internet. Des sociétés par centaines qui n’avaient pas un seul client et dépensaient chaque jour des fortunes sans compter et qui valaient des milliards en Bourse… Mais je n’avais rien compris, j’étais tout jeune mais déjà contrarien (c’est génétique, on est né comme ça, il ne faut pas nous en vouloir, c’est une histoire de chromosome défectueux… mais que fait le Téléthon pour nous, nous sommes une maladie orpheline).

Évidemment, je n’avais rien compris. Tellement rien compris, qu’à cette époque, plein de gens passaient à la télé pour m’expliquer (à travers le tube cathodique) que cette fois-ci, c’était différent… Bon, tout cela s’est terminé par une immense explosion boursière et financière… pas très différente de toutes les bulles précédentes. Donc la perle de cet article de Slate, c’est le petit passage suivant, et notre grand vainqueur au grand prix de la stupidité est Monsieur Alexandre Delaigue. « Traditionnellement réservée à des pays qui ne peuvent faire face à leurs dépenses, comme le Zimbabwe, l’émission de monnaie est souvent réputée pour entraîner de l’hyperinflation. Pas sûr que cela soit le cas avec cette solution, note cependant Alexandre Delaigue, qui pointe que l’économie américaine est dans une situation dans laquelle l’émission de monnaie n’a pas d’effet inflationniste. »

C’est un champion hors catégorie le père Delaigue, il réussit dans la même phrase à nous expliquer que les USA vont faire la même chose que le Zimbabwe, mais que pour eux il n’y aura aucune conséquence néfaste, et que le reste de la planète pourra s’épanouir dans un bonheur merveilleux. Allez, rendormez-vous mes braves, tout va bien se passer.

Le secteur immobilier a perdu plus de 10 000 emplois et 3000 agences ont fermé boutique en France en 2012

En France, il n’y a jamais eu, il n’y a pas, et ne pourra jamais y avoir de krach immobilier. Chez nous, l’immobilier ne peut que monter, éternellement, pour toujours. Il y a bien une petite baisse depuis quelques temps mais elle est tellement petite qu’il ne faut pas la voir. C’est interdit. Cela pourrait saper le moral des ménages, et surtout cela pourrait faire mal à nos banques… Ah, quelle misère, va-t-il falloir encore les sauver ? Très certainement. Donc ce que vous avez le droit d’entendre, c’est que les prix sont stables, dans un volume de transaction en nette baisse (en réalité il s’effondre le volume), et que le marché ne devrait pas baisser… Voilà, circulez, aucune inquiétude à avoir.

Du côté de la vraie vie, c’est-à-dire des agences immobilières, on apprend au détour d’une dépêche AFP qu’elles ont perdu 10 000 emplois salariés sur un total de 80 000 dans la transaction immobilière en 2012 (soit tout de même un bon 12 %) et ont vu 3000 d’entre elles, sur un total de 30 000, fermer leurs portes dans le même temps. Enfin, c’est ce qu’a déclaré mardi Jean-François Buet, le président de la FNAIM (Fédération nationale de l’immobilier). Pour un marché en pleine forme qui ne doit pas vous inquiéter, on a sans doute vu déjà mieux… mais ne soyons pas contrarien.

D’ailleurs, on apprend également que pour la FNAIM, le nombre de transactions de logements anciens s’est élevé en 2012 à 655 000 contre 805 000 en 2011 (les notaires ayant révisé récemment à la baisse ce dernier chiffre selon la FNAIM). Si les notaires se mettent à faire comme le gouvernement américain et révisent à la baisse les chiffres du mois précédent, mon travail d’économiste va devenir encore plus compliqué… À titre de comparaison, le nombre de ventes de logements anciens avait chuté de 810 000 en 2007 (après un record de 829 000 en 2005) à 673 000 en 2008 et 594 000 en 2009 avant de bondir à 784 000 en 2010.

La baisse que nous vivons aujourd’hui a ceci de remarquable que celle qui a eu lieu en 2008 était directement imputable à la crise des subprimes mais surtout à une forte envolée des taux d’intérêts à l’époque, puisque les banques ne se prêtaient plus entres elles… C’est après que le monde a été inondé de liquidités par les banquiers centraux.

Aujourd’hui, tout va mieux que bien, les taux sont au plus bas, le contexte économique nettement moins « fin-du -mondiste », et même les Bourses montent… et pourtant la chute du nombre de transactions est bien plus violente qu’en 2008 où les raisons économiques pouvaient le justifier.

Mais ce n’est pas grave, notre bon Monsieur Buet (le président de la FNAIM) a eu ces paroles remarquables aujourd’hui : « Nous n’étions pas dans une bulle spéculative et les prix ne vont pas s’effondrer, notamment du fait de la pénurie de logements et des taux d’intérêts des emprunts immobiliers qui sont à un plancher historique (3,23 %). La Fédération prévoit une stabilisation des prix en 2013 et au maximum une baisse de 2 % par rapport à 2012. Le volume des transactions devrait encore diminuer, peut-être jusqu’à 600 000, et des agences devront réduire la voilure et certaines mettre la clé sous la porte ». C’est beau l’optimisme béat… Je n’arriverai jamais à m’y faire.

Ma petite recette patrimoniale 2013 à propos de l’immobilier 

C’est le moment de vendre votre immobilier très cher en ville (surtout en Île-de-France) pour acheter une maison à la campagne pour laquelle vous ferez une proposition 40 % en dessous du prix affiché en vitrine (cela fonctionne figurez-vous, et j’ai plusieurs exemples, et non, la Promenade des Anglais à Cannes n’est pas considérée comme la campagne). Prévoyez un immense potager… heu pardon jardin.

Ensuite, placez 60 % de la somme qu’il vous reste en or. Pour les 40 %, évitez juste les actions, les obligations et l’assurance vie. Un compte courant rémunéré est une bonne idée et soyez prêt à tout moment à racheter encore plus d’or. Laissez reposer la crise pendant encore deux à trois ans.

Dans deux ans, lorsque vous aurez bénéficié d’un plan de sauvegarde de l’emploi comme 50 % de la population française, partez vous installer dans votre maison de campagne et profitez sans modération des légumes frais que vous procure votre potager planté en 2013. (Ça c’est du rendement !)

Attendez encore deux ans. Revendez votre or au double de ce que vous l’avez acheté. Rentrez dans l’une des rares agences immobilières qui aura survécu à la crise. Achetez-y une dizaine d’appartements dans l’un des beaux quartiers de la capitale car ils auront perdu environ 40 à 50 % de leur valeur. Vous voilà riche.

Voilà, voilà, ah oui, j’oubliais, dans cette recette il faut prévoir de convaincre votre femme de quitter le confort de la ville et sa vie citadine pour rejoindre la campagne rustique et éloignée de tout, en lui faisant revendre l’appartement qu’elle a aménagé avec amour depuis plusieurs années et qui lui va très bien car proche de toutes ses copines…

Pour le moment, j’en suis là… Je ne suis pas prêt d’être riche. Dernière remarque : ne spéculez pas sur votre résidence principale, mais intellectuellement l’exercice était tentant !

 

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