Connexion

Avec la Rédaction

Christian Ciganer-Albeniz

Christian Ciganer-Albeniz

Président de JOL Group & Financier

Président de la Compagnie Financière de Constance, il a conseillé, au cours de sa carrière, de grands groupes industriels et financiers. Il est à l’origine de la création du poste de Médiateur du crédit, et a, par ailleurs, participé à la rédactio...

A propos de l'auteur

BLOG DE CHRISTIAN CIGANER-ALBENIZ

Un peu de décence en politique

Noter
0

Photo : Tuchodi / cc

En cette veille d'échéance électorale majeure et face aux interrogations que nos concitoyens se posent à juste titre sur leur avenir, nous assistons aux affrontements stériles de notre classe politique, toutes tendances confondues.

Ce grand guignol auquel se livrent sans retenue nos élus prouve, si besoin est, que notre démocratie est bien malade.

Comment accepter ces invectives, ces éclats de voix médiatiques, ces injures qui ne sont pas de très bon augure pour la campagne électorale qui va s'ouvrir ?

Les enjeux sont importants pour eux, mais aussi considérables pour nous, et plus particulièrement, pour tous ceux qui souffrent de la précarité, de la maladie, du chômage ou de la pauvreté et de la solitude souvent liées à vieillesse. Ils sont si nombreux que nous devrions faire de la lutte contre ces injustices une priorité nationale.

Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des femmes et des hommes qui attendent de leurs responsables politiques qu'ils se conduisent d'une manière digne et courageuse, pour  nous permettre de surmonter les terribles tempêtes qui vont s'abattre sur notre pays, si nous persistons à nier les réalités.

Une presse complaisante

Force est de constater que nos médias, dans une course effrénée à l'audience, semblent donner plus d'importance au sensationnel qu'au fondamental.

Loin d'assumer leurs responsabilités de garants des valeurs de notre démocratie, ils agissent comme des pompiers pyromanes.

Prisonniers des doctrines politiques qu'ils souhaitent voir triompher, combien de journalistes acceptent, au mépris de toute déontologie, une présentation fallacieuse des véritables conséquences qui vont inéluctablement découler de nos prochaines échéances électorales.

La France se pose des questions, la presse doit avant toute chose nous aider à lutter contre cette angoisse qui envahit nos régions, véritable épidémie d'inquiétude contre laquelle nous devons trouver l'antidote.

Nous n'aurons pas de lendemains qui chantent, il n'y aura pas de « grand soir » mais celui qui sera élu le 7 mai prochain imposera à notre pays, qui devra l'accepter, un train de mesures d'austérité sans précédent.

Voilà la réalité que la presse, au mépris de toute complaisance, doit nous présenter avec tous ses tenants et aboutissants pour que nous puissions, en toute connaissance de cause, faire notre choix d'électeur.

Il n'existe pas de remèdes miracles et nous ne pouvons pas nous bercer d'illusions, ce n'est pas en prenant dans les poches des plus riches que nous retrouverons le chemin de la prospérité.

Pour illustrer ce propos, je ne résiste pas à la tentation de vous relayer « le principe des impôts » de David R. Kamerschen, professeur d'économie à l'université de Georgia.

Les impôts présentés par une simple anecdote de comptoir

Le principe des impôts semble pouvoir s'expliquer par une logique assez simple que beaucoup ne semblent pas vouloir comprendre.

Comme nous rentrons dans la saison des promesses toujours coûteuses et parfois irréalistes dont l'accroissement des impôts est l'alpha et l'oméga, laissez-moi vous présenter en termes simples les effets destructeurs de certaines théories politico-économiques.

Depuis de nombreuse années, dix copains se retrouvent chaque fin de semaine pour prendre une bière.

L'addition se monte à 100 € (chiffre retenu pour la simplification du raisonnement).

Chacun d'entre eux devrait s'acquitter de 10 €, mais comme certains avaient mieux réussi que les autres, ils décidèrent de contribuer au règlement de cette addition au prorata de leurs moyens respectifs.

Les quatre premiers, qui sont les plus démunis, ne contribuent pas au règlement.

Le cinquième paye 1 €, le sixième 3 €, le septième 7 €, le huitième 12 €, le neuvième 18 € et le dernier, le plus riche 59 €.

Les dix hommes semblaient satisfaits de leur arrangement, jusqu'au jour où le patron, pour les remercier de leur fidélité, décida de faire une ristourne de 20 % sur leurs consommations futures.

Et c'est bien ce cadeau qui mis fin à cette amitié de longue date !

Tout d'abord, la bande de copains décida de régler, avec la même clé de répartition, leurs consommations.

Les quatre premiers continuèrent donc à boire gratuitement, mais se posa la question de la répartition de cette baisse du coût de leurs consommations pour les six autres.

Ils réalisèrent que 20 € divisés par 6 faisaient 3,33 €, ce qui conduisait, si l'on soustrayait cette somme de leurs contributions, à ce qu'il faille payer le cinquième et le sixième pour boire leur bière.

Le patron du bar suggéra qu'il serait plus équitable de réduire l'addition de chacun d'un montant proportionnel à sa contribution, en respectant le principe d'équité qui consiste à diminuer le moins ceux qui en ont le plus.

Le résultat fut que le cinquième tomba en situation de ne plus payer, comme les plus démunis, alors que le sixième paya 2 € au lieu de 3 € (33 % de réduction), le septième 5 € au lieu de 7 € (28 % de réduction), le huitième 9 € au lieu de 12 € (25% de réduction), le neuvième 14 € au lieu de 18€ (22 % de réduction) et, le dixième 50 € au lieu de 59 € (16 % de réduction).

Chacun semblait satisfait de cet arrangement mais, hors du bar, ils comparèrent leurs situations. « J'ai seulement 1 € de réduction sur les 20 € de remise », dit le sixième, en désignant le dixième qui en avait 9.

« Oui, répondit le cinquième qui ne payait plus, moi aussi je n'ai que 1€ d'économie ». « C'est vrai, dit le septième, pourquoi n'en ai-je eu que 2 ? »

Il est anormal que ce soit les plus riches qui bénéficient de la plus importante réduction !

« Attendez un peu ! cria le premier. Nous quatre qui ne payons pas, nous n'avons rien eu du tout nous, donc le système exploite les plus démunis ».

Les neuf hommes cernèrent le dixième (le plus riche) et l'insultèrent.

Il parti et décida de ne plus jamais revenir.

La semaine suivante, les neufs amis qui restaient se réunirent comme d'habitude pour boire leur bière mais, quand arriva l’addition, ils constatèrent qu'ils ne pouvaient même pas payer la moitié de l'addition.

« La réussite de certains fait la richesse de tous »

Quelles leçons peut-on tirer de cette anecdote ? Que rien n'est jamais acquis et que la réussite de certains fait la richesse de tous, quoiqu'on puisse vous faire croire.

Gardons-nous, en cette période de promesses électorales, de stigmatiser « les riches » qui, comme les « émigrés », seraient responsables de tous les maux qui frappent notre pays.

Nous sommes nombreux à accepter les efforts qui vont nous être demandés pour autant que, d'une part, l'Etat et ceux qui nous gouvernent prennent la mesure de la situation en mettant en place un plan drastique d'économies et que, d'autre part, nous soyons conscients que la cohésion sociale, en cette période si difficile, est un atout qu'il convient de préserver, quelque soit la tendance politique qui sortira vainqueur de nos prochaines échéances électorales.

La situation en Grèce nous prouve que toutes les décisions ont des limites que les peuples ne peuvent que combattre lorsqu'ils n'ont plus d'espoir et qu'ils sont dos au mur.

Notre société ne retrouvera son équilibre et sa prospérité que si nous sommes disposés à faire table rase des idéologies, des contraintes corporatistes et que nous tournons la page des avantages acquis pour poser les fondations d'un nouveau modèle économique et social, sans préjugés et sans tabous.

Mesdames et messieurs les Politiques, nous attendons de vous que vous acceptiez, avec courage, d'aborder les vraies questions qui se posent à nous et qu'en toute honnêteté, vous nous présentiez vos solutions pour tenter de surmonter cette crise qui ne cesse de ravager notre pays et de miner nos institutions, au risque d'entrainer notre démocratie dans une tourmente dont elle ne pourrait se relever.

Noter
0