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Dominique Bertinotti, une ministre plus tout à fait comme les autres

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(crédit: DR)

Par Catherine Cerisey

 

 

 

Aujourd’hui (NDLR : Vendredi 22 novembre ) la nouvelle est tombée dans le Monde, Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille de l’actuel gouvernement se bat contre un cancer du sein depuis le mois de février. Le buzz fait grand bruit sur les réseaux sociaux et on acclame son courage et sa détermination ! Très bien…  Mais l’article au demeurant très bien fait, m’a fait bondir à quelques reprises alors me revoilà devant mon clavier pour un post de "mauvaise" humeur.

Etait-il nécessaire de le rappeler le cancer est un prédateur qui tombe sur sa proie sans distinction. Ils touchent des ministres mais aussi des présidents, des médecins (si, si), des cadres, des ouvriers, des femmes au foyer …. Des vieux, des jeunes, des pauvres, des nantis, des beaux, des moches, des gentils, des méchants  …. Absolument personne n’est à l’abri de ce serial killer qui, contrairement à d’autres, court toujours sans que les chercheurs mobilisés dans sa traque dans le monde entier, ne puissent rien faire …. Une femme sur 8 est ou sera touchée par un cancer du sein,  dans un gouvernement qui applique la parité pas de surprise donc !

Après avoir choisi de garder le silence, la ministre se confie au grand quotidien pour dit-elle  "aider à faire évoluer le regard de la société sur cette maladie dont le nom est terriblement anxiogène Pour qu’il y ait moins de peur, plus de compréhension". Elle voudrait également que son expérience permette"qu’on réfléchisse sur les inégalités face au coût des traitements de confort, comme le vernis spécial pour les ongles ou la perruque, qui sont si importants". Je dirais plutôt les inégalités de prise en charge tout court, le reste à charge en général, la prise en compte des souffrances psychologiques des patients et de leurs proches, l’accès à l’innovation, l’égalité d’accès aux soins de support partout sur le territoire …  et j’en passe …. C’est le moment Madame la ministre, de profiter de votre position au sein du gouvernement, au milieu de cet hémicycle, entourée de députés si éloignés de nos problématiques quotidiennes pour faire passer des messages qui malgré nos cris ne vous sont pas parvenus jusqu’ici.

Oui parce que vous savez maintenant et vous décrivez parfaitement la peur qui vous tord les tripes, les médecins qui répondent par des statistiques, les cheveux qui tombent par poignée malgré le casque réfrigéré, l’extrême fatigue qui suit les séances de chimios, la peur du regard des autres … Mais avez-vous bien vécu la même chose que nous Madame ? N’avez-vous pas vécu ce que l’on pourrait appeler un cancer de riche, de nanti ?

Plus loin en effet, elle avoue sans honte avoir bénéficié de privilèges comme la réduction du temps d’attente dans son centre de soins, l’Institut Curie (elle a effectivement eu droit à une prise en charge en 8 jours versus 3 mois en moyenne pour le commun des mortels!!) et elle  explique avoir eu accès à une voiture avec chauffeur pour ces allers retours à l’hôpital. Avouez que ne pas subir l’attente si anxiogène pour nous, de ne pas avoir à se battre pour avoir un taxi et attendre des mois pour se faire rembourser les trajets par une sécurité sociale qui cherche à réduire ses coûts tout azimut … font partis de privilèges régaliens d’un autre temps.

Elle ajoute qu’elle voudrait "montrer qu’on peut avoir un cancer et continuer une vie au travail. Pour que les employeurs comprennent que la mise en congé longue maladie n’est pas forcément la meilleure des solutions"Or Madame la ministre, ce ne sont pas les employeurs qui décident de la mise en congé maladie mais bien les médecins et leurs patientes en fonction des traitements plus ou moins lourds, plus ou moins tolérés, d’un travail plus ou moins pénible, d’une situation financière plus ou moins facile … ce genre de message est dangereux car il peut stigmatiser encore plus celles qui préfèrent arrêter pour une de ces raisons ou d’autres et les mettre dans une situation plus que délicate vis à vis de leur hiérarchie ! Vous avez choisi de continuer d’assumer votre rôle au sein de l’Etat par choix et conviction personnelle. J’ai envie d’ajouter parce que vous avez pu le faire aussi ! Ne généralisons pas !

Enfin j’espère que votre "résistance à la tentation d’internet et ses cas anxiogènes" n’était qu’un mot malheureux car je vous assure que les femmes s’y retrouvent, s’entraident, se soutiennent aussi sur la toile. La révolution numérique est inéluctable et dans la santé elle permet aux malades chroniques de se sentir moins seuls et d’avoir l’information qui parfois leur fait défaut dans leurs centres de soins. Mais c’est un autre débat !

Néanmoins vous me connaissez je suis une optimiste inconditionnelle. Je pense que nous allons enfin avoir une alliée dans l’hémicycle, quelqu’un qui touchée dans sa chair connaît notre souffrance et peut être certains de nos besoins. J’espère qu’elle n’en restera pas là, qu’elle prendra le temps de recevoir d’autres femmes touchées, des associations de patientes, qu’elle réfléchira avec nous à des solutions et qu’elle portera notre parole jusqu’à l’Olympe pour changer vraiment les choses !

Madame la ministre, c’est maintenant de votre responsabilité, nous comptons sur vous !

> Découvrez le blog de catherine Cerisey et son engagement

 

 

Dernière minute : à la suite des déclarations à la presse de Madame la ministre, j’ai été contactée par un journaliste de itélé qui est venu m’interviewer chez moi. Le sujet a été diffusé le 23 Novembre 2013 sur la chaine d’info en continu.

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