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Fabrice Boé

Fabrice Boé

Directeur de Fb Conseil&Stratégie, spécialiste des médias

Agé de 49 ans et diplômé d'HEC, Fabrice Boé a travaillé 7 ans dans les médias durant lesquels il a dirigé Prisma Presse de 2005 à 2009, 2e groupe français de presse, et fait partie du directoire de G+J , n° 1 européen de la presse magazine. Il a p...

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Un blog pour parler de l’avenir des médias, de la mutation des modes de communication... et de l’actualité de l’information.

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BLOG DE FABRICE BOÉ

Facebook, sa valeur...et les médias

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Alors que Facebook vient de faire une rentrée médiatique en Bourse, Fabrice Boé s’interroge sur l’opportunité pour la Presse Quotidienne Régionale d’utiliser le premier réseau social au monde et d’en faire un outil précieux pour informer son lecteur.

Discussion très instructive avec un jeune photographe : il participe il y a quelques jours à une soirée étudiante parisienne, durant laquelle il prend de nombreuses (et excellentes) photographies des participants.

72 heures : 17 000 visiteurs

Rentré chez lui (tard dans la nuit...) il trie ses photos et ouvre une page Facebook où il poste les meilleures d'entre elles. La page porte le nom de la soirée.

Au petit jour elle est en ligne...

Exactement trois jours après, plus de 17 000 personnes ont consulté la page, plus de 250 l'ont signalée par un « j'aime » sur leur propre page et près de 800 en ont parlé sur Facebook.

Le photographe le sait très précisément, parce que Facebook met à sa disposition d'incroyables outils statistiques qui lui permettent de suivre en temps réel la fréquentation de la page et lui ouvrent des informations sur le profil de ceux qui s'y sont intéressés. Un peu plus de filles que de garçons entre 18 et 25 ans, par exemple, et bien d'autres éléments statistiques.

Pour information, un photographe professionnel était chargé de prendre des photos au cours de la même soirée et, une semaine après, n'a pas encore renvoyé ses clichés.

Facebook au cœur de la vie quotidienne d’une génération

On ne peut qu'être fasciné tout d'abord par l'impact de Facebook sur la génération étudiante.

17 000 personnes, quasi instantanément, des échanges entre eux qui rebondissent et prolongent en ligne les moments partagés, tout cela le plus naturellement du monde et pour un événement qui n'avait rien d'exceptionnel. Phénomène de la vie courante en 2012, donc.

On doit aussi s'émerveiller de la puissance des outils, gratuits, que Facebook a créés et qui permettent de savoir qui est en ligne. Ces fameuses datas sont elles aussi entrées dans la vie courante et représentent une sorte de rêve éveillé pour les communicants qui sauront les lire et les comprendre. Quant aux annonceurs, tout est là, à leur portée...

L’immense valeur du premier réseau social mondial

Deux réflexions à mon sens.

Tout d'abord sur la valeur de Facebook. Il est de bon ton d'ironiser sur la bulle boursière, l'action sitôt cotée et qui dévisse. Mais l'anecdote ci-dessus permet de mieux appréhender combien Facebook est désormais partie prenante de la vie de centaines de millions de personnes partout dans le monde. On sait que dans nos sociétés plus personne ne s'en passerait dans la génération des moins de 30 ans, qu'il joue un rôle dans la socialisation et même la vie quotidienne de ces personnes et qu'il suscite un attachement incomparable. Alors, Facebook combien de divisions ? Déjà beaucoup.

Surtout, Facebook quelle valeur ? Énorme.

Les 100 milliards étaient sans doute prématurés, mais pas surévalués.

Plateforme mondiale, rôle de proximité

Mais je m'interroge sur les acteurs qui eux aussi pourraient exploiter ces infinies possibilités du réseau social n°1 et jouer grâce à lui un rôle de proximité, de lien entre les individus.

L'exemple de notre jeune photographe me conduit à penser que ceux qui savent mettre en scène les événements de notre vie, les raconter « à la manière d'aujourd'hui » et les mettre à disposition des gens, détiennent un vrai pouvoir, que Facebook permet de démultiplier.

Or, n'est-ce pas le rôle de la presse, à commencer par la Quotidienne Régionale ?

Qui mieux que la PQR est plongée au cœur du quotidien local des citoyens, partage leurs émotions, « vit leur vie » et sait avant tout le monde sentir ce qui va les captiver ?

Mon point est simple : la presse devrait plonger dans Facebook, comprendre à quel point l'outil lui permet de revenir dans la vie de ses lecteurs et en exploiter les possibilités.

Elle a une opportunité sans précédent. Certes, on s'éloigne du papier mais on se rapproche du vrai métier de la presse, celui qui lui permet de créer du lien et de fédérer des populations autour de centres d'intérêt, d'événement et de la vie quotidienne.

La Presse Quotidienne Régionale doit saisir l’opportunité Facebook

Warren Buffett vient d'investir plus de 140 millions d’euros pour acheter un groupe de journaux régionaux aux États-Unis. Il avait déjà mené une opération similaire il y a moins de six mois et promet de continuer. Aveuglé par son grand âge ou au contraire plus clairvoyant que tous ?

Il explique son raisonnement par la force toujours actuelle du « sens de la communauté » et par le fait que la presse régionale sait le maintenir et sait informer son lecteur sur « ce qui se passe dans son arrière-cour » (« find out what is going on in his own backyard »).

Elle a incontestablement ce talent, mieux que quiconque : elle a les réseaux, le professionnalisme et la capacité à « raconter » la vie quotidienne.

Je partage totalement le raisonnement de Warren Buffett, la presse peut plus que jamais être le « hub » du lien de proximité, je lui recommande simplement très chaudement de réfléchir à la manière nouvelle dont elle pourrait utiliser Facebook.

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