Connexion

Tribune

Georges Berlioz

Georges Berlioz

Avocat

  Maître Georges Berlioz est avocat au Barreau de Paris, associé fondateur du cabinet Berlioz & cie. Il a une double formation, scientifique et juridique, une double culture juridique, française et américaine, une activité très internationale....

Voir la bio en entier »

Blog de Georges Berlioz

Made in Germany, un label trompeur?

Noter
0

© acidpix / cc

Berlin se mobilise pour une utilisation du label Made in Germany qui peut être considéré comme une tromperie à l’égard des consommateurs.

Le Made in Germany est fabriqué en Chine

Le label est actuellement apposé sur des produits qui sont assemblés en Allemagne, mais qui sont souvent composés essentiellement de pièces détachées dont l’origine est étrangère. C’est en particulier le cas dans les secteurs des machines-outils, de l’automobile et de l’électrotechnique.  Dans ces secteurs l’apposition du label Made in Germany  permet de donner une image de qualité allemande à des produits qui ne sont considérés comme allemand que parce que le label Made in Germany est accordé à des produits dont « la dernière étape importante de transformation » a été effectuée alors que l’essentiel des matériaux et des pièces détachées ne proviennent pas d’une fabrication allemande.

Contourner les taxes douanières

C’est la commissaire à l’Union douanière, Algirdas Semeta, qui a proposé de réserver les labels d’origine nationale à des produits dont la fabrication a eu lieu à 45% au moins dans ce pays. Le projet était destiné à lutter contre le dumping chinois, de nombreuses entreprises chinoises apposant un label Made in Korea pour contourner les taxes douanières imposées par l’Union Européenne à la Chine. L’extension de cette règle au label Made in Germany a suscité l’alarme des industriels, appuyés par le gouvernement allemand. Ceux-ci prétextent que cela alourdirait le fardeau administratif des PME, mais il est clair que la menace vient du fait que les produits ne seraient plus crédités par les acheteurs d’une « qualité allemande » qui ne correspond pas à la réalité de la fabrication. C’est cette image qui contribue largement au succès des exportations allemandes qui ont dépassé en 2011 les 1 000 milliards d’euros.

Concurrence déloyale en Europe

A l’heure où, dans les débats sur le Triple A, la compétitivité de l’industrie allemande est mise en avant, il est clair que la vigueur même de la mobilisation allemande pour défendre une application artificielle du « Made in Germany » démontre que cette compétitivité est largement fondée sur un label trompeur. Il est clair que cette utilisation du label sur la base d’un juridisme artificiel permet une large délocalisation de la fabrication, avec une pratique qui relève de la concurrence déloyale. Non seulement cette pratique permet à l’industrie allemande de ne pas souffrir de l’euro fort, mais au contraire de profiter de l’avantage que lui procure la possibilité de réduire le coût des importations sans nuire à l’attractivité des produits à l’égard d’un consommateur qui croit à la réalité de la fabrication en Allemagne. Dans la mesure où, à hauteur de 60%, les exportations françaises et allemandes sont en concurrence, il est clair que l’avantage concurrentiel est aux dépens de l’industrie française.

Les exigences d’une monnaie unique

L’utilisation de l’euro comme monnaie commune exige une concurrence loyale entre les pays membres. Elle a créé des tensions économiques en l’absence de convergence des politiques budgétaires et sociales qui fait que l’euro a accentué les différences de compétitivité. La concurrence par des pratiques qui ne peuvent qu’être considérées comme déloyales remet en question la solidarité européenne.

Noter
0