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Institut éthique et politique Montalembert

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En puisant aux sources de l’humanisme chrétien, l’Institut Montalembert entend participer au débat public et proposer des solutions adaptées aux grands problèmes contemporains, en particulier dans le domaine social et éthique. Indépendant de tout ...

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La politique culturelle extérieure de la France, quelques pistes d’amélioration…

La politique culturelle extérieure de la France est l’action conduite par l’Etat pour promouvoir la culture française à l’étranger. Or, depuis plusieurs années, cette fonction importante de notre politique étrangère connaît des difficultés : hésitations sur le sens de l’action à conduire, modifications de structures non abouties, baisse continue des budgets, concurrence accrue d’autres pays, émergence d’acteurs. La présente fiche propose plusieurs améliorations à cette situation préoccupante.

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Elle s’appuie sur des travaux antérieurs, notamment le rapport du sénateur Duvernois de 2004, les compte-rendus du colloque de 2008 organisés sur cette question par Sciences-Po, la note du groupe d’études et de recherches sur la culture du 19 juillet 2012. Sans revenir sur les propositions de ces documents qu’elle reprend à son compte, elle insiste sur trois points préalables à l’évolution de notre dispositif.

Renforcer et coordonner l’offre

L’Institut Français, établissement public né en 2011, est l’opérateur unique de l’action culturelle extérieure de la France. Sous la tutelle exclusive du Quai d’Orsay, qui lui verse 65% de ses produits, soit 29,75 M€ en 2011, il organise la présence française à certains événements culturels internationaux (festivals, biennales, foires), des événements pour mettre en valeur la culture française et des saisons croisées. Il apporte son soutien au réseau culturel français en lui proposant chaque année un catalogue où chaque structure peut puiser suivant ses objectifs propres. 

Cette offre s’est structurée autour des arts vivants (théâtre, danse, cirque, art contemporain, cinéma) et de la promotion du livre. À l’inverse certains domaines apparaissent comme des parents pauvres. Un effort s’amorce en faveur de la culture scientifique et des sciences humaines et sociales. Il souffre encore de l’éloignement entre le monde de la recherche et celui de la culture. 

Dans le domaine du patrimoine, tout est à construire. L’Institut français ne s’y intéresse pas, faute sans doute de moyens, laissant une offre éclatée et mal mise en valeur à l’étranger. Or l’expertise française dans le domaine est patente, au moins aussi forte que celle des Allemands, des Italiens ou des Britanniques. Nos musées, monuments, centres d’archives, bibliothèques, instituts archéologiques, constituent à la fois des réservoirs de ressources intellectuelles et des lieux de formation potentiels dans le domaine de l’ingénierie culturelle. 

Notre patrimoine, universellement connu, constitue donc un atout avéré de notre pays. Un inventaire précis de l’action conduite, en matière internationale, par les opérateurs de l’Etat doit, être établi. Ses actions doivent être relayées auprès du réseau par l’Institut français. À l’inverse, le réseau doit identifier les lieux et les domaines dans lesquels l’action de la France est attendue et nécessaire et l’Institut français doit relayer ses demandes auprès des bons interlocuteurs. Dépassant les frontières habituelles entre public et privé, l’offre doit également se structurer autour d’une cartographie précise des entreprises privées qui œuvrent dans le domaine culturel : architectes, muséographes, restaurateurs, ingénieurs, archivistes, urbanistes, metteurs en scène, professeurs. Cette cartographie doit être tenue à jour par l’Institut français et les entreprises recensées promues par le réseau, qui doit exercer un rôle de veille sur les marchés et les possibilités de coopération.

Achever la réforme du réseau

La réforme de l’action culturelle extérieure conduite entre 2007 et 2011 a abouti à la création de l’Institut français. Afin d’améliorer la coordination du dispositif, cette réforme aurait dû conduire au rattachement de la partie étatique du réseau extérieur au nouvel établissement public. Pour des raisons internes au Quai d’Orsay, cette évolution n’a pas été portée à son terme, les diplomates souhaitant garder la main sur ce réseau. Une solution transitoire a été conçue, qui expérimente le rattachement d’une douzaine de centres culturels à l’Institut français. Cette première phase doit maintenant s’étendre à l’ensemble du réseau pour améliorer sa cohérence et son pilotage. Le conseil d’administration de l’Institut culturel pourra ainsi adapter sa répartition géographique en fonction des priorités et des axes d’effort de notre action diplomatique. 

Cela n’empêchera d’ailleurs pas l’ambassadeur de continuer à diriger l’ensemble des services qui œuvrent dans le pays dans lequel il représente la France. La situation serait similaire à celle que les préfets connaissent dans les départements. La logique fonctionnelle ne doit pas se confondre avec la logique hiérarchique.

Changer de pilote

La tradition a voulu que le Quai d’Orsay occupe un rôle de premier plan dans l’action culturelle extérieure de la France, à une époque où le ministère en charge des affaires culturelles n’existait pas. Depuis 1959, ce temps est révolu et les métiers de la culture se sont professionnalisés. Il est devenu logique de rattacher au ministre de la Culture les compétences et les organismes liés à cette politique de l’Etat et de lui transférer les personnels et les crédits afférents. L’Institut français doit être placé sous la tutelle du ministère de la Culture, pour se situer au plus près de l’offre qu’elle a pour mission de promouvoir.

Le ministère des Affaires étrangères restera présent au sein du conseil d’administration de l’établissement, ce qui lui permettra de veiller à l’unité de notre action extérieure. De la même manière, il doit être mis fin au partage des rôles dans le domaine de l’archéologie. La commission des fouilles devrait désormais être organisée par la direction générale des patrimoines selon des modalités qui peuvent d’ailleurs être proches des règles actuelles. On améliorera ainsi la coordination entre les différents acteurs de ce secteur éclaté (Universités, CNRS, musées, INRAP). Enfin, le rapprochement de l’Agence France Museum et de l’Institut français serait ainsi rendu possible.

Le rattachement au ministère de la Culture ne devra pas se faire au détriment de l’apport d’autres départements ministériels comme le ministère de la Recherche ou celui de l’Education nationale. Il devra en tout cas s’accompagner d’une réflexion réelle sur la gestion du personnel employé dans le réseau. Les postes doivent s’inscrire dans des parcours de carrière repensés et s’ouvrir à des professionnels de la Culture, en excluant les logiques de corps. Ils doivent être attribués à des personnes qui acceptent que leur action s’inscrive dans une logique générale de politique d’influence. À l’inverse, chacun des responsables d’institut culturel se verra remettre des instructions claires, visant à la continuité du travail entrepris, par delà les changements de personnes.

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