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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Journaliste

Journaliste à I>Télé, Jean-Marc Sylvestre est aussi l'éditeur d'un site, ainsi que l'auteur notamment, Le Roman vrai de la crise financière qui a obtenu le prix Turgot en 2009, et Petites leçons d'économie pour ceux qui doutent des promesses qu...

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RÉFORMES

Courage, fuyons! Les 3 dossiers tabous de François Hollande

Qu’un pays démocratique soit plus difficile à gérer qu’une entreprise, c’est évident, mais si c’était facile, ça se saurait. Il arrive un moment, dans l’entreprise comme au niveau de l’État, où le patron doit impérativement prendre des décisions. Même si elles sont douloureuses. Et pour qu’elles soient appliquées, il faut qu’il les explique à ses troupes, à ses électeurs, aux syndicats, aux clients, aux salariés…

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François Hollande aux Journées de Nantes, en janvier 2012. Photo : jmayrault / Flickr

Le premier de ces dossiers, le plus actuel, porte sur le droit du travail. Le droit du travail français est tel qu’il entretient une rigidité absolue du marché de l’emploi au point où les entreprises ne veulent plus embaucher. Pourquoi embaucher si l’entreprise n’a aucun moyen d’adapter ses effectifs aux évolutions de la conjoncture ? Il faudrait donc assouplir les conditions d’application des CDI quitte à supprimer les CDD. En contrepartie, l’entreprise pourrait s’engager à conserver le salarié à temps partiel pour le reprendre à temps plein, dès que l’activité repartirait.

Assouplir les conditions d’application des CDI

Plus de flexibilité d’un coté, et plus de sécurité de retrouver un emploi de l’autre. C’est la base du deal. Cette mécanique sociale est appliquée dans la plupart des pays occidentaux et notamment en Allemagne, où le taux de chômage est deux fois moindre qu’en France. Fidèle à sa méthode, François Hollande voulait absolument que cette nouvelle culture soit négociée par les partenaires sociaux. Le problème, c’est que ça ne marche pas. Les négociations se sont enlisées. Ça ne marche pas parce que les syndicats ne sont pas formatés pour ce type de négociations. Ils ne sont pas représentatifs des populations de salariés, ils sont trop faibles et comme toutes les organisations faibles, ils sont plus dans la logique du conflit que dans celle du compromis.

Ça ne marche pas parce que, depuis trente ans, la société française entière a fait le choix collectif de traiter le chômage par des médecines sociales (indemnisations, emplois aidés, emplois publics) plutôt que de permettre aux entreprises privées de créer de vrais emplois de production. Ça ne marche pas parce que les syndicats ne veulent pas prendre le risque de mécontenter leur troupe. Ça ne marche pas non plus parce que l’opinion n’a pas compris qu’en facilitant les départs de l’entreprise, on facilitait les embauches. Ça ne marche pas enfin parce que les syndicats handicapés cherchent à refiler le dossier au gouvernement.

Le gouvernement sera obligé de faire voter des dispositifs qui ne sont pas acceptés par le cœur de son électorat

Les risques politiques sont énormes parce que le gouvernement sera obligé de faire voter des dispositifs qui ne sont pas acceptés et compris par le cœur de son électorat. Même si on sait qu’ils sont indispensables pour retrouver l’équilibre à moyen terme. En dernier ressort, celui qui doit prendre la décision, c’est le président de la République. C’est lui qui a la responsabilité de montrer qu’il ne cédera pas, ce qu’il n’a toujours pas fait.

Le cœur du problème français, c’est son déficit de compétitivité. En bref, et pour faire simple, ce que nous fabriquons est trop cher et les clients n’en veulent pas. L’effondrement des ventes d’automobiles françaises en est la parfaite illustration. Les Peugeot ne se vendent pas, question de coût, question de qualité.

Nationaliser ? Et puis quoi encore !

La gouvernance publique, le président de la République ne va pas se mettre à fabriquer des voitures. Le gouvernement ne doit surtout pas s’installer comme industriel, même si au gouvernement on s’appelle Arnaud Montebourg. Ce n’est pas le job d’un ministre, fut-il ambitieux. La responsabilité du gouvernement est de tout faire pour créer les conditions favorables au fonctionnement de l’entreprise et à son développement. Le job de l’administration est de laisser vivre les entrepreneurs dans le respect des règles qui ne doivent pas être asphyxiantes.

La gouvernance française est à cent lieux de cette logique là. On a un ministre de l’Industrie qui croit pouvoir faire tourner des entreprises alors qu’elles n’ont plus de marché. On a une ministre de la Culture qui s’offusque de la fermeture de Virgin pour cause de concurrence « déloyale » d’Amazon alors que son collègue de l’Économie octroie des facilités fiscales pour qu’Amazon crée des bases logistiques sur le territoire français. À supposer qu’Amazon soit coupable d’avoir tué les emplois de Virgin, on pourrait quand même reconnaître qu’Amazon a créé plus d’emplois que Virgin n’en a détruit. Le seul problème, dira-t-on, c’est que ce ne sont pas les mêmes et qu’ils ne sont pas au même endroit. Et alors ? Faudrait peut-être se souvenir que la mobilité géographique et professionnelle n’est pas interdite en France.

Le plus grave dans cette affaire, c’est le matraquage réglementaire et fiscal. La seule annonce de mesures fiscales plus contraignantes sur le capital risque a fait baisser les levées de fonds pour les start-up de 30%, ce qui représente 5000 emplois en moins de créés dans les secteurs d’avenir. Les start-up non créées en France le seront à Berlin ou à Londres.

Le plus grave dans cette affaire, c’est que l’entreprise France n’a pas de « business plan »

Le troisième dossier est celui de l’Europe. C’est un championnat d’ambiguïté et d’hypocrisie. Tout le monde raconte n’importe quoi. À l’approche du 50ème anniversaire du traité de l’Élysée, la France commence à dire le plus officiellement du monde que la crise de l’euro est finie. L’année 2012 a permis d’éviter le désastre, c’est vrai, mais la zone Euro est incapable de travailler pour le bien commun. On a mis en place des mécanismes de sauvetage, le MES. On a désormais une BCE qui réassure le système. C’est formidable, Mario Draghi. Mais personne en Europe n’a trouvé l’équation qui permette le désendettement indispensable et la croissance. Personne. Les Allemand n’ont pas de solutions. Les Français, les Italiens, les Espagnols non plus.

La zone euro a évité l’implosion, mais la construction européenne n’a pas progressé

Alors oui, la zone euro a évité l’implosion, mais la construction européenne n’a pas progressé. L’Allemagne ne fait plus confiance à la France et cette dernière a besoin de l’Allemagne pour assurer ses fins de mois tout en draguant les pays du sud pour faire contrepoids. Ce n’est quand même pas un exploit de se rallier à des pays encore plus malades que nous.

L’Europe ne se sauvera que si la France et l’Allemagne retrouvent une relation de confiance. Et la confiance ne sera restaurée que si la France offre une clarification de sa politique de réformes. On revient à la case départ et on retombe sur la question des réformes d’ajustement (droit du travail, fiscalité et compétitivité). Dans ce cas là, on a une petite chance pour que l’Allemagne soit un peu plus bienveillante pour nous donner du temps nécessaire à l’ajustement. On ne peut pas en permanence reprocher à son banquier de ne pas être attentif à nos problèmes si on ne fait aucun effort pour les résoudre. Ah, si seulement François hollande avait un peu plus de courage...

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