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BLOG DE JULIEN WAGNER

Les Qataris ont-ils eu raison de choisir la France?

Après le rachat du Paris Saint-Germain, le richissime État du Golfe persique a de nouveau investi en fanfare en France au travers d'un fonds spécial pour les zones paupérisées du pays. Cette annonce a tôt fait de provoquer une lever de boucliers parmi une partie de la population et des médias. Et pourtant, ne serait-pas plutôt au Qatar de s'inquiéter? A-t-il bien fait de choisir la France? Julien Wagner s'interroge.

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Le portrait de l'émir du Qatar,Hamad bin Khalifa Al Thani. Photo : Wesley Fryer

À l'heure où chacun de leurs nouveaux investissements en France fait polémique, c'est la question que doivent se poser les dirigeants de ce minuscule et richissime État du Golfe persique.

Le Qatar, pays "tête d'épingle", est obnubilé par sa survie. Ses voisins lui posent soucis. L'Arabie saoudite à l'est et l'Iran à l'ouest. D'abord parce qu'ils ne pèsent pas bien lourd à côté d'eux (démographiquement et militairement), mais surtout car chacun des deux a de fortes ambitions régionales. Et le Qatar n'oublie pas que le Koweït, pays qui lui est comparable, avait été envahi sans plus de raison par un de ses voisins, l'Irak, en 1990. Une telle issue, il fera tout pour s'en prévenir. Pour éviter ce scénario, sa stratégie est double : Trouver des protecteurs éloignés en nouant avec eux des liens économiques sûrs, et rayonner à l'international afin de se rendre si visible qu'il devienne intouchable. D'où, d'un côté, des investissements directs massifs à l'étranger et notamment en Europe, et de l'autre, des investissements dans les médias et le sport.

Le Qatar aime tout ce qui brille, or, Paris brille

Dans cette stratégie, il a ciblé la France. Pourquoi ? Parce qu'elle lui offre tout ce dont il a besoin. La France est la cinquième puissance économique mondiale, un des pays leader de l'Union européenne (plus grand espace économique au monde), elle est une puissance militaire importante (3ème exportateur d'armes au monde). Elle possède une économie solide et des multinationales avec une grande visibilité internationale. C'est un État de droit où les placements sont sûrs. Surtout, elle brille, et le Qatar aime "tout ce qui brille" : Paris, le luxe, la mode, le tourisme. Enfin, ce qui ne gâche rien, la France possède la plus grande communauté musulmane d'Europe, dont beaucoup sont arabophones. Ce qui lui offre une proximité culturelle forte avec une partie de la population, qu'il est à même de séduire plus facilement, par exemple à travers la chaîne d'information internationale Al-Jazeera ou par des investissements spécifiques.

Les Qataris touchent un point très sensible en France: l'intégration de sa population arabe et musulmane

De son côté, la France ne pourrait qu'être ravie d'accueillir des investissements étrangers. Quel pays ne l'est pas ? Tous les pays dans le monde ne se battent-ils pas pour accueillir de tels investissements afin de développer et dynamiser leur économie ?

Ce calcul était trop beau pour être vrai. Et le Qatar n'avait pas mesuré suffisamment une donnée fondamentale de la France d'aujourd'hui : l'intégration de sa population arabe et musulmane est, pour de multiples raisons, un point de contention majeure. Politique, sociale, culturelle, sociétale, religieux et économique. Chaque évènement qui a trait au sujet frise l'hystérie collective, déchaîne les médias, les politiques et les commentaires d'internautes. Or le Qatar est un pays arabe, musulman conservateur voire rigoriste. Il est donc par essence frappé de suspicion. Il cache ses véritables intentions, ils nous menacent, il est dangereux. À tel point que chacun de ses faits et gestes est interprété à travers ce prisme, et non plus par ce qui devrait l'être : les intérêts vitaux du Qatar, économiques et stratégiques.

Il voulait séduire la France... Mais ce pari est-il simplement possible ? A-t-il surestimé la puissance de son argent ? S'est-il trompé de pays ? Quoi qu'il en soit, il commence à comprendre maintenant que la France ne sera pas la panacée pour lui, loin s'en faut...

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