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ENTRE FICTION ET RÉALITÉ

Transhumanisme: vers une humanité 2.0?

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Le géant américain Google vient d'officialiser l'acquisition de la start-up canadienne DNNresearch, le 13 mars. Une société qui travaille sur les réseaux de neurones biologiques et leur application aux machines, ou comment faire comprendre à des ordinateurs ce que les humains veulent leur communiquer. Quelles peuvent être les conséquences d’une telle acquisition ?

Terminator 3 : le Soulèvement des Machines avec Arnold Schwarzenegger © Columbia TriStar Films

Imaginez un monde où l’homme pourrait communiquer avec son ordinateur en utilisant uniquement son système nerveux, un monde où la mémoire humaine pourrait s’effacer aussi facilement qu’un disque dur, un monde enfin où la pauvreté, la maladie, le handicap et l'insuffisance alimentaire n’existeraient plus. Ce qui nous apparaît encore comme de la science-fiction est pourtant en train de devenir de plus en plus réel. Les courants transhumanistes – c’est ainsi qu’on les appelle – se multiplient et les scientifiques commencent sérieusement à s’intéresser au phénomène : le CNRS organisait un premier colloque en décembre dernier sur le sujet.

Le transhumanisme : qu’est-ce que c’est exactement ?

Intéressons-nous donc, nous aussi, à ce nouveau courant. Le transhumanisme est pour la première fois reconnu en tant que tel au début des années 1980, à l'université de Californie à Los Angeles, qui devient le centre principal de cette pensée. En 1998, est fondée la World Transhumanist Association (WTA, Association Transhumaniste Mondiale) afin que le transhumanisme soit reconnu comme digne d'intérêt par le milieu scientifique mais aussi par les pouvoirs publics.

Selon la WTA, le tranhumanisme se définit comme un « mouvement culturel et intellectuel qui affirme qu'il est possible et désirable d'améliorer fondamentalement la condition humaine par l'usage de la raison, en particulier en développant et diffusant largement les techniques visant à éliminer le vieillissement et à améliorer de manière significative les capacités intellectuelles, physiques et psychologies de l'être humain. » Ou encore : une « étude des répercussions, des promesses et des dangers potentiels de techniques qui nous permettront de surpasser des contraintes inhérentes à la nature humaine ainsi que l'étude des problèmes éthiques que soulèvent l'élaboration et l'usage de telles techniques. »

Quelques exemples concrets

Si tout cela vous semble encore bien loin de votre quotidien, détrompez-vous, le transhumanisme est partout, sous des formes multiples et variées. Selon l’association transhumaniste française Technoprog ! , l’objectif du transhumanisme est d’utiliser les nouvelles technologies (nanotechnologie, biotechnologie, technologie de l’information, découvertes des sciences cognitives) pour améliorer la condition humaine de façon radicale : « extension de la vie humaine au-delà des limites naturelles (ralentissement du processus de vieillissement), amélioration de capacités physiques, sensorielles, cognitives et émotionnelles pour permettre de nouvelles dimensions de spiritualité, dialogue, compréhension réciproque et de la nature, interaction, partage. »

Vous n’y croyez pas ? Voici quelques exemples qui pourraient vous éclairer : l’Electronic Tattoos, mis au point à Austin par la Chinoise Nanshu Lu, est un badge autocollant composé de diodes capteurs électroniques, qui permet de suivre l'activité cardiaque d'un individu, comme celle de son cerveau ;

les prothèses bioniques sont des prothèses guidées uniquement par la pensée ; ou encore les cœurs artificiels conçus pour traiter les personnes présentant de l'insuffisance cardiaque. Si ces technologies sont actuellement mises à dispositions de la médecine pour améliorer la condition de personnes malades, de nombreuses voix s’élèvent pour mettre ses techniques à disposition de tous afin de créer ce que les transhumanistes appellent des « humains augmentés ».

Que veulent les transhumanistes ?

Le scientifique britannique spécialiste de la cybernétique, Kevin Warwick illustre bien cette volonté : autoproclamé « premier cyborg de l'histoire de l'humanité », il s'est implanté lui-même des puces électroniques afin de communiquer avec des ordinateurs et des machines en utilisant uniquement son système nerveux. Mais il ne s’arrête pas là, il travaillerait actuellement à la mise au point d'une puce qui, implantée dans le cerveau, permettrait à deux êtres humains de communiquer par télépathie.

Dans ce contexte, l’acquisition de Google n’est pas anodine. Fondée il y a un an par le professeur de l’université de Toronto, Geoffrey Hinton et deux de ses anciens élèves, Ilya Sutskever et Alex Krizhevsky, DNNresearch va aider Google à trouver comment les machines pourrait répondre au mieux aux utilisateurs. Quelques mois plus tôt, la firme américaine avait embauché Raymond Kurzweil, l’un des personnages les plus emblématiques du transhumanisme, un homme qui prédit depuis des années qu’un miracle va se produire après 2030, plus précisément autour de 2045. Vers l’avènement d’une nouvelle humanité ?

Faut-il s’en inquiéter ?

Dans l'idée il s'agit bien d'un progrès, mais je ne peux pas m’empêcher de regarder ces avancées sans inquiétude. Libérer la race humaine de la contrainte biologique est-ce un idéal en soit ? Les tranhumanistes souhaitent prendre ce qu’il y a de meilleur en l’homme et le sublimer par la technique : rendre les hommes plus forts, plus intelligents, moins enclins à la violence, des hommes sans défauts physiques, intellectuels ou psychologiques. Mais le meilleur de l’homme ne réside-t-il pas justement pas dans sa capacité à se calmer après une colère, à demander pardon quand il a fait de la peine, bref à se relever quand il tombe ?

Qui peut souhaiter une société où l’imperfection n’a pas sa place ? Dans un monde sans violence, où les passions et les émotions sont régulées, contenues par la technique, où les artistes trouveront-ils leurs inspirations ? De Musset écrivait : « Ah! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie. C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour ; c'est là qu'est le rocher du désert de la vie...» Alfred reviens, il sont devenus fous !

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