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Bombardements en Irak: ce qu’en pensent les Américains

L’armée américaine a lancé des attaques de drones en Irak sur des positions de l’Etat islamique. Une nouvelle intervention dans un pays qui ne cesse d’être un sujet de débat aux Etats-Unis entre interventionnistes et modérés.

Depuis vendredi, les Etats-Unis bombardent des positions d'artillerie de l'Etat islamique en Irak. Crédit : Shutterstock

Depuis vendredi 8 août, l’armée américaine intervient une nouvelle fois militairement en Irak. Le président Barack Obama n’a pas envoyé de troupes au sol, mais a décidé de bombarder des positions d’artillerie de l’Etat islamique qui menaçait les Américains présents à Erbil et les réfugiés qui cherchent la protection des Kurdes dans le nord.

Mission de défense et non d’attaque

Sur la chaîne conservatrice Fox News, le général Jack Keane a tout d’abord expliqué que cette opération visait à défendre les Américains sur place ainsi que les réfugiés persécutés par l’EI et non à faire chuter le nouveau régime. Une précision importante qui a valu les critiques d’une partie des républicains, comme l’ancien candidat à la présidence John McCain. Celui qui est redevenu sénateur dans l’Arizona après sa défaite en 2008 a appelé avec un autre républicain à aller plus loin et s’attaquer aux dirigeants de l’EI : "Il devraient y avoir des frappes aériennes contre les leaders de l’EI, ses combattants et ses positions en Irak et en Syrie"

Le conservateur The Washington Post se positionne sur la même ligne et pose la question par l’intermédiaire de sa journaliste Jennifer Rubin, qui cite l’homme politique John R. Bolton, un proche de George W. Bush : "Le problème n’est pas l’Irak, mais tout le Moyen-Orient" Pourquoi ne pas agir en Syrie ? Pourquoi ne pas tout faire pour éradiquer l’Etat islamique qui menace les Etats-Unis et ses alliés ? Pourquoi annoncer une date de retrait des troupes d’Afghanistan et répéter les erreurs de l’Irak"

The New York Times s’interroge également sur les "réticences" du président américain à intervenir. Le quotidien rappelle que Obama a en partie été élu sur la promesse de retirer les troupes d’Irak, mais note que certains dans le camp démocrate ne sont pas contre une implication plus importante dans le conflit, comme le député Adam Smith qui considère que "les Kurdes méritent d’être aidés et défendus" Le NYT conclu en rappelant que Obama a laissé la porte ouverte dans son discours lorsqu’il a précisé que dans ce conflit, "je crois que les Etats-Unis ne peuvent pas détourner les yeux"

Ironie

Certains pointent aussi l’ironie de la situation. Les Etats-Unis étaient censés avoir apporté la démocratie en Irak alors que le pays ne s’en est trouvé que plus déséquilibré. Le site Quartz explique notamment que l’armée américaine se retrouve dans une situation aberrante où elle doit bombarder le matériel qu’elle a elle même fourni à l’Irak et qui est tombé aux mains de l’EI. Ces premiers bombardements "donnent une indication sur la complexité et la difficulté de la tâche qui attend les Américains"

Dans The Nation, marqué à gauche en politique, la question est "pourquoi est-ce que cette aide se limiterait-elle au Kurdistan". Pour la journaliste, "la cause humanitaire est soulevée une nouvelle fois dans la longue tradition qui vise à ajouter un côté moral à des opérations militaires" Elle rappelle également que le débat sur un réengagement des troupes américaines en Irak fait rage depuis des mois, et qu’il paraît peu plausible que le conflit actuel soit réglé avec quelques frappes aériennes.

Finalement, le magazine The Time exprime les inquiétudes concernant des représailles possibles de l’EI sur les Américains. Il rappelle que "l’EI a depuis longtemps ouvertement menacé l’Amérique" L’hebdomadaire cite plusieurs sources du renseignement qui expriment des "inquiétudes" sur le fait que l’EI pourrait mettre sur sa liste des "grandes priorités l’attaque d’Américains."

Sur le terrain, une réalité incontestable : sous l'effet des premières frappes américaines, les terroristes islamo-fascistes de l'Etat islamique ont perdu du terrain au profit des forces kurdes et de l'armée régulière irakienne. Un premier soulagement pour les minorités chrétiennes et yazidis, premières victimes de l'ambition génocidaire de l'EI. 

 

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