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PAS DE PANIQUE

Chine: «Le ralentissement de la croissance n'a rien d'inquiétant»

La croissance économique de l'Empire du Milieu a décéléré au premier trimestre à 7,4%, son rythme le plus faible depuis un an et demi, selon les statistiques officielles publiées mercredi 16 avril. Décryptage avec Françoise Lemoine, économiste spécialiste de la Chine.

Un ouvrier chinois dans une fonderie du Yunnan, au sud-ouest de la Chine (Photo: Marie Slavicek).

JOL Press : Que dire du taux de croissance annoncé par Pékin ?
 

Françoise Lemoine : La croissance économique chinoise est descendue à 7,4% au premier trimestre, en-dessous des 7,7% de progression du PIB enregistrés au cours du trimestre précédent et sur l'ensemble de l'année 2013. Ce chiffre est aussi légèrement inférieur à l'objectif de 7,5% de croissance en 2014. Ce ralentissement concerne tous les indicateurs : activité industrielle, investissements, immobilier, exportations, salaires etc.

JOL Press : A quoi est due cette décélération ?
 

Françoise Lemoine : Pékin applique une politique monétaire restrictive, qui vise à mettre fin à une croissance financée par l'emprunt. Aujourd'hui, la Chine veut endiguer les dettes publique et privées. L'Etat entend aussi calmer la bulle immobilière, obliger les entreprises à se restructurer et réduire les surcapacités qui se sont développées dans de nombreux secteurs. L'idée étant d'avoir une croissance moins forte mais plus saine et plus durable.

Un autre élément explique ce ralentissement : la faiblesse de la demande internationale. Au premier trimestre, les exportations ont reculé de 3,4% sur un an et les importations ont crû de 1,6%, donnant un excédent commercial de 16,7 milliards de dollars (-60% sur un an).

JOL Press : L'économie chinoise est-elle en train de s'essouffler ?
 

Françoise Lemoine : Certains analystes estiment que la croissance chinoise est un peu en deçà des chiffres annoncés par Pékin. Mais si on part du principe que la progression du PIB tourne autour de 7,5%, cela reste très raisonnable. Compte tenu du niveau de développement atteint, l'Empire du Milieu ne connaîtra plus de taux de croissance à deux chiffres.

De plus, il faut prendre en compte la situation démographique du pays qui fait qu'il n'y a pas de dégradation du marché de l'emploi. Depuis 2010, la population en âge de travailler stagne, elle va même diminuer dans les années à venir. Résultat : la Chine a moins besoin de créer des emplois. Et même si la progression des salaires ralentit, elle continue.

JOL Press : A quoi peut-on s'attendre dans les années à venir ?
 

Françoise Lemoine : Il est peu probable que la progression du PIB tombe en-dessous des 7,5%. Le gouvernement dispose de suffisamment de marges de manœuvre pour relancer l'économie si la croissance ralentit trop. Il pourra par exemple assouplir la politique monétaire, autoriser les entreprises à emprunter davantage, mettre en place des politiques fiscales pour doper les exportations etc.

Même si la Chine nous avait habitué à des taux de croissance de 10%, la situation est loin d'être catastrophique. Le contexte a changé par rapport aux années 80 / 90, au moment où il fallait créer de l'emploi pour les millions de personnes qui migraient des campagnes vers les villes.

Lorsque la croissance de la Chine est mirobolante, on a tendance à dire que son économie est en surchauffe. A l'inverse, lorsque l'économie chinoise décélère, on a tendance à dire que le pays s'essouffle. Je crois qu'il faut garder une appréciation modérée de la progression du PIB en Chine. Le ralentissement auquel nous assistons est tout à fait naturel.

Propos recueillis par Marie Slavicek pour JOL Press

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Françoise Lemoine est économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) et chercheur associé au Centre d'études sur la Chine moderne et contemporaine (EHESS). Elle a notamment écrit L'économie de la Chine (La Découverte, 2006) et L'économie des BRIC avec Andrea Goldstein (La Découverte, 2013).

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