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Cigéo, un projet adaptable et en différentes étapes

laboratoire Cigéo à Bure
laboratoire Cigéo à Bure

Dans la commune de Bure dans la Meuse, le projet Cigéo a pour objectif d'assurer le stockage géologique et à long terme des déchets les plus radioactifs, représentant actuellement près de 4% du total des déchets nucléaires en France. Pensé en plusieurs étapes progressives, ce centre de stockage géologique offre en ce sens une capacité d’ajustement et de réversibilité qui permettra aux générations futures de réagir en fonction des éventuels progrès technologiques enregistrés dans le traitement ou le stockage des déchets nucléaires. Un projet critiqué au demeurant bien qu’il soit pourtant indispensable…

Cigéo, premier projet français de stockage profond

Selon les chiffres de l'édition 2015 de l’Inventaire national de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), la quantité de déchets nucléaires produits en France a relativement peu augmenté ces dernières années. Le démantèlement progressif des centrales nucléaires après 2020, consacré dans la loi de transition énergétique, devrait toutefois accentuer cette tendance et entraîner à terme une hausse significative des matières et déchets radioactifs dans l’Hexagone. Toutes les estimations montrent en effet que leur quantité augmentera de façon importante dans les années à venir pour atteindre 1,8 million de mètres cubes fin 2020, puis 2,5 millions de mètres cubes fin 2030.

90% de ces déchets (les déchets radioactifs très faible, faible ou moyenne activité à vie courte), font d’ores et déjà l’objet d’une solution industrielle de gestion et de traitement efficiente en surface. En revanche, 4% (regroupant pour l’essentiel des déchets hautement radioactifs et moyennement radioactifs à vie longue), ne peuvent être stockés de la même manière. Ils nécessitent la réalisation d’un centre industriel de stockage géologique. Premier projet français de stockage profond de déchets radioactifs, le centre Cigéo est prévu à cet effet. Il aura pour objectif d’accueillir l’ensemble des déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL), issus de l’exploitation des centrales françaises, et dont 43.000 m3 sont déjà entreposés en surface dans les centres de La Hague, Marcoule et Cadarache. Avec Cigéo, ils seront placés dans des installations souterraines à 500 mètres de profondeur, constituées d’une roche argileuse choisie pour ses hautes qualités de confinement, et pourront être conservés sans risque pendant plus d’un million d'années, le temps que leur radioactivité diminue.

Un développement étape par étape

Validé une première fois en 2006 après plus d’une décennie d’études et d’analyses, ce principe de stockage géologique a été confirmé le 11 juillet 2016 par le Parlement dans le cadre d’un projet de loi consacrant le principe de réversibilité et précisant le nouveau calendrier à suivre. Adopté sans modification, ce texte organise donc le débat public et laisse jusqu’en 2019 à l’Andra pour déposer la Demande d'autorisation de création (DAC) indispensable à la concrétisation du projet. La dernière décision d'exploitation de Cigéo reviendra donc au pouvoir exécutif qui prendra ou non, ce décret d'autorisation de création, après une enquête publique, le tout sous le contrôle de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En attendant, l’Andra poursuit ses études afin de compléter la DAC de Cigéo et de fiabiliser la mise à disposition d’une solution de gestion pérenne et sûre. L'agence travaille pour cela de concert avec le groupe EDF et l'ensemble des producteurs de déchets de manière générale (Areva et le CEA).

Une fois cette phase prospective achevée et validée par l’Etat, une phase industrielle pilote sera mise en œuvre dès 2025 pour une période d’environ cinq ans, et permettra de réaliser des opérations d'essai de stockage (de colis inactifs dans un premier temps), afin de préparer la montée en régime de l'exploitation. En cas de succès, le centre de stockage Cigéo pourrait voir son installation démarrer à l'horizon 2030 et poursuivre son extension par tranches successives jusqu’à atteindre sa capacité maximale évaluée aujourd’hui à plus de 85.000 mètres cubes de résidus radioactifs (10.000 m3 de déchets HA et 75.000 m3 de déchets MA-VL). L’Andra a en effet choisi dans le cadre de ce projet un processus de développement par étapes, indépendantes les unes des autres, permettant une adaptabilité maximale de l’installation au fur et à mesure des décennies et des progrès technologiques à venir. Comme l’explique Frédéric Launeau, directeur du projet Cigéo au sein de l’Andra, "Chaque tranche contraint peu les suivantes. Sur le siècle que dureront l’exploitation et la construction progressive de Cigéo, les améliorations rendues possibles par les progrès scientifiques et techniques ainsi que par le retour d’expérience seront intégrées aux tranches suivantes dans une optique d’amélioration incrémentale, étape par étape, de l’installation".

Un projet qui s’adapte et se construit au fil des générations

Prévu pour être exploité pendant les cent prochaines années, avant d’entrer dans une phase de surveillance, le centre Cigéo garantit, via ce processus de construction progressif, le respect du principe de réversibilité consacré dans la loi. Ce principe, défini dans le texte comme "la capacité, pour les générations suivantes, soit de poursuivre la construction puis l'exploitation des tranches successives d'un stockage, soit de réévaluer les choix définis antérieurement et de faire évoluer les solutions de gestion", offre aux générations futures le choix sur la suite à donner à l'exploitation en termes de techniques et de gouvernance.

La phase industrielle pilote permettra dans ce cadre de s’assurer de la flexibilité de l’installation et de notre capacité à retirer les colis de déchets stockés dans Cigéo dans 20, 50 ou 100 ans au cas où d’autres techniques plus efficaces auraient été mises au jour. Une possibilité qu’il faut envisager bien sûr mais sur laquelle on ne peut raisonnablement pas s’appuyer aujourd’hui avec certitude. Qui peut savoir en effet si les techniques de traitement et de stockage auront progressé dans les prochaines décennies et si les générations suivantes seront plus aptes que nous le sommes actuellement à gérer ce type de défis ? La mise en service d’un centre comme Cigéo relève donc ici du simple principe de précaution et de notre responsabilité envers les prochaines générations. N’oublions pas que la France produit plus des trois quarts de son électricité à l’aide des centrales nucléaires et que cette énergie bon marché et décarbonée conservera vraisemblablement une place de premier ordre dans notre mix énergétique futur. Nous avons construit ces centrales et profitons de leur énergie, c’est donc à nous qu’il incombe d’organiser la gestion des déchets qui résultent de leur exploitation. Il serait d’ailleurs bien inconscient (pour ne pas dire égoïste) de léguer aux générations futures la charge de nos déchets sans proposer aucune solution même temporaire. Ne rien faire et fermer les yeux devant cette réalité objective, reviendrait tout simplement à tourner le dos aux prochaines générations en leur souhaitant bon courage !

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