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CENTENAIRE DE LA GRANDE GUERRE

«De boue et de larmes»: une expo saisissante sur la vie des poilus

Le président François Hollande lance, jeudi 7 novembre, les commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale. Pendant cinq ans, expositions, rencontres, collecte d’archives et de documents viendront rallumer la flamme de la mémoire collective de la Grande Guerre. Parmi les projets mis en place dans le cadre de ces commémorations, une exposition, « De boue et de larmes... », vise à faire vivre au spectateur le quotidien des poilus dans l’enfer des tranchées.

« Verdun - blessé dans la boue » (légende d'origine). Crédit photo : exposition « De boue et de larmes... »

Jeudi 7 novembre, François Hollande annoncera le programme officiel des célébrations du centenaire de la Première Guerre mondiale depuis l’Élysée. L’organisation de ces commémorations de grande ampleur a été confiée à la mission interministérielle « Mission Centenaire 14-18 ».

Dans le cadre du lancement des célébrations du centième anniversaire de la Grande guerre, Raphaël Confino (muséographe) et Michaël Draï (conseiller en communication) ont mis en place une exposition baptisée « De boue et de larmes... », qui rassemble une vaste collection de photographies d’époque prises en relief sur le front, en grande partie par les Services Photographiques des Armées, grâce au procédé de la stéréoscopie [cf. infos pratiques].

Une collection photographique exceptionnelle

« Nous sommes, avec mon associé Raphaël Confino, passionnés de photographies stéréoscopiques d’époque, et nous avons une collection exceptionnelle d’images en 3D que nous souhaitions mettre à disposition du public », explique à JOL Press Michaël Draï.

« Raphaël était déjà un grand collectionneur et il m’a passé le "virus". Je me suis moi aussi mis à collectionner depuis une dizaine d’années et, ensemble, nous avons constitué une grosse collection. Nous avons acheté ces documents un peu partout : chez des antiquaires, des brocanteurs, à des particuliers et sur Internet », ajoute-t-il.

Les organisateurs de l’exposition ont également reçu l’appui et le conseil d’historiens, et le label de la « Mission centenaire 14-18 », une caution non seulement historique mais aussi de qualité, rappelle M. Draï.

Voir à travers les yeux d’un poilu

À travers les bornes stéréoscopiques mises à disposition du visiteur, et grâce à un travail de lumière fait sur chaque image, le spectateur pourra ainsi découvrir, en relief, la vie quotidienne des combattants dans les tranchées, et « voir ce que ces hommes ont vu exactement comme ils l’ont vu », précise le conseiller en communication.

« In fine, cela invite à réfléchir sur ce que représente une guerre pour ceux qui la font. L’ambition de cette exposition, c’est que le visiteur, en sortant, ne regarde plus jamais de la même manière les monuments aux morts et leurs longues listes de combattants tués sur le front », explique Michaël Draï. « Je crois que l’on n’imagine pas ce qu’ils ont vécu ».

Installation de l'exposition conçue pour les Rendez-Vous de l'Histoire, Blois, octobre 2013. Crédit photo : exposition « De boue et de larmes... »

« Les poilus ont baigné dans la boue et les larmes »

Le titre de l’exposition, « De boue et de larmes... », évoque le quotidien des poilus et l’enfer vécu dans les tranchés. « Plus je regarde ce titre, et plus je me dis qu’il ne pouvait pas y en avoir d’autre », estime Michaël Draï.

« Cela symbolise bien, avec le plus de réserve possible, ce qu’ont vécu les combattants pendant quatre ans. Nous avons récolté des témoignages où les poilus racontent qu’ils n’arrivent même plus à marcher, tellement il y a de boue. Les larmes sont celles de la tristesse, de la douleur, de l’éloignement de leur famille, de la perte de confiance en l’humanité – parce que ce qu’ils ont vu leur a fait perdre toute croyance, toute confiance en l’homme. Je crois qu’ils ont véritablement baigné dans la boue et les larmes pendant toutes ces années ».

Regards croisés

Si l’objectif des organisateurs de l’exposition était que les visiteurs aient également, en sortant de l’exposition, une pensée pour tous ceux qui sont tombés pour la France, ils ont également tenu à montrer dans l’exposition les regards croisés entre Français et Allemands.

« On se rend compte que les Allemands ont vécu exactement la même chose », explique M. Draï, qui cite un extrait d'un témoignage d’un père allemand. À son fils qui lui demandait de lui ramener un casque de soldat français, celui-ci répond : « ne me demande pas de faire ça. Imagine qu’en face, un petit garçon de ton âge demande à son père français de lui ramener un casque allemand, et que ce casque, c'est le mien… ».

« Des réactions fortes »

L’exposition sera présentée à l’Élysée jeudi 7 novembre lors du lancement du programme officiel du centenaire de la Grande Guerre par François Hollande. « On attend que le Président passe un moment riche en émotion », déclare M. Draï qui rappelle qu’à Blois, où une partie de l’exposition a déjà été présentée au mois d'octobre, ils ont eu « des réactions très fortes ».

« Des généraux cinq étoiles restaient stupéfaits par certaines images, des élèves qui ne s’étaient jamais intéressés à ces sujets ont commencé à poser beaucoup de questions à leurs professeurs, une femme s’est levée sans un mot et une larme coulait sur son visage… Nous avons eu des réactions incroyables, parce que ces images sont vraiment puissantes », indique-t-il.

Après l’Éysée, l’exposition sera présentée au Salon des Maires et des Collectivités Territoriales du 19 au 21 novembre à la Porte de Versailles à Paris. Elle sera ensuite itinérante à travers la France, du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2018.

Visite virtuelle de l'exposition :

Informations pratiques

Apparue en même temps que la photographie au milieu du XIXème siècle et présente sur tous les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, la stéréoscopie est un procédé photographique en relief qui permet de reproduire les conditions de la vision humaine.

Pour cela, un appareil à deux objectifs prend simultanément deux photos. L’une pour l’œil gauche, l’autre pour l’œil droit. Les deux photos sont ensuite vues grâce à un système de visionnage spécial (borne stéréoscopique, image lenticulaire, écran 3D) qui permet à chaque œil de ne voir que la photo qui lui est destinée. Le cerveau reconstitue ensuite automatiquement le relief, comme si le spectateur assistait directement à la scène.

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