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FACTURE SALÉE

L'économie, victime collatérale de l'épidémie d'Ebola

Le virus Ebola continue de se propager en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Plus le nombre de victimes augmente, plus l'économie de ces pays souffrent. Selon un récent rapport de la Banque Mondiale, les conséquences de cette crise sanitaire pourraient être catastrophiques sur les économies nationales de la région.

Photo : UNICEF Liberia/Flickr / cc

Le cap des 4 500 victimes du virus Ebola s’apprête à être franchi. L’Organisation mondiale de la Santé, qui publie régulièrement un bilan du nombre de victimes de cette fièvre hémorragique qui ravage l’Afrique de l’Ouest, est pessimiste quant à l’évolution de l’épidémie et estime désormais que la barre des 9 000 cas devrait être franchie cette semaine.

Croissance en berne dans les pays touchés par Ebola

Toutefois, l’OMS apporte une touche d’optimisme à ce macabre bilan en affirmant que, par endroits, les observateurs constatent "un ralentissement de l’épidémie", selon les termes employés par le directeur adjoint de l’organisation.

Si le nombre de cas augmentent jour après jour, le rythme aurait donc tendance à diminuer.

Or si le nombre de malades et de victimes continue d’effrayer le monde, il est une conséquence secondaire qui apporte elle aussi son lot de mauvaises nouvelles, celui du cout économique de l’épidémie.

Après plusieurs mois de crise, les régions touchées souffrent désormais d’un ralentissement économique notoire qui laisse présager une baisse de la croissance et du PIB des pays touchés.

La Banque Mondiale s’inquiète

Pourtant, rappelle Le Figaro, il s’agissait de "la région la plus prometteuse du continent noir". "Avant que le virus Ebola fasse son irruption dans la région, l’Afrique de l’Ouest battait tous les records de prévisions de croissance pour 2014 et 2015", explique le quotidien.

Désormais, et selon un récent rapport de la Banque Mondiale, le coût économique de l’épidémie pourrait dépasser 32 milliards de dollars à la fin de l’année 2015, dans le cas où l’épidémie s’étende hors des frontières des trois pays touchés qui sont la Guinée, le Libéria et la Sierra-Leone.

Dans ce rapport, publié le 8 octobre, la Banque Mondiale estime ainsi que "si l’épidémie devait frapper un nombre important de personnes dans les pays voisins, dont certains ont des économies bien plus importantes, l’impact régional financier sur deux ans pourrait atteindre 32,6 milliards de dollars à la fin 2015".

Selon ce même rapport, le PIB de la Guinée pourrait baisser à 2,1% cette année contre 3,3% en Sierra Leone et 3,4% au Libéria, ce qui représente une perte de 359 millions de dollars.

"L’impact est déjà mesurable en terme de perte de production, de hausse du déficit fiscal, d’inflation en hausse, de baisse du revenu réel des ménages et de plus grande pauvreté", indiquent ainsi les experts de la Banque mondiale.

Certains secteurs frappés de plein fouet

Dans l’économie de ces pays africains, si tous les secteurs sont affectés par la crise Ebola, certains souffrent davantage de l’épidémie.

C’est le cas des compagnies aériennes. Les Echos expliquent ainsi que "s’il est trop tôt pour mesurer l’impact sur les destinations concernées au premier chef, à commencer par la Guinée [...] tout laisse à penser qu’il y en aura un".

"Les marchés ne s’y trompent d’ailleurs pas, ­puisque, sur les quatre premiers jours de la semaine dernière, toutes les valeurs aériennes étaient chahutées", expliquent Les Echos qui rappellent qu’Air France-KLM a perdu 14% en bourse contre 10% pour Ryanair et 10% pour la compagnie Lufthansa.

Chez les voyagistes, les avis sont partagés. Si certains comme TUI France ou la Maison de l’Afrique ne sentent pas encore les contrecoups de l’épidémie, d’autres tels que Voyageurs du Monde souffrent déjà des conséquences d’Ebola, "et pas seulement pour l’Afrique de l’Ouest", notent les Echos.

"Les réservations chutent en effet de 30% à 40% sur l’Afrique du Sud. [...]Voyageurs du Monde a perdu plus de 4 % en Bourse vendredi, en dépit d’un portefeuille de destinations très diversifié".

Le tourisme est bien entendu un des premiers secteurs en berne depuis le début de l’épidémie et en Guinée, le secteur hôtelier a déjà admis souffrir largement de cette crise. Ainsi, selon L’Express Guinée, "le secteur hôtelier guinéen est gravement touché par la persistance d'Ebola avec une baisse de presque 10% du nombre de clients".

Les entreprises internationales désertent la région

Certaines entreprises internationales ont d’ores et déjà annoncé renoncer à certains projets dans la région. C’est le cas de l’américain ExxonMobil qui "vient d'annoncer le report d'un projet d'exploration de pétrole au Liberia et des restrictions sur les voyages de ses employés", explique Le Figaro.

"China Union, deuxième compagnie pour l'acier, qui visait une production de 2,4 millions de tonnes en 2014, a stoppé net son activité à Monrovia", ajoute encore le quotidien

La France n’est pas épargnée par la peur généralisée de cette épidémie et pourtant les entreprises françaises, dont beaucoup sont installées à Conakry, en Guinée, n’ont pas encore montré de signes de désertion.

"Nous rappelons que les conditions de transmission sont très limitées", explique ainsi Philippe Gauthier du Medef International pour Le Figaro.

Il est encore temps d’éviter la catastrophe

Si la Banque Mondiale n’hésite pas à qualifier cette situation de "catastrophique", elle estime toutefois que si des mesures sont prises, les répercussions de l’épidémie pourraient être limitées.

L’organisme met ainsi en avant le "facteur peur" qui aggrave fortement la fermeture des frontières des pays voisins et limitent les échanges commerciaux.

La Banque mondiale estime alors que, comme au Sénégal ou au Nigeria où l’épidémie a rapidement été contenue, il pourrait en être de même au Liberia, en Guinée et au Sierra Leone si une réponse politique "déterminée" est adoptée.

"La communauté internationale doit trouver les moyens de contourner les obstacles logistiques et transporter plus de docteurs et de personnels médicaux, plus de lits d’hôpitaux et plus d’assistance sanitaire et d’aide au développement pour stopper Ebola", a ainsi déclaré Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale, dans un communiqué.

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