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Indépendance: l'Écosse a-t-elle à y gagner?

Entretien avec Nathalie Duclos, spécialiste de la politique écossaise et maître de conférences à l'Université Toulouse 2- Jean Jaurès.

Les Ecossais se prononcent jeudi 18 septembre sur l'indépendance de leur nation. Monnaie, banques, pétrole, défense, appartenance à l'Union européenne : JOL Press passe en revue les principaux enjeux de ce référendum afin d'esquisser les contours d'une Ecosse indépendante.

Le Scottish National Party soutient que l'Ecosse indépendante serait le 14e pays le plus riche au monde. (Crédit : Shutterstock)

 

JOL Press : En cas d'indépendance, le Premier ministre écossais Alex Salmond veut conserver la livre sterling et instaurer une union monétaire entre l'Ecosse et le Royaume-Uni. Mais Londres a déjà opposé un "non" catégorique. Quelle menace ce refus fait-il peser sur l'Ecosse ?

 

Nathalie Duclos : Ce que Londres refuse, c’est d’entrer dans une union monétaire avec une Ecosse indépendante. Mais Londres ne peut empêcher l’Ecosse d’utiliser la livre sterling. Tout pays est libre d’utiliser la monnaie qu’il veut.

Pour les nationalistes, il y a deux possibilités : soit l’Ecosse utilisera la livre avec l’accord de Londres et au sein d’une union monétaire avec celle-ci ; soit l’Ecosse utilisera la livre sterling contre la volonté de Londres et en dehors d’une union monétaire - de la même manière que certains pays sud-américains utilisent le dollar américain sans être dans une union monétaire avec les Etats-Unis.

Si l’Ecosse n’arrive pas à convaincre Londres de signer une union monétaire, elle risque de voir son autonomie limitée car, dans ce cas là, elle utiliserait la monnaie d’un autre pays (le Royaume-Uni), qui se trouve de ce fait contrôlée par la Banque centrale de ce pays-ci (la Banque d’Angleterre). C’est donc la Banque centrale d’un autre pays qui pourrait être amenée à contrôler la politique monétaire de l’Ecosse, et donc, par extension, sa politique fiscale.

Le risque pour l’Ecosse d’utiliser la livre sterling sans l’accord de Londres est, par conséquent, de voir sa politique monétaire et fiscale contrôlée par une banque d’Angleterre sur laquelle elle n’a plus aucun contrôle.

JOL Press : Dans quelles proportions l’Ecosse indépendante s’enrichirait-elle de ne plus partager ses revenus pétroliers avec Londres ?

 

Nathalie Duclos : Les revenus pétroliers sont très fluctuants d’année en année, donc on ne peut donner de chiffres précis.

Ce qui est sûr, par contre, c’est que plus de 90% du pétrole britannique se situe dans les eaux écossaises. C’est par conséquent plus de 90% des revenus fiscaux que touche actuellement le Royaume-Uni qui lui échapperait et qui irait dans les caisses écossaises.

(Lire à ce propos : L’indépendance de l’Écosse: jackpot pétrolier ?)
 

JOL Press : Les actifs des banques écossaises représentent douze fois le PIB du pays. L’Ecosse indépendante aurait-elle les moyens, en cas de crise financière, de voler au secours de ces établissements ?

 

Nathalie Duclos : C’est un argument clé des opposants à l’indépendance, pour dire que l’Ecosse ne pourrait pas survivre indépendamment du reste du Royaume-Uni.

La réponse que donnent les nationalistes est que l’Ecosse indépendante sera dans une union monétaire avec le reste du Royaume-Uni, que leur banque centrale restera donc la banque d’Angleterre et que celle-ci pourra donc servir de prêteur en dernier ressort pour l’Etat écossais et pour les banques écossaises - comme elle le faisait avant l’indépendance. Encore faut-il, bien sûr, que le Royaume-Uni accepte cette union monétaire…

JOL Press : Le Scottish National Party a d'ores et déjà annoncé que les quatre sous-marins nucléaires britanniques Trident devraient quitter la base de Faslane (ouest de l’Écosse) d'ici à 2020 en cas d’indépendance du pays. Quel impact cette décision aurait-elle sur l’économie locale ?

 

Nathalie Duclos : Le principal impact est en termes d’emplois. La question est de savoir ce que l’on fait de cette base dans l’hypothèse d’un départ des sous-marins nucléaires.

Ce que proposent les nationalistes, c’est de garder la base et de la reconvertir en une base de défense "traditionnelle", qui ne soit pas nucléaire. Mais il est vrai que leur projet de défense reste pour l’instant à l’état d’ébauche.

JOL Press : En cas d’indépendance, l’Ecosse resterait-elle membre de l’Union européenne ?

 

Nathalie Duclos : La question qui se pose est de savoir comment va réagir l’Union européenne à ce cas inédit qui est la sécession d’une partie d’un Etat déjà membre de l’UE.

Deux scénarios sont possibles : soit l’Union européenne considère que l’Ecosse est un nouvel Etat qui doit candidater ; soit elle considère que l’Ecosse indépendante est un Etat successeur de l’actuel Royaume-Uni, au même titre que le reste du Royaume-Uni, et que l’Ecosse devra donc seulement négocier les conditions de son maintien, et non plus les conditions de son adhésion.

On voit mal selon quel argument, selon quel critère, un pays comme l’Espagne [pour qui la question de l’indépendance est ultra sensible en raison des revendictions catalanes, ndlr] pourrait justifier un veto à la candidature de l’Ecosse alors que celle-ci serait devenue indépendante après un référendum démocratique, validé par Londres. Il serait très difficile pour un pays d’imposer son veto à un tel processus démocratique.

JOL Press : Au vu des points évoqués plus haut, l’Ecosse a-t-elle à gagner à accéder à l’indépendance ?

 

Nathalie Duclos : Je suis assez convaincue par l’argument nationaliste qui consiste à dire que l’Ecosse ne pourra que bénéficier du fait que la politique économique du gouvernement sera plus adaptée à ses besoins qu’aujourd’hui, où la politique du gouvernement est forcément décidée à Londres et doit donc prendre en considération l’ensemble des besoins des Britanniques, et non pas seulement ceux des Ecossais.
 

Propos recueillis par Coralie Muller pour JOL Press.
 

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Nathalie Duclos est spécialiste de la politique écossaise est maître de conférences au Département d’anglais à l’Université de Toulouse 2- Jean Jaurès.
 

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