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ESPIONNAGE DE LA POPULATION

Affaire Snowden: les Etats-Unis sont-ils devenus un Etat policier?

Les Etats-Unis espionnent la France dans son ambassade de Washington, rien de nouveau. Mais qu’en est-il de la France ? Comment espionnent-elles ses amis et ses ennemis ? Réponse avec Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement.

Photo : _mixer_/Flickr / cc

L’espionnage entre Etats amis ? L’affaire n’est pas nouvelle. Espionner ses ennemis, ses alliés, fait partie intégrante des relations internationales et en cela, les révélations d’Edward Snowden n’ont absolument rien d’inédit.

La France ne fait d’ailleurs pas exception à la règle. Mais pour Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), le véritable scoop révélé par l’affaire Snowden réside dans l’inédit de l’espionnage, par Washington, des citoyens américains.

Pourquoi les Etats-Unis surveillent-ils leurs alliés ?
 

Eric Denécé : C’est une grande naïveté que de croire que ce type d’espionnage est nouveau ou inédit. Tous les pays pratiquent les mêmes méthodes et l’espionnage entre véritablement dans le cadre des relations internationales et de tout l’arsenal mis en place par chaque Etat pour surveiller son entourage.

Les Etats espionnent tout le monde, leurs ennemis, mais bien entendu aussi leurs amis.

Evidemment, les Etats-Unis mettent en œuvre des moyens beaucoup développés que le reste des pays du monde. D’une part parce qu’ils ont plus de moyens et d’autre part parce qu’ils sont animés par une puissante volonté hégémonique.

Pourquoi la France est-elle particulièrement observée ?
 

Eric Denécé : Sur un plan économique, nous gênons régulièrement les Etats-Unis. La France a des ambitions en termes d’aéronautique, d’aérospatial, des secteurs sur lesquels les Etats-Unis aimeraient bien être à la pointe.

En termes de diplomatie, les Etats-Unis ont, par exemple, été particulièrement attentifs à la France lorsque les relations franco-américaines se sont détériorées alors que le président français Jacques Chirac refusait de suivre son homologue George W. Bush pour intervenir en Irak.

Finalement, la France reste un acteur majeur des relations internationales et donc un allié qu’il faut surveiller de près.

Espionner les autres pays est donc une procédure tout à fait classique ?
 

Eric Denécé : Absolument. Tout le monde pratique ces méthodes, dans des proportions plus ou moins importantes.

En termes d’espionnage et de renseignements, et en fonction des pays, les ordres varient de 1 à 100 par rapports aux moyens mis en œuvre par les Etats-Unis

Quand la France, tout comme de nombreux pays européens, orientent leurs services vers la lutte contre le terrorisme, la guerre en Côte d’Ivoire ou encore le conflit au Mali, les Etats-Unis ont les moyens de surveiller tout le monde et tout le temps.

Qu’en est-il de la France ? Quels sont les moyens que le gouvernement met en œuvre ?
 

Eric Denécé : Cela dépend des directives du gouvernement. En ce moment, au sein de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), environ 2 500 personnes travaillent exclusivement au renseignement et à l’espionnage électronique des pays étrangers, ce qui représente la moitié des effectifs complet de ce service de l’Etat.

En Grande Bretagne, ces effectifs sont multipliés par 2,5 tandis qu’aux Etats-Unis, on estime qu’ils sont multipliés par 30 ou 40.

Quelles sont les techniques d’espionnage les plus fréquemment utilisées ?
 

Eric Denécé : Tout dépend de l’objectif à atteindre. On espionne en fonction de ce que l’on recherche. Les services d’espionnage pourront alors écouter les communications radio, téléphoniques, qu’il s’agisse des téléphones satellitaires, GSM etc.

Mais également les communications internet, les SMS, les MMS. Ces moyens peuvent être mis en œuvre depuis le pays espion.

Mais lorsqu’il s’agit d’espionner une réunion, il faudra alors installer des micros dans la pièce ou encore écouter de l’extérieur. Les moyens à disposition des Etats sont très nombreux.

Qu’en est-il de la légalité de cet espionnage ?
 

Eric Denécé : Bien entendu tout est illégal, mais puisque tout le monde le fait, personne n’est regardant.

Lorsque la France espionne les conversations des djihadistes au Sahel, ou encore au Pakistan, même si l’objectif à atteindre est légitime, la pratique est illégale.

Le problème, aux Etats-Unis, réside dans le fait que les moyens mis en œuvre sont décuplés et finalement, de ce qui ressort de l’affaire Snowden, l’important n’est pas dans les écoutes des ambassades, qui sont aussi vieilles que l’histoire des interceptions mais dans le fait que les Etats-Unis, par le biais de la NSA, écoutent absolument toute leur population sur tout le territoire.

Sous couvert de lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis se sont lancés dans un espionnage généralisé des citoyens. C’est un fait véritablement nouveau et là est le vrai scoop de l’affaire Snowden.

C’est d’ailleurs pour cela que ce dernier s’est élevé contre son pays. Lorsqu’un Etat espionne sa population, il attente gravement à liberté et à la démocratie.

Les Etats-Unis sont devenus un Etats policier en totale rupture avec sa volonté de leader de la démocratie mondiale.

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