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EXTRAITS DU «DROIT DE SAVOIR» D'EDWY PLENEL

Quand Médiapart dénonce l’hypocrisie des élites dirigeantes

«Le Droit de savoir» d'Edwy Plenel entend démontrer l’utilité de ce droit de savoir comme accélérateur de la prise en main de leur destinée par les peuples, alors que la crise en cours ne cesse de les en déposséder. Tandis que l’opacité et le secret protègent la corruption et l’injustice et que des murailles, y compris inconscientes, se dressent devant le légitime droit de savoir dès que les journalistes l’illustrent par des curiosités dérangeantes, l’information se révèle toujours un appel à la liberté. (Extraits).

Photo : Parti socialiste/Flickr cc.

S’agissant des affaires publiques, la publicité doit être la règle et le secret l’exception. Rendre public ce qui est d’intérêt public est toujours légitime. Tout document qui concerne le sort des peuples, des nations et des sociétés mérite d’être connu de tous afin que chacun puisse juger sur pièces, choisir pour agir, influer sur la politique des gouvernements.

Si, en démocratie, le peuple est souverain, alors la politique menée en son nom ne saurait être l’apanage d’experts et de spécialistes, d’élites et de professionnels, seuls destinataires desinformations légitimes, et agissant comme des propriétaires privés d’un bien public. Preuve en est la diabolisation par les puissants de la "transparence" notamment revendiquée parMediapart, comme si le journal réclamait un droit inquisitorial à percer les secrets alors que, au contraire, ses curiosités n’ont jamais porté que sur des sujets d’intérêt public (Karachi, Bettencourt, Kadhafi…).

Fondé sur l’expérience de MediapartLe Droit de savoir recense les obstacles qui se sont dressés en travers de son chemin pour empêcher l’information et les enquêtes ; le livre revient sur les filatures, les écoutes, les campagnes de diffamation, les plaintes de l’ancien gouvernement. Il analyse aussi les conséquences de ses révélations et les débats publics qu’elles ont provoqués. Surtout, à l’heure de la révolution numérique, cet ouvrage constitue un plaidoyer pour une nouvelle loi fondamentale sur la liberté de l’information. Un droit qu’il faut étendre, consolider et renforcer.

Extraits de Le Droit de savoir d'Edwy Plenel (Don Quichotte éditions)

Tel fut notre défi : briser cette omertà qui, au prétexte d’une économie de marché ouverte et concurrentielle, recouvre des pratiques illicites, des arrangements complaisants, des conflits d’intérêts, des affairismes sans scrupules, des corruptions bien réelles, des enrichissements sans cause, des mélanges des genres entre haute administration et milieux économiques, bref tout un monde d’intérêt et d’avidité qui échappe au commun des citoyens, hors de sa vue et hors de son contrôle. 

Les principales affaires qui ont fait la notoriété de Mediapart ont ce fil conducteur, de la justice privée offerte pour qu’il s’enrichisse à un affairiste notoire aux commissions occultes détournées sur les marchés de l’armement, en passant par les sollicitudes empressées autour de l’une des premières fortunes d’Europe sans compter l’évasion et la fraude fiscales devenues pratiques ordinaires de nos riches privilégiés…

En cinq ans, nous n’avons cessé de documenter l’hypocrisie d’élites dirigeantes qui ne se sentent pas tenues de respecter les règles qui s’imposent à tout citoyen – et qu’elles imposent elles - mêmes au peuple quand elles ont en charge l’autorité de l’État. Et ainsi de confirmer, au-delà de ce que nous imaginions, la place centrale qu’a prise l’argent privé dans la vie publique, au détriment de l’intérêt général.

La question du secret en démocratie n’est donc plus seulement celle de l’opacité du pouvoir politique, lequel n’a cessé, ces dernières années, de céder du terrain devant l’offensive d’un capitalisme ayant repris l’avantage. Sous le poids de la folie criminelle enfantée par son emballement intrinsèque, qui s’enrichit de l’asservissement de l’homme et de la destruction de la nature, de l’exploitation du travail du premier et de l’appauvrissement des richesses de la seconde, il avait dû concéder du terrain durant les Trente Glorieuses, du moins en Europe et en Amérique du Nord, acceptant, non sans contrainte, de composer avec l’État et de partager avec les salariés.

Depuis la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, c’en est fini : la prédation est redevenue le ressort d’un capitalisme rapace, libéré de ses anciennes entraves grâce au monde unifié de la globalisation et, en même temps, renforcé dans ses opportunités par la nouvelle révolution industrielle dont le numérique est le moteur.

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Journaliste, Edwy Plenel est cofondateur et président de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif.

Le Droit de savoirDon Quichotte éditions (14 mars 2013)

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