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ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2014

Royaume-Uni: le parti europhobe de Nigel Farage en tête

Entretien avec Didier Revest, maître de conférences en civilisation britannique à l’université Nice-Sophia Antipolis. Ses recherches portent sur les questions sociales et politiques.

Crédité de 38% des intentions de vote, le parti eurosceptique britannique Ukip (United Kingdom Independence Party) caracole en tête des sondages à l’approche des élections européennes. Des pronostics qui galvanisent son leader, Nigel Farage, dont l’obsession est de sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Nigel Farage, le chef du parti eurosceptique et souverainiste Ukip (Photo: Shutterstock.com).

JOL Press : Qui est Nigel Farage ?
 

Didier Revest : Nigel Farage, 50 ans, est le chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (en anglais United Kingdom Independence Party, Ukip, ndlr) de 2006 à 2009, puis de nouveau à partir de 2012. Ancien trader, souverainiste et eurosceptique, il se définit comme libéral et défend l’idée d’une Europe des nations. Il est aussi eurodéputé et coprésident du groupe Europe libertés démocratie (ELD). Il a d'abord été membre du Parti conservateur jusqu’en 1992, époque à laquelle il a quitté ce parti parce que celui-ci a participé à la signature du traité de Maastricht.

JOL Press : Quel est l’ADN politique de l’Ukip ?
 

Didier Revest : Ce parti europhobe, fondé en 1993 par Alan Sked et d’autres membres de la Ligue antifédéraliste, est un exutoire qui attribue tous les maux du pays à l’Union européenne. Nigel Farage dit : "J’aime l’Europe", mais "je hais le drapeau, l’hymne, les institutions de l’Union politique". Il espère d’ailleurs faire triompher le "non" sur le maintien, ou pas, de la Grande-Bretagne au sein de l’UE, promis par le Premier ministre David Cameron d’ici la fin 2017.

JOL Press : Concrètement, que propose Nigel Farage ?
 

Didier Revest : De manière générale, il utilise l’argument populiste de la préférence nationale, et veut détricoter tous les engagements politiques du Royaume-Uni vis-à-vis de l’UE depuis son adhésion en 1973. Sur le plan politique, il joue sur la peur de la monnaie unique, et plus globalement sur la perte de souveraineté nationale. Ses affiches électorales soulignent notamment que 75% des lois britanniques sont dictées par Bruxelles. Ou que 26 millions de demandeurs d’emploi européens s’apprêtent à déferler en Grande-Bretagne. Au final, au sein de l’Ukip, il n’y a pas de débat de fond sur l’Europe : son programme se limite à la sortie de l’UE.

JOL Press : Sur le plan économique, quelles sont ses propositions ?
 

Didier Revest : Par rapport à l’Union européenne, l’idée est de maintenir un grand marché européen dépourvu de frontières. Ensuite, que le meilleur gagne. Globalement, la position du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni en matière d’économie est basée sur une taxation plus faible afin d’être plus compétitifs sur la plan international.

JOL Press : Qui sont ses électeurs ? Comment expliquer son succès ?
 

Didier Revest : Nigel Farage capte une partie de l’aile droite du Parti conservateur – notamment sur les questions d’immigration. Il arrive aussi à empiéter sur l’électorat du Labour (Parti travailliste) et séduit les classes inférieures et moyennes. On voit bien que la crise est passée par là : le Britannique moyen a le sentiment que son pays serait sorti plus vite de la crise s’il avait été moins lié au marasme européen. Il y a notamment cette idée selon laquelle une partie de la dette a été épongée par le gouvernement britannique. Un argument qui fait mouche.

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