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ÉLECTIONS EUROPÉENNES 2014

Italie: «Le consensus européen est brisé»

Entretien avec Marc Lazar, spécialiste de la vie politique italienne.

En Italie, la campagne pour les élections européennes est marquée par le développement inédit d’un sentiment eurosceptique. Dans ce pays autrefois très europhile, des personnalités politiques n’hésitent plus à critiquer vertement l’Europe.

Le Parti démocrate de Matteo Renzi est crédité de 30% des voix aux élections européennes (Crédit: Shutterstock.com).

JOL Press : Les élections européennes intéressent-elles les Italiens ?
 

Marc Lazar : Oui et non. C’est un scrutin auquel les Italiens – comme leurs voisins européens – participent moins par rapport à une élection nationale. Cette année, il faut prendre en compte le fait qu’un certain nombre d’acteurs politiques critiquent assez vivement l’UE. Le nouveau président du Conseil, Matteo Renzi (en fonction depuis février 2014), fait de ce rendez-vous électoral une échéance importante pour lui : il essaye d’en faire un référendum sur son action.

JOL Press : On pourrait penser que cette "nationalisation" des enjeux électoraux motivera les Italiens à aller voter.
 

Marc Lazar : C’est une possibilité, effectivement. L’abstention croît depuis plusieurs scrutins, que ce soit pour les élections locales ou nationales. Jusqu’à présent, l’Italie était un pays très pro-européen. Depuis les élections générales de février 2013 (pour renouveler les membres de la Chambre des députés et du Sénat), on observe une montée de l’euroscepticisme qui n’existait pas avant. Désormais, certains économistes envisagent sérieusement la sortie de l’euro. C’est totalement nouveau. Le consensus européen est brisé. Cette polarisation sur les questions européennes pourrait inciter les électeurs à voter un peu plus qu’ailleurs.

JOL Press : Quelles sont les forces en présence ? A quels résultats doit-on s'attendre ?
 

Marc Lazar : Il faut prendre les sondages réalisés sur le sujet avec la plus grande prudence : les élections de 2013 ont fait complètement mentir les enquêtes d’opinion. Cela étant dit, le Parti démocrate de Matteo Renzi est donné favori (30%). Le Mouvement 5 étoiles (Movimento 5 Stelle, M5S) de Beppe Grillo arriverait deuxième (25%). Viendrait ensuite Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi (20%). La Ligue du Nord est quant à elle créditée de 4 ou 5% des voix.

Si les sondages se confirment, ce serait un succès pour Matteo Renzi et Beppe Grillo. Mais si on rassemble les votes en faveur du Mouvement 5 étoiles, de Forza Italia et de la Ligue du Nord – trois formations qui tapent sur l’UE pour des raisons différentes – ce serait aussi l’expression d’une défiance envers l’Europe.

JOL Press : Quels sont les principaux thèmes qui occupent les débats en Italie ?
 

Marc Lazar : Il y a d’abord toute une série de thèmes proprement européens. De quelle Europe veut-on ? Sur ce point, je crois que tout le monde s’accorde pour réclamer plus de démocratie et une politique économique commune. Beppe Grillo attaque violemment l’UE et parle même d’une éventuelle sortie de l’euro. Silvio Berlusconi critique la domination de l’Allemagne d’Angela Merkel. La Ligue du Nord (alliée de Marine Le Pen), joue la carte anti-européenne et de la lutte contre l’immigration clandestine. Pour le moment, ce thème ne focalise pas les débats.

Du côté de Matteo Renzi, on défend une Europe qui doit relancer la croissance et améliorer la situation sociale. L’argument est le suivant : dans la mesure où l’Italie a mené d’importantes réformes demandées par Bruxelles (la réduction de son déficit notamment), le Parti démocrate réclame l’assouplissement de certaines exigences.

L’autre partie des débats tourne autour d’enjeux nationaux, et plus particulièrement de l’action de Matteo Renzi. Ce dernier n’a de cesse de répéter qu’il a mis 80 euros par mois dans la poche des salariés percevant moins de 25 000 euros bruts par an. Il compte sur cette mesure pour annoncer d’autres réformes après le 25 mai (du Sénat, de l’administration publique etc.).

Propos recueillis par Marie Slavicek pour JOL Press

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Marc Lazar est professeur d’histoire et de sociologie politique à Sciences Po. Il dirige le Groupe de recherches pluridisciplinaires sur l’Italie contemporaine (GREPIC) au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont L’Italie des années de plomb (Autrement, 2010), L’Italie contemporaine de 1945 à nos jours (Fayard, 2009) et L’Italie sur le fil du rasoir – Changements et continuités de l’Italie contemporaine (Perrin, 2009).

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