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IMMIGRATION NORD-SUD

Crise: les travailleurs espagnols tentent leur chance au Maroc

Au sud de l’Europe, la tendance s’inverse : de plus en plus d’Espagnols, aux profils différents, tentent leur chance de l’autre côté de la Méditerranée. Fuyant la crise, ces travailleurs laissent souvent derrière eux femmes et enfants pour une durée qu’ils ne peuvent déterminer.

Tanger, au nord du Maroc, à seulement 15 km des côtes ibériques, accueille le nombre le plus conséquent de travailleurs venus d’Espagne. (Photo:emel/Shutterstock).

Un phénomène récent

Cette tendance surprend. Apparue ces dix dernières années, elle est très paradoxale: des milliers de migrants d’Afrique tentent encore de traverser l’Espagne par la ville de Ceuta, où 50% de la population est arabe. Pour ces migrants, l’Europe est et restera un Eldorado.

Ce départ en masse de travailleurs espagnols au Maroc est donc d’autant plus étonnant, mais selon le journal El Pais ils sont 80 000 à quitter le pays pour s’installer ailleurs en 2013. Parmi eux, 11 000 sont partis au Maroc. Les travailleurs se disent "contraints" de partir étant donnée la situation économique du pays. Beaucoup ont été licenciés de leurs précédents emplois et ont connu un chômage d’au moins 3 mois.

C’est la ville de Tanger qui accueille le plus d’Espagnols. Il faut dire qu’elle se situe à seulement 15 km des côtes ibériques. Là, les Espagnols sont quatre fois plus nombreux qu’il y a dix ans. 

Profils variés

Il y a quelques années, les expatriés espagnols étaient principalement des enseignants, des diplomates ou des hommes d’affaires. Les nouveaux travailleurs ont maintenant un profil complètement diffèrent: ils sont ouvriers, métallurgistes, paysagistes ou architectes. Autant de professions pourtant variées qui ne trouvent plus leur place en Espagne. La majorité est payée au prix du salaire marocain.

Dans le reportage "Le monde à l’envers", la réalisatrice Rose Gunson interroge Marco Martinez, ouvrier dans le BTP. Il confie s’être dirigé vers Tanger sans apriori, il avoue même avoir hésité avec des pays comme la France ou l’Allemagne. Beaucoup comme Marco ignorent combien de temps ils resteront et attendent que la situation en Espagne s'améliore.

Si les Espagnols sont majoritaires, on dénombre un grand nombre de Français. Certains souhaitent démarrer leur entreprise spécialement au Maroc. Ils dénoncent des charges exorbitantes en France et le faible appui des banques.

Des situations économiques vraiment opposées ?

Le Maroc n’est pourtant pas l’unique pays à accueillir des Espagnols. Beaucoup se dirigent vers le Royaume-Uni qui, bien que plus onéreux, est plus facile d’accès (en termes de langue et de civilisation). Ce qui est compliqué au Maroc pour de nombreux Espagnols est de se familiariser avec le Darija, la langue parlée par la majorité de la population. L’institut Cervantes remarque un nombre accru de travailleurs venus prendre des cours accélérés.

Avec 25% de chômage, un départ de travailleurs espagnols était à prévoir. Pourtant, le Maroc a également un taux de chômage conséquent de 10% et 20% des jeunes sont sans-emploi.

Pour Hein Hass, co-directeur de l’institut international sur les migrations (IMI) au département du développement international de l’université d’Oxford, ce qui est important est de lutter contre l’association du terme "misère" au continent africain. Il se félicite d’ailleurs de cette tendance qui met à mal beaucoup de préjugés.

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