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EXAMEN DU PROJET DE LOI DEVANT LE CONGRÈS AMÉRICAIN

Clandestins, frontière mexicaine...: que dit la réforme de l'immigration?

L'examen de la réforme de l'immigration, ardemment souhaitée par Barack Obama, a commencé au Sénat américain. Celle-ci prévoit notamment la régularisation de plus d'une dizaine de millions de clandestins, pour peu qu'ils puissent répondre à des conditions drastiques, et un renforcement de la « sécurisation » de la frontière avec le Mexique. Michelle Mittelstadt, directrice de la communication du Migration Institute Policy, think-tank américain indépendant et non partisan qui étudie les mouvements et politiques migratoires à travers le monde, nous aide à décrypter les enjeux du projet de loi.

Le mur de Nogales, qui sépare à gauche les États-Unis et à droite le Mexique. / DR US Federal government

Ce pourrait être une réforme migratoire historique. En tout cas la plus ambitieuse que les Etats-Unis aient fait passer depuis 1986, lorsque Ronald Reagan avait régularisé trois millions d’immigrés sans-papiers. 
 
Sur un sujet aussi sensible, Barack Obama a fait plancher huit sénateurs - quatre démocrates et quatre républicains -, qui sont parvenus à un compromis bipartisan inédit. 
 
Selon les termes de celui-ci, un "chemin" ("path") vers la régularisation serait ouvert aux onze millions de clandestins. Un chemin toutefois semé d’embûches, puisqu’il faudrait treize ans pour le parcourir, que seuls les illégaux entrés aux Etats-Unis avant le 31 décembre 2012 pourraient l’emprunter, et qu’il ne s’ouvrira que lorsque la frontière du pays avec le Mexique aura été "sécurisée". 
 
Ces conditions drastiques n’empêchent toutefois pas nombre de républicains de dénoncer une "amnistie" et de prédire de fatals "appels d’air". Reste qu’ils sont bien conscients que l’électorat hispanique, vers lequel ils lorgnent de plus en plus - car démographiquement en hausse constante, or historiquement majoritairement favorable aux démocrates -, ne le leur pardonnerait pas. 
 
Le point sur ce projet de loi qui pourrait bien marquer le second mandat de Barack Obama - comme la réforme de l'Assurance-maladie avait marqué le premier - avec Michelle Mittelstadt, Directrice de la communication du Migration Institute Policy, think-tank américain indépendant et non partisan qui étudie les mouvements et politiques migratoires à travers le monde
 
Parmi les huit sénateurs chargés de rédiger un projet de loi par le président Barack Obama figure la figure montante du parti républicain, Marco Rubio, élu de Floride et candidat auto-proclamé à l'élection présidentielle de 2016. Avec ce soutien de poids, les démocrates espèrent convaincre leurs adversaires politiques lors du passage du texte au Congrès. Photo DR / Gage Skidmore
 
Que pensez-vous du projet de loi ? 

 

Michelle Mittelstadt : Ce projet témoigne d’un effort audacieux pour réformer le système migratoire américain, très rigide depuis de nombreuses décennies (le système migratoire actuel reste peu ou prou le même que celui mis en place par le Congrès en 1965, à peine ajusté en 1990 !).


Le projet montre la prise de conscience par ses rédacteurs qu’une régularisation, pour être effective, doit être aussi étendue que posible. Une régularisation qui laisserait de côté un nombre significatif de clandestins ne ferait que perpétuer le problème de l’immigration illégale. 

 
Le processus de régulation serait régi par des conditions très strictes. Cela ne risquerait-il pas, au bout, du compte, de limiter grandement la portée de la réforme ?

 

Michelle Mittelstadt : Ce projet de loi est un compromis : les Etats-Unis légaliseront des millions de clandestins, travailleurs et respectueux des lois, mais, en échange, le chemin vers la régularisation sera long et requérra des efforts de la part des candidats. Précisions toutefois que, si la régularisation sera effectivement un processus qui s’inscrira dans la durée, c’est bien tout de suite que la vie des clandestins s’améliorera. Ils ne seront en effet plus expulsés et pourront travailler légalement - ce qui les aidera évidemment pour postuler à de meilleurs postes ou pour terminer de se former, par exemple.

Ce qu’ont à l’esprit les hommes politiques et les citoyens américains, c’est que les Etats-Unis doivent s’attaquer au problème de l’immigration illégale d’une manière qui ne favorise pas la création d’une nouvelle vague. Or ils pensent qu’imposer un long processus de régularisation découragera les personnes de venir illégalement aux Etats-Unis.  
 

Les détracteurs de la réforme soutiennent que régulariser onze millions d’immigrés illégaux aurait un impact négatif sur la dette nationale. Qu’en pensez-vous ? 

 

Michelle Mittelstadt : Les sortir de la clandestinité et leur permettre ainsi d’occuper une place dans la société, de payer des impôts, d’accéder à des emplois mieux rémunérés et à l’éducation bénéficiera en fin de compte à tout le monde. La plupart des coûts que les clandestins génèrent sont déjà supportés par le Etats-Unis- à travers les les hôpitaux, les écoles, etc. La réforme permettra de profiter de bénéfices encore non exploités.  

 
Les opposants au projet dénoncent une "amnistie". Cette réforme va-t-elle encourager à entrer clandestinement aux Etats-Unis ? 

 

Michelle Mittelstadt : Une amnistie, ce serait légaliser les clandestins sans rien leur demander en retour. Or le projet de loi prévoit de leur faire payer une amende, d’apprendre l’anglais et l’éducation civique et d'attendre de nombreuses années avant de pouvoir demander la nationalité. La régularisation de 1986 fut une amnistie puisque rien ne fut exigé des immigrés illégaux en échange ; la réforme sur laquelle doit se pencher aujourd’hui le Congrès américain, à l'inverse, repose sur le principe de donnant-donnant.

 
Qui sont les immigrés illégaux aux Etats-Unis ?

 

Michelle Mittelstadt : L’immense majorité vient de l’Amérique du Sud - avec près des trois quarts en provenance de Mexico et de l’Amérique centrale. Ils viennent principalement aux Etats-Unis pour y trouver du travail et de meilleurs conditions de vie pour eux et leurs familles. Ils travaillent typiquement dans le bâtiment, les emplois manufacturiers à faible valeur ajoutée, l’agriculture... Si vous n’êtes pas régularisé, vous ne pouvez bien sûr pas être avocat, professeur, ou occuper tout autre emploi qui nécessite une licence.

 
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