Connexion

SUCCESSION DE BARROSO

Commission européenne: Juncker, le choix démocratique

Entretien avec Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Jean-Claude Juncker, le chef de file du PPE (droite), revendique la présidence de la Commission européenne pour sa formation, qui dispose d'une avance de 25 sièges sur le PSE (socialistes). Rien ne garantit que les chefs d'Etat et de gouvernement soutiendront sa candidature. Mais dans un contexte de forte défiance envers l'Europe, ne pas tenir compte de l'avis des électeurs serait une très mauvaise décision.


Jean-Claude Juncker est l'ancien Premier ministre du Luxembourg (Photo: Shutterstock.com)  

JOL Press : Les grandes familles politiques européennes sont en recul à l'issue de ce scrutin. Peut-on envisager que Jean-Claude Juncker, le candidat du PPE arrivé en tête, ne devienne pas le président de la Commission ?
 

Bruno Cautrès : Inversement, le futur président de la Commission pourrait-il être désigné parmi le parti qui ne forme pas le groupe le plus important au Parlement européen ? Je pense qu'il s'agira de l'argument de poids utilisé par Jean-Claude Juncker et le PPE (qui a remporté 212 sièges sur 751, ndlr) pour réclamer la place de José Manuel Barroso.

Alors que les électeurs ont exprimé des doutes et des insatisfactions vis-à-vis de l'UE, il serait très risqué de ne pas prendre en compte leur avis pour choisir le président de la Commission (Selon l'article 17 du traité de Lisbonne, pour la première fois, le président de la Commission devrait être désigné par les chefs d'Etat et de gouvernement "en tenant compte des élections au Parlement européen". Mais rien ne les empêche, en théorie, d'en proposer un autre, ndlr.)

JOL Press : Nommer Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission ne risque-t-il pas d'attiser le mécontentement exprimé dans les urnes ? 
 

Bruno Cautrès : Si Juncker succède à Barroso, une partie de l'électorat va sans doute considérer que l'Union européenne fait la sourde oreille et que les résultats des élections n'ont aucun impact sur un arrangement conclu en amont. Dans le même temps, désigner un président de la Commission issu d'un parti minoritaire au Parlement serait très compliqué. Comment justifier ce choix auprès des électeurs qui ont fait du PPE le premier parti européen ? 

JOL Press : Peut-on imaginer qu'un troisième homme, qui ne soit ni le champion de la droite, ni celui de la gauche, soit choisi ? 
 

Bruno Cautrès : Eventuellement. Mais il ne s'agit pas, me semble-t-il, de la solution la plus facile à vendre aux opinions publiques, dans la mesure où elle reposerait sur des négociations entre les chefs d'Etat européens. Cela nourrirait l'idée selon laquelle les politiciens s'arrangent systématiquement entre eux, dans le dos du peuple.

A priori, au vu des résultats des élections européennes, l'idée serait de tenir compte de l'avis des Européens. Mais j'imagine que d'autres scénarios vont être élaborés du côté du Parti socialiste européen, qui soutient Martin Schulz, et des centristes, qui soutiennent Guy Verhofstadt.

Propos recueillis par Marie Slavicek pour JOL Press

Noter
0