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UN AMI QUI NOUS VEUT DU BIEN...

Pluie de pétrodollars qataris sur une France à sec

Cachez cet argent, Monsieur, que nous ne saurions voir… Après la Chine, les Émirats arabes unis, le Qatar ! C'est avec beaucoup de précautions que le gouvernement rend public un projet de fonds d'investissement franco-qatari à destination des banlieues et des zones rurales défavorisées. Pas de panique...

 

François Hollande reçoit l'émir du Qatar à l'Élysée en août dernier. (© présidence de la République - Christelle Alix)
Fin août, François Hollande avait reçu à l'Élysée son homologue qatari, le Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani : visite de courtoisie, voyage d'affaires, aussi, évidemment...

Les détails de l’opération ne sont pas encore parfaitement connus, les montants concernés varient de un à dix mais, déjà, c’est une véritable levée de boucliers que suscitent la "rumeur", désormais confirmée, de la création d’un fonds d’investissement qatari à destination des territoires déshérités, abondé par l'État français mais aussi le privé.

Quel montant ? Qui à la manœuvre ?

Il a d’abord été annoncé que le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait entériné, jeudi 20 septembre, le projet d’un fonds franco-qatari destiné à financer la création d’entreprises dans les banlieues. Puis, dans un deuxième temps – comme pour répondre aux accusations de velléités communautaristes de la part des Qataris -, il a été précisé que les zones rurales paupérisées bénéficieraient aussi de ce fonds.

Le montant a, lui aussi, largement évolué. D’abord, le chiffre de 50 millions d’euros a circulé – un demi-Ibrahimovic, une misère… -, puis il a été question de 100 millions – montant auquel se tenaient les autorités, mardi 25 septembre au matin. Mais, au même moment, dans son édition matinale, la chaine d’information en continu i-Télé, filiale du groupe Canal +, annonçait – "en exclusivit" - que ce fonds serait, en réalité, d’un montant d’un milliard d’euros. Une toute autre échelle.

Toujours pour i-Télé, ce serait Pierre Moscovici, le ministre de l’Économie et des finances, plutôt que son collègue du Redressement productif, qui se serait vu confier directement, par le président de la République, la supervision du dossier et des négociations. Un homme de confiance pour un projet stratégique et politiquement délicat.

Droite ou gauche, même malaise devant une annonce délicate

"Le Qatar rachète la France", "La France sous-traite ses banlieues au Qatar", et puis "Derrière l’argent du Qatar, une croisade islamiste "… Pas difficile d’imaginer les titres de certains médias, les réflexions de certains politiques irresponsables devant une telle annonce.

Si le projet divise, c’est pour deux raisons principalement. D’abord, parce que, caricaturé, ce projet est présenté comme une potentielle perte de souveraineté, notamment sur des questions de politique intérieure, telle que l’intégration économique et sociale de certaines régions défavorisées. Ensuite, par crainte que les motivations du Qatar d’aider les banlieues relèvent de l’entraide communautaire et religieuse en raison de la proportion de population musulmane dans ces zones.

C’est bien un sujet hautement inflammable, qui peut se payer cher politiquement. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy l’avait bien compris lorsqu’il avait décidé de suspendre les négociations avec son ami le Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, émir du Qatar, à la tête du fonds souverain du pays.

Rendre à Nicolas Sarkozy ce qui appartient à Nicolas Sarkozy

Attirer des fonds souverains qataris en France, permettre les conditions équitables d’investissements qataris en France et faire en sorte que cet argent bénéficie aux zones paupérisées, c’est une initiative du président Nicolas Sarkozy. Les négociations étaient en cours lorsque la dernière campagne présidentielle a débuté. Une telle période n’était pas apparue propice à une telle annonce.

Et cela d’autant plus, qu’à l’époque, le candidat François Hollande ne s’y était pas déclaré favorable. Le président François Hollande aurait changé d’opinion après avoir obtenu un certain nombre de garanties, notamment sur le fait que les projets ne concerneraient pas les seules banlieues mais aussi les zones rurales paupérisées. Nécessité fait parfois raison…

Pas de mauvais procès à l’Émirat

Un mauvais procès est intenté à l’Émirat. Il n’y aura pas davantage de mainmise économique que de promotion de l’islamisme. L’argent du Qatar ne devrait servir qu’à la création d’entreprises ou au financement de projets associatifs. L’État français devrait y veiller.

D’ailleurs, l’État français sera lui-même cofinanceur de ce fonds aux côtés – nouveauté – d’entreprises privées. L’objectif recherché est celui d’un effet de levier. Après tout, en France - et en particulier à Paris -, le Qatar n’a pas seulement investi dans le football… Il détient des participations dans les fleurons de l’économie française – Vinci, Veolia, Lagardère, Total, LVMH… - et a l’habitude de collaborer avec les grands chefs d’entreprise français. Ceci pourrait sans doute contribuer à la mobilisation public-privé sur des projets spécifiques.

Autre temps, autres mœurs

Dans le fond, sur le principe, c’est un peu ce que l’État et les collectivités ont l’habitude de faire en matière de coopération décentralisée… L’argent du riche étranger permet de mobiliser les acteurs locaux. Le problème réside sans doute seulement dans le fait que la France et les Français avaient davantage l’habitude d’être les bienfaiteurs plutôt que les bénéficiaires. Changement d’époque…

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