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FAUSSES NOUVELLES

Façon «Le Gorafi»... la Tunisie et le Maroc ont leurs sites pastiches

Aux États-Unis, ils ont « The Onion ». En France, on a « Le Gorafi ». Désormais, la Tunisie et le Maroc ont leurs propres médias parodiques, qui créent de fausses nouvelles et détournent avec humour l’actualité en usant des mêmes codes médiatiques que la presse traditionnelle.

"LerPesse" parodie "La Presse" (Tunisie) et "Le 36" parodie "Le 360" (Maroc)

Plus besoin de présenter Le Gorafi, site satirique français qui livre "toute l’information de sources contradictoires", devenu récemment un véritable phénomène sur les réseaux sociaux. Avec ses titres détournés et sa manière bien particulière de pasticher l’information, il n’en fallait pas plus pour que d’autres s’y mettent à leur tour.

"Un avion à l’heure, la compagnie s’excuse"

En Tunisie, le 17 novembre dernier, le site LerPesse annonçait la couleur : "Un avion Tunisair décolle à l’heure, la compagnie s’excuse et s’engage à rembourser les 43 passagers qui ont raté leur vol". Le site Internet titrait ainsi son premier article en se moquant des retards de la compagnie aérienne tunisienne.

Un autre article, qui annonçait la possible suppression des épreuves de philosophie au bac, avait même suscité la colère du ministère de l’Education, qui affirmait que l’information était fausse et mensongère, et appelait le journal à "ne plus mêler les élèves dans les combats politiques".

Sur le même ton décalé que Le Gorafi, lui-même inspiré du – plus ancien – journal parodique américain The Onion, LerPesse s’est engouffré dans la brèche satirique, pastichant le premier quotidien francophone tunisien, La Presse.

Des charlatans de terrain

Le site, composé d’"une équipe de faux journalistes d’investigation et de charlatans de terrain",  se présente comme "un journal d’information généraliste", qui se veut "sérieux et méthodique".

"Les médias libres sont au front des guerres contre les dictatures, ils en sont aussi les premières victimes. Mais aujourd’hui, dans un contexte de tension politique permanente, l'apparition de LerPesse sur la scène médiatique tunisienne a été quasi-naturelle", peut-on lire sur le site qui affirme que "son existence remonte à la naissance de l’État tunisien, les autorités ayant toujours tenté de cacher LerPesse en réprimant ses journalistes et leurs familles".

On apprend, par exemple, que Rached Ghannouchi, le leader historique du parti islamiste tunisien Ennahdha, "serait devenu athée" ou encore que le conseiller vestimentaire de Moncef Marzouki (le président tunisien), a été arrêté à son domicile après une opération de grande envergure de la brigade du SWAG contre ce "spécialiste du déguisement qui a su tirer profit du manque de goût général pour se fondre dans la masse".

Contre la morosité ambiante...

Le site, qui depuis quinze jours a déjà publié une vingtaine d’articles, en français et en arabe, serait même devenu – selon leurs informations bien sûr – le deuxième site le plus visité de Tunisie, devançant Facebook et même Google, mais restant tout de même "loin derrière leurs confrères de YouPorn".

Toujours selon eux, Mark Zuckerberg serait même prêt à racheter le site. Mais le patron de LerPesse, qui souhaite garder l’anonymat, a déclaré que le site n’étais pas à vendre, et que "leur motivation principale était l’amour du métier de journaliste et non pas l’argent ou la notoriét".

Des informations à prendre au huitième degré, mais qui soufflent néanmoins un vent nouveau dans le champ médiatique tunisien, miné par la crise politique et la morosité ambiante.

Le 36, "merdia" indépendant

Même son de cloche chez leurs voisins marocains, qui ont lancé début octobre une page Facebook intitulée "Le 36", pastichant le site marocain Le 360 et qui se présente comme un "merdia" indépendant – le rouleau de papier toilette du logo est explicite sur ce point-là. Le 36, suivi par plus de 2000 personnes sur Facebook, n’a pas encore de site internet dédié, mais partage quotidiennement des vidéos, articles et canulars sur le réseau social.

Le 20 novembre, en marge de la visite du roi Mohamed VI à Washington, Le 36 écrit : "Selon des sources très averties, le Roi Mohamed VI serait en train de négocier le rachat de la statue de la liberté pour fêter l'adhésion du Maroc au conseil des Droits de l’Homme. Si jamais Obama cesse de faire son difficile et que le marché est conclu, une très belle estrade attend la fameuse statue dans l'enceinte de la prison Oukacha, symbole des libertés et des droits au Maroc".

D’autres médias parodiques comme rGoud (en arabe), contrefaçon du site marocain Goud.ma, ou encore Jeune Tafrique, pastiche du journal Jeune Afrique et qui se dit toujours "proximité de l’information approximative", ont pris la même voie humoristique, publiant de fausses nouvelles à n’en plus finir.

Pas sérieux

Au point que certains médias dits "sérieux" prennent parfois leurs informations pour parole d’évangile et ne savent plus démêler le vrai du faux. Selon le magazine marocain Tel Quel, qui publiait il y a quelques semaines un petit article sur ces sites pastiches, surnommés les "trolls de l’info", certains journaux marocains comme Le Matin auraient cru à un faux communiqué annonçant l’installation d’une base aérospatiale à Taounate, dans le nord du pays.

La presse francophone aussi s’est fait avoir récemment par un site brésilien de fausses informations, le Jornal VDD, qui prétendait qu’un tatoueur avait été arrêté par la police "parce qu’il écrivait n’importe quoi sur le corps de ses clients". Ou quand les médias sérieux ont d’un seul coup moins de crédibilité que leurs propres parodies...

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